Psycho : Noël, rite social entre nostalgie, euphorie et déprime

Noël n'est plus seulement une fête religieuse: moment particulier, rite social, familial, elle nous renvoie à notre situation affective, professionnelle...

Les rues s'illuminent, les marchés de Noël s'installent dans toutes les villes, les festivités se préparent partout, dans les églises, les magasins et les rues. Noël n'est plus une fête religieuse pour la plupart. Si l'on se désespère chaque année du consumérisme indécent -auquel on participe tous plus ou moins- on s'interroge rarement sur les enjeux psychologiques de ce jour et de cette période de fête. Pourtant, pour nombre d'entre nous, de la petite enfance à l'age adulte, Noël reste un moment particulier de l'année.

Noël : retour à l'enfance et à l'enchantement du monde

Si on a eu la chance de passer des Noël d'enfance joyeux, la nostalgie pointe son nez. Impossible de revenir à cet état innocent d'émerveillement, de joie sans mélange, une fois adulte. L'insouciance de l'enfance, exacerbée le jour de Noël, ne peut plus être le cadeau de l'adulte qui travaille, gère un budget frustrant en cette période de fête où l'on voudrait ne rien s'interdire: le sapin s'achète à un prix qui en fait un luxe, le marché de Noël et les vitrines sentent le marketing et le consumérisme à plein nez... Quelle confrontation entre des souvenirs magnifiés par le temps et une réalité tellement moins belle, cruelle même parfois.

Quant à l'enchantement du monde, la vie se charge de l'altérer, année après année, d'évènements en accidents, de tristesses en compromis. Deux mondes se télescopent, celui de l'enfant et celui de l'adulte, des mondes intimes.

Bien sûr, les moments d'émerveillements restent possibles! Un peu de neige, un moment de répit, et l'enfant n'est plus si loin derrière la posture de l'adulte blasé. D'ailleurs les parents ont la chance de revivre ces moments au travers de leurs enfants.

Noël : imaginaire et idéal

Le cinéma, la télévision, la publicité, les parcs d'attractions et les Etat-Unis ont une grande responsabilité dans l'imaginaire et l'imagerie du Noël parfait. Neige, sapin gigantesque, feu de cheminée, festin et famille réunie, paquets en avalanche sous le sapin: voilà le tableau de ce Noël de rêve que l'on voit s'afficher partout, comme celui que l'on devrait tous vouloir et pouvoir vivre.

Encore une fois, le décalage entre le rêve et la réalité est source de frustration. Manque d'argent, familles déchirées ou seulement éparpillées, poids d'une vie pleine d'angoisses et de problèmes bien concrets: comment ne pas se sentir exclu de ce rêve, inaccessible?

La prétendue démocratisation des mets de choix (foie gras, saumon fumé, etc.) a créé de toutes pièces un besoin qui reste pourtant inaccessible pour bien des familles. La prime de Noël des "bénéficiaires" du RSA tournera autour de 150 euros... Foie gras ou facture de gaz? Sapin ou impôts locaux? Sur fond de crise économique et sociale, le Noël idéal fait mal.

Noël : régression ou résistance ?

On aurait tôt fait de considérer qu'un adulte émerveillé par les illuminations, la neige, et qui tient à son sapin, est dans une dynamique de régression vers l'enfance. Après tout, Noël, dans sa version laïque, est supposé être la fête des enfants. L'adulte, lui, doit avoir appris à se passer du folklore, des cadeaux parfois, et de la joie innocente et festive de Noël. Un psychologue serait probablement intrigué par un adulte pour qui Noël serait un moment crucial de l'année, pour qui ce jour devrait être magique et le plus proche possible de ses souvenirs d'enfance et de l'imaginaire collectif.

Mais... Et si perpétuer cette tradition était un acte de résistance contre la morosité d'une société désabusée et amère? Si, sans nier les contraintes déjà évoquées, accrocher une guirlande lumineuse à sa fenêtre était un acte visant à enchanter le monde, le sien, celui de son voisin d'en face...

La faille : la déprime de Noël

Noël est si plein d'enjeux véritablement psychologiques qu'il est aussi associé à de profondes déprimes et des pics de suicides notables. Solitude, trop grand écart avec la joie supposée de la période et la cruauté de la vie concrète, Noël exacerbe et cristallise toute la peine d'une année.

Concomitant avec la fin de l'année civile, c'est l'heure du bilan, bientôt celle de changer d'année et de, concrètement, prendre acte du temps qui s'écoule.

A ce sujet, et pour chercher des solutions, l'article de Françoise Angrand peut s'avérer d'une grande aide .

Si la nostalgie est inévitable en cherchant à reproduire des souvenirs ou des idéaux de cinéma, ré-inventer Noël est probablement la plus belle des solutions.

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