Traditionalisme catholique : l'Eglise en marche arrière

L'emblématique messe en latin est loin d'être le seul cheval de bataille de cette frange du clergé faisant de plus en plus d'adeptes.
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Il ne s'agit pas ici de traiter de mouvements dissidents (tels celui de monseigneur Lefebvre, excommunié puis ré-intégré par le Vatican) mais bien de ces prêtres, paroisses, fidèles qui prônent un retour à un temps lointain, celui d'avant Vatican II (concile de 1965) : celui du Concile de Trente (achevé en 1563).

Impossible aussi de revenir sur tous les termes de ces deux conciles, leurs différences et leur immense contenu.

Le constat se fait plus concret. Dans chaque ville comptant plusieurs paroisses, une au moins est "tenue" pas un prêtre traditionaliste, alors que le phénomène était tout à fait marginal il y a encore 15 ans. On parle aujourd'hui d'environ 400 à 500 "lieux de culte" catholiques qui relèvent de cette tendance. Que se joue-t-il donc dans ce retour en arrière ?

Le rite catholique

Ce n'est effectivement pas tant sur la théologie pure ou sur le dogme que les enjeux se trouvent, sans quoi nous aurions à faire à une scission religieuse. C'est du côté du rite et de la liturgie que se trouvent les points les plus frappants, fers de lance, et polémiques.

La langue de la liturgie : voici le premier des débats. L'un des "acquis" de Vatican II était l'abandon du latin comme langue du rite, de la messe. Quelle importance et quelle volonté derrière ce changement ? Tout bonnement permettre aux fidèles d'assister et de participer à une célébration où tous les mots prononcés le seraient dans leur langue. Le latin, jusqu'alors considéré comme "langue universelle de l'église", n'étant plus compris par personne, le fait était là : le fidèle, sans un missel dans sa propre langue lui permettant de "sous-titrer" la célébration, participait à une liturgie dont il ne comprenait pas les mots, à défaut d'en comprendre le sens global. La volonté de rendre accessibles, à chacun, les paroles prononcées par le prêtre lors d'une messe, était, ni plus ni moins que celle de le faire participer à tout le rite, et de lui permettre de faire siennes les prières de l'officiant.

Officier face à l'assemblée des fidèles : c'est la seconde transformation emblématique apportée par Vatican II et remise en cause par les tenants du traditionalisme. Quelle importance encore une fois ? Pourquoi préférer un prêtre derrière l'autel, faisant face à l'assemblée, qu'un prêtre tourné vers un autel dos aux fidèles ? C'est ici la position du prêtre, dans tous les sens du terme qui se joue. Dans le cas où il officie dos aux fidèles, le message est clair : "je suis celui qui parle à Dieu et au nom de Dieu, vous ne partagez pas ma fonction, m'adresser à Dieu pendant la célébration est ma prérogative, parce que je suis ordonné, parce que je suis prêtre". Lorsque Vatican II fait se retourner l'officiant, c'est dans une volonté de participation de l'assemblée, une volonté de prière commune, avec le prêtre.

Benoit XVI a de nouveau autorisé les messes en latin. Les autels, eux, devaient rester tels que l'indiquait le Concile de 1965. On peut pourtant maintenant entrer dans des églises où l'on découvre le prêtre officiant dos aux fidèles, sans un regard vers eux, dans son dialogue solitaire avec Dieu...

Les laïcs et le culte

La crise des vocations a fait entrer les laïcs dans la liturgie, depuis des années. Animateur ou animatrice chargés des chants, laïcs donnant la communion (concrètement, assistant le prêtre et donnant les hosties aux fidèles), laïcs animant des célébrations sans sacrement (prières)... se sont autant d'exemples de la l'entrée des fidèles, non consacrés, non ordonnés, dans la vie liturgique de l'Eglise. Voilà de quoi faire pousser des cris d'orfraies à ceux qui considèrent que le prêtre est le seul habilité à parler de Dieu, et plus encore au nom de Dieu.

Haro donc sur cet invasion. Les traditionalistes ne souhaitent pas se voir donner la communion par leur voisin de chaise, aussi croyant soit-il. On se gausse de ces hommes et de ces femmes qui font chanter l'assemblée, on ne les trouve pas à leur place. Retour aux sources : mon curé sinon rien.

Les valeurs catholiques

Sujets à des adaptations nécessaires, les préceptes moraux du Vatican (préservatif, sexualité, etc..) ont, pour les traditionalistes, été salis par trop de laxisme. Non, un prêtre ne doit pas donner l'absolution à un homosexuel, un homme adultère, une femme ayant avorté. Ce durcissement est perçu par de grands théologiens et sociologues comme une réponse à l'Islam : la théorie des "tradi" étant que la catholicisme pliera sous le poids de l'Islam si il ne se montre pas aussi directif et intransigeant.

C'est une guerre de religions larvée en quelques sortes, où les extrêmes se courseraient pour savoir qui fera le plus fort. Ces propos ne valent évidemment qu'en Occident.

Des faits, un horizon

Un pape encourageant la tradition, une société occidentale qui voit naitre des théories nauséabondes sur l'islamisation rampante et bientôt éclatante de terres ancestralement chrétiennes, une désertion des églises qui fait prendre au clergé des positions radicales pour séduire de nouveau : l'horizon semble s'assombrir, et des portes se ferment.

Et Dieu, dans tout ça ?

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