DSK: L'affaire n'est pas terminée

Libéré sur parole, DSK n'est pas encore innocenté aux Etats-Unis, tandis qu'une nouvelle plainte pour tentative de viol relance le cycle de la culpabilité.

Depuis l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, le 14 mai à New York, les événements survenus n’ont cessé de faire l’objet d’une véritable frénésie médiatique. Mais le traitement juridique et policier de l’enquête semble également tendre vers un sensationnalisme troublant, comme s’il s’agissait moins d’une bataille de prétoire que d’une bataille de l’opinion publique. Les récits de la "victime", Nafissatou Diallo, sont d’autant plus surmédiatisés qu’elle n’a pas d’image, tandis que pour le "coupable", Dominique Strauss-Kahn, la volubilité des images remplit l’espace médiatique contre deux mots seulement: "not guilty".

Mais les rôles se sont inversés aussi vite qu’ils avaient été distribués, la victime présumée ayant perdu la bataille de la crédibilité, décisive dans une affaire ou deux paroles contradictoires s’affrontent sur des mêmes faits. Selon Paul Schechtman, ancien procureur de New York, "l’accusation, dans cette affaire reposera avant tout sur la personnalité de la victime présumée, sa crédibilité. Il faudra aussi savoir si l’on peut étayer son témoignage avec des éléments tangibles" (Le nouvel Obs., Le Dossier DSK , p. 23).

Or, l’effondrement de la crédibilité de Nafissatou Diallo, aujourd’hui coupable de parjure, ne permettra vraisemblablement plus de condamner pour tentative de viol Dominique Strauss-Kahn, en passe de devenir la victime d’une erreur judiciaire. "C’est au procureur de montrer qu’il y a eu viol, pas à la défense de prouver qu’il n’a pas eu lieu", déclarait en 2003 Benjamin Brafman, l’avocat de DSK ( Le Dossier DSK , p. 22).

Au-delà du doute raisonnable

Dès lors que la victime est décrédibilisée, il est impossible pour un jury de se prononcer unanimement au-delà du doute raisonnable sur la culpabilité du prévenu. Pourtant, le procureur Cyrus Vance "a annoncé mercredi le maintien des poursuites pour crimes sexuels contre Dominique Strauss-Kahn et exclu de se dessaisir de l’affaire comme l’a réclamé l’avocat de la victime présumée en accusant le bureau du procureur de "fuites" dans la presse"( AFP ). La veille, il avait déjà reconnu que "même s’il y a des problèmes concernant les allégations de la femme à propos de son histoire personnelle, il y a de multiples évidences qu’une agression sexuelle a eu lieu" ( nytimes.com ).

Dans une lettre à la défense , le bureau du procureur rend compte des contradictions existantes dans le récit de la plaignante, dans la mesure où Mme Diallo avait déclaré sous serment au Grand Jury s’être enfuie d après l’agression dans le couloir, où elle aurait attendu le départ de DSK jusqu’à l’arrivée de son supérieur, avant de revenir sur sa version et d'expliquer qu'elle avait procédé au nettoyage d'une chambre voisine pour revenir ensuite faire la suite 2806 de DSK. Or, les données du pass magnétique infirment cette seconde version, Mme Diallo ayant nettoyé la suite 2806 avant de faire la chambre voisine ( nytimes.com ).

Cependant, pour le bureau du procureur, Nafissatou Diallo est surtout suspecte au vue des "inconsistances dans sa vie passée"( nytimes.com ). Outre les fréquentations douteuses et les fraudes fiscales, la jeune femme a déclaré avoir été victime en Guinée d’un viol collectif, qu’elle a reconnu être par la suite "un des éléments contenus dans l'histoire enregistrée et mémorisée pour sa demande d'asile", tout en maintenant qu’elle avait été violée "mais pas dans les circonstances décrites lors des entretiens" ( lemonde.fr ). Enfin, l’effondrement de la crédibilité de la jeune femme tient en grande partie dans cette phrase: "Elle (Nafissatou Diallo) a dit quelque chose comme : 'Ne t'inquiète pas, ce type a plein d'argent. Je sais ce que je fais' "( lemonde.fr ). Rapportée par un enquêteur au New York Times, cette conversation téléphonique entre Nafissatou Diallo et son petit ami, détenu en Arizona dans le cadre d’une enquête pour trafic de drogue, a eu lieu 24 heures après le dépôt de la plainte.

2806 suite

La seule solution pour retenir Dominique Strauss-Kahn aux Etats-Unis était de l’inculper devant un grand jury . Dès lors, selon l’ancien procureur Michael Bachner, "ils ont pris pour argent comptant les déclarations de cette femme sans pousser très loin les investigations"( franceinfo.fr ). Pour le chroniqueur judiciaire Jeffrey Toobin, "Strauss-Kahn représentait la cible idéale pour les médias américains. Il est français, il est riche, il est puissant et son accusatrice est une immigrée sans argent (…), c’était un peu David contre Goliath (…) et aux Etats-Unis, les gens prennent toujours fait et cause pour David" ( franceinfo.fr ).

Mais, au-delà des impératifs médiatico-judiciaires, les blessures et les traces d’ADN constatées permettent encore de légitimer l’action de l’accusation. Mme Xenarios, directrice du Centre de traitement des victimes de crime, explique ainsi : "Je n'ai pas mis en doute son témoignage. Et notre équipe est constituée de personnes formées et très expérimentées pour écouter les personnes ayant été violentées. Le verdict des procès correspond généralement à nos diagnostics" ( lemonde.fr ).

Malgré tout, DSK semblait presque blanchi avant d’être à nouveau accusé le 5 juillet de tentative de viol par Tristane Banon. L’agression sexuelle, qui aurait eu lieu en 2003 à l’occasion d’une interview a été rendue publique lors de l’émission Paris Première en 2007 par la victime présumée, fille d’une membre du Parti socialiste et filleule de la seconde épouse de DSK. Dans sa biographie autorisée, ce dernier affirme: "La scène qu'elle raconte est imaginaire"( nytimes.com ). Ses avocats viennent d’engager une action judiciaire pour "dénonciation calomnieuse". Les mensonges de l’accusatrice Diallo semblent condamner la plainte Banon à une crédibilité sans faille.

Validité du raisonnement ne rime pas toujours avec vérité

Dans la logique aristotélicienne, le syllogisme permet de mettre en rapport deux propositions, la prémisse majeure (tous les animaux sont mortels) et la prémisse mineure (or l’homme est un animal) dans une conclusion: donc les hommes sont mortels. Le syllogisme est formellement valide, mais il faut distinguer validité et vérité, dans la mesure où “la vérité de la conclusion n’est en aucune manière une garantie de celle des prémisses“ (E.Bréhier, Histoire de la Philosophie , p.161).

Dans l’affaire DSK, on pourrait tenter de formuler le syllogisme suivant: la personne violée est une personne crédible, or Nafissatou Diallo n’est pas une personne crédible, donc Nafissatou Diallo n’est pas une personne violée. La logique juridique peut donc déclarer l’arrêt des poursuites comme s’il n’y avait pas eu viol.

Deux attributs contradictoires, Nafissatou est violée, Nafissatou n’est pas violée, peuvent-ils être vrais en même temps? Aristote dirait sans doute que l’un doit être vrai et l’autre faux, “l’un des deux devant nécessairement appartenir au sujet“ (Ibid. p.159). Plus le récit médiatico-judiciaire s’écrit, plus l’information vraie et transparente disparaît. Hier victime, aujourd’hui coupable, Nafissatou Diallo pourrait redevenir victime, cette fois d’un mauvais traducteur de Fulani, le dialecte dans lequel elle aurait eu cette phrase malheureuse au téléphone. Mr. Thompson, son avocat, explique dans une interview que sa cliente a affirmé: “Il ne traduit pas correctement, il n’est pas de ma tribu” ( nytimes.com ). Dans son traité de linguistique, J.-Marie Mathieu explique que: "Le radical peul "ful" peut être rapproché de l'indo-européen "fla" qui a donné "flou", sans doute le maître mot de toute cette histoire entre une Fulani et un Gaulois.

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