L'affaire du tweet : un chantage politico-affectif au sommet

Le tweet d'encouragement de V. Trierweiler au dissident de la Rochelle O.Falorni sera-t-il le Fouquet's de la Hollandie ?

La maîtrise de la communication présidentielle, jusqu’alors exemplaire, vient de connaître sa première déflagration médiatique. Bien qu’il s’agisse d’un vaudeville sur fond de jalousie, trahison et revanche, le tweet, "Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité qui se bat depuis tant d’années dans un engagement désintéressé", envoyé par la première dame mardi 12 juin, corroboré par une dépêche urgente de l'AFP: "Trierweiler confirme à l’AFP son encouragement à l’opposant de Royal"( liberation.fr ), pourrait bien porter atteinte à la présidence normale de F.Hollande. Quelques heures plus tôt et en violation d’une pratique républicaine, le président avait accordé officiellement son soutien à une seule candidate en lice, Ségolène Royal, sa partenaire politique, ancienne compagne, mère de ses quatre enfants, et en ballotage dans la première circonscription de Charente-Maritime contre la candidature dissidente d’Olivier Falorni. Ainsi, au communiqué présidentiel, "Dans cette circonscription de Charente-Maritime, Ségolène Royal est l’unique candidate de la majorité présidentielle qui peut se prévaloir de mon soutien et de mon appui", répond le tweet de la première dame, qui sous des airs de fidélité amicale à O.Falorni, soutien de la première heure lors du lancement de la campagne présidentielle de Hollande, laisse apparaître un psychodrame embarrassant pour l’image présidentielle. Selon David Revault d'Allonnes, journaliste au service Politique du Monde, cet événement est "très sérieux et très politique (…) on est dans le politique dans la mesure où le candidat n’avait pas commis la moindre faute ou si peu (…). La première grosse erreur est commise, qui plus est, par la compagne du président (…, qui) vient désavouer de façon très violente et très brutale son conjoint de président" ( c-dans-l-air.fr ).

Une triangulaire à l’Elysée : Trierweiler, Hollande, Royal

Psychodrame vaudevillien certes, mais qui n’est pas sans conséquence, dans la mesure où le Parti Socialiste, qui avait réussi à focaliser la campagne sur la confusion idéologique de l’UMP et sa stratégie du ni front républicain, ni front national, doit désormais faire face aux réactions politiques posées par les problèmes conjugaux de son président. Comment analyser le tweet soutenant un dissident désavoué par le parti pour ne pas s’être effacé face au candidat de la majorité présidentielle, arrivée en tête au premier tour avec 32,03%, et alors même que le candidat de l’UMP, Dominique Bussereau, appelle à voter contre Ségolène Royal? Si la démarche de l’UMP en faveur du candidat Falorni s’inscrit logiquement dans une tentative de déstabilisation du gouvernement Ayrault, le soutien twitté de la compagne du président semble relever de la sphère irrationnelle des émotions, difficilement justifiable dans un contexte d’entre-deux-tours électoral devant désigner la future majorité à l’Assemblée nationale. François Miquet-Marty, Directeur associé de Viavoice, institut d'études et de conseil en opinions, explique : "Ce qui est extraordinaire dans cette affaire, c’est le contraste entre le caractère personnel de ce tweet, les motivations que l’on peut imaginer, et puis effectivement la résonance, l’impact politique que cela peut avoir (…). Derrière ça, se réveillent les lézardes d’opinion du P.S. (…). Les soutiens politiques dans l’opinion de gauche de Ségolène Royal et de François Hollande ne sont pas les mêmes (…) et cette affaire réactive les clivages qui divisent les sympathisants socialistes eux-mêmes (…). C’est l’un des événements qui sera marquant pour le début de ce quinquennat" ( c-dans-l-air.fr ). Il semblerait en effet qu’au-delà du coup virtuel porté par V.Trierweiler afin d’éloigner S.Royal de l’Assemblée nationale et donc de l’entourage politique immédiat de F.Hollande, le traquenard de la Rochelle dans lequel se retrouve celle-ci relève également des clivages tant nationaux, internes au P.S., Ségolène Royal accusant Lionel Jospin de favoriser la candidature d'Olivier Falorni pour "assouvir de vieilles rancunes"( vsd.fr ), que territoriaux. En effet, en cas de victoire "comment imaginer (…) que M. Falorni, candidat dissident opposé à Mme Royal pour le second tour, adjoint aux finances de la ville, continue de siéger en conseil municipal, entre le maire, Maxime Bono, premier soutien de la candidate investie par le PS, et Jean-Pierre Mandroux, suppléant de Mme Royal ? "( lemonde.fr ) En embuscade également, la droite, avec le président du conseil général de Charente-Maritime, Dominique Bussereau, et l’ex-président de l'assemblée régionale, Jean-Pierre Raffarin, prêts à reprendre la région Poitou-Charentes si Royal se retrouvait en difficulté après ce nouvel échec.

L’avant et l’après tweet…

Comment une circonscription acquise à priori aux socialistes est devenue l’enjeu d’une affaire politico-conjugale portant atteinte à l’autorité du président? Le vraisemblable échec de Royal face à Falorni au second tour a poussé François Hollande à sortir de la réserve qu’il avait promise au 20h de France 2 le 29 mai : "Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité" ( lemonde.fr ), provoquant le tweet de trop et une distance assumée de la première dame vis-à-vis du président, compromettant le projet de rééquilibrage gouvernementale rendu possible avec le succès de Royal à la Rochelle et son accession à la présidence de l’Assemblée nationale, ouvrant la voie aux critiques de l’UMP, jusqu’alors embarrassée par sa ligne idéologique confuse et ses candidatures prises en otage par le FN. Le gouvernement se retrouve face à une gestion de crise conjugale provoquant l’intervention, en écho à celle du premier ministre J-M Ayrault, de la première secrétaire du P.S., Martine Aubry, ce jeudi sur RTL : "Je pense qu'il faut qu'elle soit plus discrète. Jean-Marc Ayrault l'a dit, et il a raison"( rtl.fr ). Or, cette réprobation officielle de la parole publique de V.Trierweiler, alors même que le président reste silencieux, ne porte-elle pas atteinte à l'image de celui-ci? Tandis que Ségolène Royal, dans la tourmente d’un possible échec, puisqu’un sondage réalisé avant et après l’affaire du tweet la donne battue à 42 % contre 58 % (sondage Ifop/Fiducial) ( lepoint.fr ), déclare ce jeudi dans un entretien à Libération : "Face à la violence du coup, je n'ai pas voulu réagir à chaud, car je mène un combat politique difficile et je me dois de tenir bon. En tant que femme politique, je demande à être respectée, tout comme doit être respecté le soutien politique que m'apporte le président de la République en tant qu'unique candidate de la majorité présidentielle." La question du respect dû au président est posée, son ex-compagne va même surenchérir, lors de son meeting mercredi, en appelant au "respect par rapport à une mère de famille dont les enfants entendent ce qui se dit", et dont le père n'est autre que François Hollande…. ( lejdd.fr )

Les législatives emportées dans la polémique Trierweiler

Au-delà d’un soutien inespéré pour le frondeur Olivier Falorni, qui déclare mardi à la presse : "C'est un beau message d'amitié, de soutien personnel, ça fait évidemment plaisir dans un contexte où je subis beaucoup de coups, beaucoup d'attaques injustes. Je me réjouis de ce petit mot, de ce soutien amical"( lemonde.fr ), le problème politique posé par ce tweet tient dans l’appui d’une candidature dissidente donnée gagnante grâce au report des voix de droite et d'extrême droite, et interférant avec la parole présidentielle. Cette marque d’ingérence de la première dame dans la sphère politique frappe d’autant plus que François Hollande avait érigé en anti-modèle l'immixtion des affaires privées dans la vie publique, néfaste à son prédécesseur. En outre, au lendemain de l'élection de François Hollande, V.Trieweiler avait déclaré : "Première dame, c'est un second rôle, et je dois veiller à ce que ça le reste". "Ma parole ne doit pas se substituer à celle du président, elle ne doit pas gêner la parole du président". "Je vais faire très attention sur les tweets, la portée de mes propos a changé" ( lepoint.fr ). Or, la journaliste-première dame ne peut ignorer les conséquences d’un message personnel qui passe immanquablement, à tort ou à raison, pour une prise de position publique. Dans cette affaire, Valérie Trierweiler n’est certainement pas une potiche, mais son tweet a tout de même des allures de pot-pourri. Pour déroger à sa fonction décorative, la première dame n’a pas hésité à tweeter son indépendance. Quant à l’entre-deux-tours socialiste, il a foncé dans le décor…

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