Chargé : héroïne et rock

L'héroïne a fait et fait toujours partie de l'attirail de la rock star décadente. Retour sur l'opiacé et son influence dans le rock.
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Jim Morrison, Keith Richards, Johnny Thunder, Kurt Cobain, Janis Joplin, les Pretenders, Malcom Owen, Guns & Roses, Jeffrey Lee Pierce, Pete Doherty, quelques noms que l'ont peut citer pour attester de l'usage et de l'influence que l'héroïne a pu avoir et a dans le monde du rock.

L'usage des drogues, le rock, le jazz et le blues sont intimement liés. Nombreux sont les adeptes de la seringue et de la petite cuillère parmi les représentants de la musique populaire, blues, rythm & blues, pop, rock. De Billie Holliday à Ray Charles en passant par Charlie Parker, Miles Davis d'un coté, par le Velvet Underground jusqu'à Nivarna de l'autre, l'histoire du siècle dernier est riche d'exemples du lien entre cette substance mortifère et la musique.

Heroïn – Velvet Underground

L'une des chansons les plus célèbres sur le sujet est bien sur « Heroïn » de Lou Reed, période Velvet Underground : « Quand j'enfonce l'aiguille dans ma veine, je me fous de tout, quand le flash m'envahit, je me sens comme le fils de Jesus, et je suppose que je n'en sais rien ». Lou Reed a composé cette description de l'état d'esprit d'un junkie, description qui se veut objective, en 1964 à l'époque où il cachetonnait pour Pickwick Records. Évidemment ses employeurs refusèrent qu'il l'enregistre. Il faut attendre 1966 et le 1er album du Velvet pour écouter ce joyau sombre et troublant (« Héroïne, sois ma mort, Héroïne, c'est ma femme, c'est ma vie »). Il enregistrera une version plus dure en 1974 sur l'album Rock'n Roll Animal . Lou Reed se défendra toujours d'avoir écrit une chanson qui incite à l'usage de l'opiacé. Il est vrai qu'il a du parfois être gêné lorsque des fans lui disaient qu'ils avaient commencé à fréquenter la dame blanche après écoute de ce morceau...

Cold Turkey

Le « cold turkey », la dinde froide, c'est l'effet du manque d'héroïne, c'est aussi un titre célèbre de John Lennon où il décrit les affres du drogué en manque. Fin 1969, après que Yoko Ono ait fait une fausse couche, Lennon et Ono se consolèrent avec le cheval (« horse », appellation argotique de l'héroïne) mais ils s'accrochèrent très rapidement et la désintoxication fût très dure. Alors qu'il est encore membre des Beatles, Lennon enregistre le titre avec le Plastic Ono Band car les autres ne voulaient pas entendre parler de la chanson. « Trente-six heures de torture, priant que quelqu'un me libère à nouveau (…) Oh, je serai un bon garçon, s'il vous plait faites que je me sente bien à nouveau, je vous promets tout ce que vous voulez si vous me sortez de cet enfer ». Comme on peut le constater, le manque n'est pas une partie de plaisir. Pourtant « Cold Turkey » est un grand morceau mais plus grâce au talent de Lennon que grâce à la drogue.

Chinese rocks

Les cailloux chinois, chinese rocks, c'est de l'héroïne d'un degré de raffinement moindre que l'héroïne blanche, plus pure. C'est aussi un chanson composée par le Ramones Dee Dee Ramone et son ami Richard Hell pour le second couplet. Elle ne fût pas enregistrée avant 1980 (sur End Of The Century ) par le groupe qui curieusement pouvait chanter qu'il n'avait qu'une envie, sniffer de la colle ou des produits de nettoyage, mais pas question de parler d'héroïne. Ce furent donc les junkies patentés des Heartbreakers de Johnny Thunder qui s'en chargèrent. Malgré les chœurs qui hurlent « du bon temps » sur la version de l'ex New York Dolls, les paroles sont plutôt désabusées : « Je devrai être riche mais maintenant tout ce que je désire, c'est un paquet de machin chinois ».

Pierres qui roulent et sœur morphine

L'album Sticky Fingers (1971) des Rolling Stones contient une référence à la drogue dans pratiquement tous les titres. Le plus explicite étant « Sister Morphine » écrit par Keith Richards et Marianne Faithfull. On peut aussi citer « Dead Flowers » où Jagger invite la petite Susie qui veut être la reine de l'underground a faire un tour dans sa cave où elle le trouvera avec son amie, une petite cuillère et une seringue.C'est Anita Pallenberg, ex de Brian Jones, qui a initié Richards à la fille au cœur d'acier (cf. Higelin ). La toxicomanie de Richards a donné corps a une légende urbaine tenace : sa désintoxication de 1978 en Suisse s'est transformée en transfusion sanguine du sang contaminé par la drogue remplacé par du sang frais, comme si le guitariste des Stones s'était transformé en Dracula ou comme si l'on avait fait une vidange de son sang.

Si l'on pense qu'au départ, l'héroïne synthétisée en 1898 par le chimiste Heinrich Dreser pour les laboratoires Bayer, était vendue comme médicament pour différentes affections respiratoires dont la tuberculose et que son nom signifie « héroïque » parce qu'elle permettait de désintoxiquer rapidement les drogués à la morphine, le chemin parcouru est long. On peut aussi se demander le pourquoi d'un tel succès malgré les dangers évidents de la substance. A cela, l'écrivain beat William Burroughs a une réponse pertinente : « Avec l'héroïne, tu n'as plus de problèmes, tu n'a plus qu'un seul problème, l'héroïne ».

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