Un Drôle de paroissien : quand Bourvil vole dans les églises !

Pour vivre, Georges Lachesnaye (Bourvil) pille les troncs des églises sans être le moins du monde gêné par ce procédé immoral qu'il justifie avec sérieux !
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Il était une fois une France où les troncs des églises étaient assez garnis pour qu’un oisif puisse y puiser de quoi nourrir sa petite famille et... investir dans des titres bien-pensants (Saint-Gobain, Saint-Louis…). Tiré d’un roman autobiographique ( Deo Gratias , Michel Servin), Un Drôle de paroissien est un film qui suscite toujours le rire. La nostalgie aussi. Celle d’une époque où il faisait bon vivre, les années 60 en général et 1963 en particulier…

25 églises parisiennes

Certes, quand l’Eglise de France eut vent du projet de ce provocateur de Mocky, elle refusa de collaborer. Mais après quelques négociations – et accommodements divers -, elle donna son feu vert et le jeune trublion du cinéma français put ainsi filmer dans 25 églises parisiennes…

Cette collaboration explique aussi pourquoi ce film s’ouvre sur la mise en garde suivante: «Le héros de ce conte humoristique étant un aimable irresponsable, il va de soi que sa conception de la vie sociale et religieuse est d’une fantaisie toute personnelle…»

Jean Poiret et Francis Blanche

Il est vrai qu’un paroissien qui pille les troncs des églises relève – à tout le moins - de la fantaisie même si Georges justifie ses sources de revenu le plus sérieusement du monde à son camarade Raoul (Jean Poiret), qu’il veut « embaucher » comme guetteur depuis que l’inspecteur Cucherat (Francis Blanche) l’a pris en chasse…

Et quand Raoul se «refuse à être le complice d’un malfaiteur», Bourvil se sent offensé : «Parce que c’est mal d’obéir à un signe du ciel !, lui dit-il. - Mais tu pilles les troncs ! s’offusque Raoul. - Mais je n’en prends que la moitié… C’est un principe ! - C’est un principe de voleur !»

Le prix du kilo de pêche !

Et vient l’explication, qui fait sourire et… réfléchir : «Mais tout le monde vole à ce compte là, poursuit Georges. Qu’est-ce qu’il fait le commerçant ? Il achète un kilo de pêche 1 franc, il le revend 3 francs, il prélève 2 francs dans le porte monnaie de la ménagère et tout le monde trouve cela très bien ! Est-ce qu’il a rendu les pêches meilleures ? – Ah, il les a rendu plus chère, c’est tout ! répond Raoul. - Est-ce que c’est du vol ? - Ah, non ! La loi le permet. C’est légal de prélever son pourcentage…»

Et Georges de poursuivre, sérieux comme un pape: "Puisque c’est légal je prélève le mien sur les troncs. Moi aussi j’ai des charges : ma famille à nourrir, des frais de transport d’outillage, etc. – Oui, répond Raoul, mais l’argent des troncs ne t’appartient pas, enfin… - Il n’appartient à personne ! Les gens mettent de l’argent dans les troncs de saint Antoine, de saint Joseph mais ils savent très bien que ces deux saints sont au ciel et qu’ils n’ont pas besoin d’argent…- Oui, mais ces braves gens tu les voles…"

Michel Galabru et Louis de Funès à Saint-Tropez

Georges se met à rire: «Je ne peux pas leur voler de l’argent qu’ils ont donné…Et puis personne ne les oblige à donner, ils donnent de leur plein gré…- L’argent appartient toujours à quelqu’un, répond Raoul, les troncs appartiennent à l’Eglise et cet argent va aux pauvres de la paroisse… Et Georges de répliquer avec sa voix traînante: «Je suis pauvre, et j’ai une paroisse… - Alors, pourquoi est-ce que les inspecteurs te pourchassent ? - Parce qu’ils ne comprennent pas plus que toi…»

Finalement, Raoul acceptera de se faire le complice de Georges, et les deux compères joueront aux gendarmes et aux voleurs avec une brigade qui fait penser à celle qui naîtra l’année suivante -1964- à Saint-Tropez avec Francis Blanche-Cucherat dans le rôle de Funès- Cruchot, et Marcel Pérès-Raillargaud dans celui de Galabru-Gerber…

La morale est sauve

Quant à la morale de l’histoire, résultat des accommodements précités entre Mocky et l’Eglise, elle sera préservée: sauvé de Cucherat par un prêtre, Georges sauvera son âme en rendant l’argent à son propriétaire…

Si ce film continue de faire sourire près de 50 ans après sa sortie quiconque a un minimum de culture chrétienne , chacun sait que pareille histoire appartient au passé; non parce que l’Eglise s’y opposerait mais parce que le nombre des fidèles a chuté dans les mêmes proportions que les recettes des troncs…

Les profanateurs d’aujourd’hui

En clair, l’Eglise catholique d’aujourd’hui n’a plus à redouter de Georges Lachesnaye avec une raie au milieu mais des profanateurs aussi dangereux qu’emplis de haine à son endroit…

Pourquoi une conclusion si sombre ? Parce que le nombre de profanations anti-catholiques est devenu si important en France qu’un site – Indignations – recense chacune d’elles et démontre à quiconque le consulte que le film de Mocky fait désormais figure de bluette…

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