user_images/ma-photo-pour-scribium.jpg

JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Mon jardin en Méditerranée : palmes, épines, couleurs... et passion !

Belombra ! Mon Phytolacca dioïca est un arbre vraiment étonnant

Le raisinier arborescent, surprenant et décoratif à bien des égards, est un arbre remarquable. Le mien a de superbes feuilles vert tendre à nervures et pétioles roses.

Le phytolaque américain est bien connu en France. Cette plante herbacée vivace très envahissante et qui peut atteindre jusqu'à 3 m de haut est devenu une "peste végétale". Mais il existe bien d'autres espèces de phytolaques, qui ne présentent aucun problèmes écologiques et qui sont de magnifiques plantes dont certaines peuvent se cultiver au jardin. Ainsi le Belombra est vraiment surprenant (exemple avec le pied de celui-ci pris à El Port de la Selva, Espagne, photo ci-dessous), et le mien est à ce titre très prometteur (photo ci-dessus) !

Petit point taxonomique sur les phytolaques

Phytolacca signifie étymologiquement parlant "plante (phyto) à laque (jus cramoisi)" et a comme synonyme Pircunia. Les phytolaques (Phytolacca sp.) constituent ensemble la famille des Phytolaccaceae, mais la Famille comporte au total une vingtaine de genres différents. Dans le genre Phytolacca, on connait 32 espèces toutes issues des régions tropicales et subtropicales. Botaniquement, ce sont des arbres, des arbrisseaux, des plantes herbacées érigées ou grimpantes qui peuvent être soit dioiques (mâle ou femelle sur un pied) soit monoïques (mâle et femelle sur un pied). Leur principale caractéristique commune est leur floraison/fructification, avec leurs fruits qui laissent s'écouler un jus violacé quand on les écrase. 

En Inde, notamment, Phytolacca acinosa var. esculenta est cultivé comme légume et ses feuilles, excellentes, se consomment comme des épinards. En France, cette variété se cultive aussi sous réserve de déterrer la souche à l'automne pour la garder hors gel en hiver et la replanter au printemps.

En Amérique du Nord, le Raisinier ou Teinturier de l'espèce Phytolacca americana (ou P. decandra ou P. acinos) est une jolie plante à tiges et pétioles rouges, et à grappes de baies noires assez décoratives (photo ci-contre). Mais introduite en France, cette plante est devenue une véritable peste végétale, très envahissante, déjà bien répandue sur le territoire national (au moins dans 44 départements, mais sans doute bien plus) ! Ni ses feuilles, ni ses fruits ne sont pas réputées toxiques ! Le jus des fruits est utilisé à plusieurs usages : teinture violette très appréciée pour les tissus, mais également utilisée (illégalement maintenant chez nous) et à raison de quelques grappes seulement, pour colorer les vins, ou encore comme encre naturelle. Malgré son allure sympathique, cette plante doit absolument être détruite afin de ne pas favoriser son extension dans les milieux naturels (sous-bois, berge de rivières, zones fraiches, bocage...).

Phytolacca dioïca, Bel ombrage, Belombra, Bella ombra, Bellombra, Bella sombra, raisinier, ombú

Le phytolaque dioïque est un arbre souvent planté sur la côte méditerranéenne, dans les lieux les moins gélifs. Il ne présente absolument aucun problème écologique chez nous car les conditions lui sont défavorables pour sa reproduction et sa dissémination. Il est donc une splendide plante d'ornement au "look" absolument inimitable !

Il porte de multiples noms selon les régions où il est planté. 

  • En Catalogne (Espagne et France) : bella ombra ou bel ombre (bel ombrage) ou belle ombre
  • En Castille : bella sombra
  • En Corse et Sardaigne : bellombra
  • En Amérique latine : ombú
  • En Afrique du nord et un peu de partout, y compris en France : belombra ou raisinier

On en retrouve de magnifiques pieds :

  • en Espagne : Cadaquès (photo ci-dessus), Llança, Barcelone, Valencia (photo ci-contre)
  • sur la côte algérienne, comme à Cherchel
  • le long des côtes italiennes, comme à La Spezia
  • sur la Côte d'Azur (Porquerolles, par exemple) et en Corse (Cargese, Porto-Vecchio, Calvi, Bastia...).

Dans d'excellentes conditions, son tronc atteint plusieurs mètres de circonférence. D'aspect tourmenté ou présentant des formes étranges, il se caractérise aussi par ses racines qui s'étalent de manière imprévisible à la surface du sol en prenant du volume et du relief. Il faut donc le planter dans un espace suffisamment dégagé pour profiter de cette caractéristique sans que cela ne nuise aux murs, bordures... Ce bel arbre pousse vite mais ne vit hélas pas très vieux, ce qui se devine aisément avec son "bois" d'aspect très fibreux, très spongieux, très léger. (photo ci-contre d'une branche coupée sur mon jeune pied).

Son feuillage se comporte de manière caduque ou semi-caduque selon les "coups de froid". Le mien perd totalement ses feuilles en hiver, ce qui m'arrange car du coup il ne me privera pas de soleil en hiver, en grandissant.

La ressemblance des fruits de cet arbre avec de minuscules potirons en grappe est étonnante et diffère assez de ceux du phytolaque américain. Parfois le fruits ressemble aussi à de mini tomates côtelées ! Mieux vaut éviter de les consommer. Le mien a fleurit pour la première fois en 2015, alors qu'il ne mesurait encore que 1m de haut ! Mais pas de fruits ensuite, puisque les fleurs n'ont pas été pollinisées. Il n'y a pas d'autres pieds aux alentours, sur 10 km de distance, donc... c'est sans espoir !

J'en ai repéré un sur la promenade de front de mer à Argelès plage (photo ci-contre), le plus proche de chez moi donc, mais vu de près il est nettement moins beau, avec des pétioles jaunatres et des nervures presque vertes. 

Ci-dessous, mes phytolaques préférés, à El Port de la Selva (Emporda), soumis à des vents très violents et aux embruns. Les voici fin avril au moment du débourrage.

   

Le phytolaque abandonné dans une petite jardinerie près de Figueres !

En fouinant dans une sympathique petite jardinerie entre Figueres et Roses (Espagne), non loin de chez moi, j'ai découvert exactement le genre d'aubaine que je recherche. Dans un "coin" oublié, perdu derrière des cordylines, chamaerops et autres végétaux en pot, je LE vois, gisant au sol, couché, abandonné ! Moche sans doute aux yeux de la plupart des clients, follement beau aux miens, IL est là, la motte toute desséchée et sortie de son pot.

Je L'attrappe, LE sort de la "forêt vierge". C'est bien un phytolaque. Le seul de la boutique d'ailleurs. Visiblement, il traine là depuis pas mal de temps, sans prix ni étiquette. En ce mois d'octobre finissant, je ne lui donne pas cher de son avenir. Fier de mon trophée, j'arrive vers la patronne des lieux avec MON phytolaque, la motte pleine d'herbes sèches, des branches mortes pas taillées, une petite blessure au pied, une branche cassée : 

" Vous me le vendez combien ?"

"10 euros, si ça vous va" 

"Euh..."

"Alors 6 euros, car il n'est vraiment pas beau, c'est vrai !"

"C'est d'accord"

Et voilà, de toute façon je n'allais pas dire que je le trouve magnifique ! 6 euros le phytolaque de 60 cm de haut avec un pied déjà très costaud et un port qui promet de former une très belle silhouette, je suis au ange.

Une fois planté il n'a pas tardé à perdre ses feuilles. Mais au printemps suivant, puis en été, quel plaisir. L'hiver lui a été très bénéfique et il a profité de la pleine terre et d'un peu d'humidité du sol pour se refaire une santé (photo ci-dessous).

En septembre 2015, je l'ai un peu "bousculé" au niveau des racines pour réaliser quelques travaux afin de créer un bassin. Mais j'ai essayé de réaliser les tranchées assez loin du pied. Ni lui ni son voisin le pamplemoussier n'ont bronché. Tant mieux !

Certes, il est encore jeune puisqu'il n'est planté que depuis deux ans, mais l'année suivante, il a fait des feuilles encore plus grosse et très colorées. Aucune protection hivernale, un sol certes peu riche, mais bien drainant donc assez sec l'hiver, et enrichi d'une poignée d'engrais organique de fond. Quelques bons arrosages l'été, et c'est tout ! Avec la longue sécheresse de 2015 (5 mois sans pluie au pied des Albères, dans le Roussillon), il a eu une partie de son feuillage qui a jauni, mais rien de bien problématique. Il tient aussi très bien au vent, parfois violent. 

Bref... que du bonheur !





À propos de l'auteur

user_images/ma-photo-pour-scribium.jpg

JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
  • 589

    Articles
  • 28

    Séries
  • 3

    Abonnés
  • 3

    Abonnements

Poursuivez la discussion!