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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Chauffage au bois, comprendre pour bien choisir, ce qu'il faut savoir

Se chauffer au bois, est-ce le meilleur choix de combustible ?

Le bois est-il la plus économique et la plus écologique des solutions énergétiques pour le chauffage individuel ? Regard sans concession sur ce choix très actuel.

Choisir le bois c’est privilégier l’aspect financier ! Est-ce bien certain ? C’est aussi un enjeu pour le développement durable ! Ça, c’est plus facilement acquis, au même titre que pour les autres énergies renouvelables (éolien, solaire…), mais appelle quelques conditions et remarques.

Le prix des combustibles réserve des surprises au fil des ans

Quand on parle d’énergie et de combustible, le propane ou l’électricité sont des combustibles désormais beaucoup trop chers (3 à 4 fois plus que le bois bûche) et ne présentent d’intérêt que dans des situations très particulières et pour de petits volumes. 

On peut donc comparer le combustible bois au gaz naturel et au fioul domestique, indépendamment des aspects « écologiques ». Les adeptes des énergies fossiles ont régulièrement des arguments en leur faveur. Par exemple, pour l'année 2015 et selon la revue Que Choisir, sans surprise le fioul domestique a profité d’une baisse de prix très notable du fait de la chute des cours du pétrole. Les prix du gaz naturel ont aussi baissé régulièrement. Sur le plan strictement financier, le combustible bois a donc perdu des points, sauf qu'il faut apporter de grosses nuances : le grand perdant c'est le granulé en sac. Le granulé en vrac, plus avantageux, a aussi perdu de sa compétitivité en 2015. Par contre, le bois bûches ou en plaquettes (bois déchiqueté) reste le leader incontesté du chauffage bon marché. En effet, le prix du granulé de bois n'a pas vu baisser ses coûts, comme on aurait pu l’espérer avec l’accroissement de sa filière ! En 2015 il était donc à peu près à égalité avec le fioul ou le gaz.

Ainsi, de temps en temps, il faut s'attendre que ce genre de situation se renouvelle : des baisses des prix du fioul et du gaz qui rendent peu favorable le chauffage aux granulés, même en vrac. SAUF qu'il y a une nuance de taille à émettre : contrairement aux énergies fossiles, le prix du bois n’est pas volatil ! Ce qui pourrait être un avantage à certains moments vis-à-vis du fioul ou du gaz (par rapport aux granulés, notamment en sac) peut très vite devenir un lourd inconvénient quelques temps plus tard ! Le prix du combustible bois fluctue peu et n’augmente que lentement. C’est totalement vrai pour le bois en bûches et encore plus vrai pour le bois en plaquettes dont les prix ont même baissé dans notre exemple de 2015 (et d'ailleurs les années avant aussi). C'est une réflexion d’importance quand il s’agit d’installation de chauffage !

Notons malgré tout que la vigilance s’impose si le critère de choix essentiel est l’aspect financier ; en plus du prix du combustible il faudrait ajouter le coût des appareils de chauffe, de leur installation, de leur entretien, du stockage des combustibles… pour tenter de faire une sorte de comparatif d’amortissement. Le résultat pourrait être bien surprenant, hélas ! Les professionnels ne s'y aventurent pas vraiment, ni pour les énergies fossiles ni pour la biomasse bois, il faut donc chercher ces infos plutôt auprès d'associations indépendantes.

Ci-dessous, l'exemple de l'évolution des prix de l'énergie jusqu'en 2015 inclus . Valeur à monnaie courante. Figure extraite du site de l'APERe en Belgique (http://apere.org/observatoire-des-prix) Source CREG, SPF économie, ValBiom ; Graphe APERe.

 

 L’envie d’une planète "plus propre pour nos enfants" tranche le débat

Même avec de gros efforts au niveau des appareils de chauffage, les combustibles fioul domestique et gaz naturel restent des énergies fossiles dont les filières offrent un bilan négatif sur le plan environnemental. Ressources épuisables et polluantes, elles coûtent cher à notre santé et à celle de la nature. Plus généralement, il est effrayant d'imaginer que l'on puise épuiser de telles ressources jusqu'à "la dernière goutte" uniquement pour des intérêts immédiats tout en sachant que l'épuisement de telles ressources est définitivement IR-RÉ-VER-SIBLE ! C'est d'une inconséquence déplorable à l'échelle de nos sociétés que de tels choix politiques/économiques puissent encore être ainsi prolongés. 

Les énergies fossiles ont en plus un mauvais bilan carbone, ce qui n’est pas le cas du bois : en effet, tout au long de sa vie, l’arbre stocke du CO2 qui sera libéré lors de sa décomposition après sa mort, ou lors de la combustion quand on le coupe pour brûler son bois. Finalement, en ce qui le concerne, son « bilan carbone » est nul... mais dans l'absolu uniquement. Il y a des nuances à apporter, bien sûr, mais qui n'ont de sens que si on compare le bois au fioul et au gaz :

  • le bois n’a pas un bilan carbone nul puisqu’il faut ajouter les émissions liées à la gestion de ses peuplements, à son exploitation, à son conditionnement et à son transport. C'est vrai aussi pour les énergies fossiles, auxquelles il faut ajouter les pollutions liées à l’exploitation, au transport et par accident du gaz ou du pétrole, infiniment polluantes. En plus, si le bois n'est pas exporté, il ne nécessite pas de transport par bateaux, contrairement aux deux autres combustibles, et le bois peut tout à fait être livré en vrac.
  • le bois peut rejeter des polluants : c’est faux quand il s’agit d’une combustion parfaite d’un bois bien sec. C’est vrai si la combustion est mauvaise ou si le bois est humide. Dans ce cas, outre le CO2 et la vapeur d’eau, la combustion va rejeter des poussières (les particules fines) comme le chauffage au fioul d’ailleurs, du monoxyde de carbone (CO), des oxydes d’azote (NO)…
  • le chauffage au bois entraine des problèmes de santé comme le chauffage au fioul : cette époque est globalement révolue chez nous (mais pas de partout sur la planète, loin s'en faut !). En France, les conditions de combustion et d’évacuation des fumées des années antérieures à 1980/2000 sont aujourd’hui obsolètes, et alors que le charbon entrainait encore plus de problèmes !

Il ressort des meilleures études sur ces questions que le bois est incontestablement devenu un excellent combustible, propre de surcroît, grâce à sa bonne connaissance et grâce aux avancées spectaculaires que les industriels font pour nous proposer des appareils de chauffe d’excellence (sous l'impulsion d'une règlementation thermique en pleine évolution et de plus en plus contraignante. Le bois offre une vraie réponse à notre époque pour qui se soucie d’environnement, de santé et d’avenir, tout en restant le moins cher (plaquettes et bûches). Mais, parce qu'il y en a un, le bois en milieu très urbanisé pose de vrais problèmes d'approvisonnement et de stockage. Ce n'est pas un combustible suffisamment adapté aux villes. 

Pour faire taire les « grincheux »

Eu égard aux éléments développés précédemment, pour que votre bois de chauffage soit le meilleur combustible, vous devriez respecter vraiment ces quelques règles :

  • Approvisionnez-vous localement avec des produits eux-mêmes locaux : les bûches doivent provenir de forêts gérées et exploitées durablement en France ou à proximité des frontières (tous les français n'habite pas au centre de la France !), et les plaquettes doivent être déchiquetées près de chez vous. Les granulés doivent être fabriqués avec des résidus et chutes de scieries ou des déchiquetages locaux, pas avec du bois utilisable pour des usages plus "nobles" !
  • Privilégiez le bois en vrac, qu’il soit de bûches, de granulés ou de plaquettes.
  • N’utilisez que des bûches, plaquettes et granulés très secs et de qualité.
  • Choisissez des appareils de chauffe performants, à même de réaliser une combustion parfaite et propre (fi de votre ancienne chaudière, de votre poêle fumant ou de votre foyer ouvert !).
  • Assurez-vous d’une installation de qualité, y compris bien sûr au niveau des tubages et conduits.
  • Entretenez correctement et régulièrement toute votre installation. Des contrats personnalisés avec des pros certifiés vous apportent toutes garanties pour cela.

C'est seulement sous ces conditions que vous pourrez être fier de faire un choix énergétique écologique et responsable. 

En conclusion, faire le choix du chauffage au bois est une excellente démarche, pleine de bon sens partout ou le bois peut être livré et stocké, mais nécessite une certaine rigueur et le respect de diverses consignes si l’on veut en profiter financièrement et le faire valoir écologiquement.

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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