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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Science - conscience de la nature, de la connaissance à la philosophie

Solanum laciniatum, Solanum aviculare, belles, bleues et faciles

Morelle laciniée, pomme-kangourou de Tasmanie, morelle du Cap, morelle des oiseaux, de beaux arbustes étonnants, à croissance très rapide, si peu exigeants.

Les arbustes à fleurs bleues qui fleurissent longtemps et facilement sont suffisamment rares pour souligner leur existence. Avec les Solanum, il y a de quoi en surprendre plus d’un. Solanum laciniatumSolanum aviculare surprennent ainsi ceux qui ne les connaissent pas autant par leurs dimensions et la croissance ultrarapide, les soins minimums, la floraison généreuse et durable, que par la facilité de reproduction.

Solanum laciniatum, Solanum aviculare, peut-être la même espèce ?

Les plus passionnés le disent, chercher des différences entre ces deux plantes est un défi. Deux espèces ? Peut-être, mais la confusion existe même pour divers scientifiques. Tela Botanica (réseau de la botanique francophone) propose une fiche pour chacune de ces deux espèces, mais sur celle de Solanum laciniatum il est simplement précisé dans les synonymes : « Solanum aviculare sensu auct. ».

L’objet n’est pas ici de les différencier : Solanum laciniatum et Solanum aviculare seront traités comme une même plante puisque très similaires d’aspect, d’exigences et de comportement.

La toxicité chez Solanum laciniatum - Solanum aviculare

Ces Solanum sont originaires d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Ils appartiennent à la même famille que les tomates, aubergines, pommes de terre, morelles et pommiers d’amour, celle des Solanacées. Et comme la plupart des plantes de cette famille, il faut être très vigilant quant à la toxicité.

Seul le fruit bien mûr, en forme d’œuf (d’où le nom aviculare) et de couleur jaune orangé, est comestible comme des tomates, et consommé par les Aborigènes, bien que d’une saveur sans grande finesse. Idéalement, ils sont mûrs dès qu’ils tombent au sol, car ils perdent alors leur âpreté. Mais vu la toxicité des feuilles, tiges et fruits verts, il est prudent d’apprendre aux enfants à ne toucher à aucune partie de la plante. Par contre, ces Solanum sont utilisés comme porte-greffe pour les aubergines !

Description de Solanum laciniatum - Solanum aviculare

D’aspect fragile et presque herbacé dans son jeune âge, cla plante est pourtant un arbuste. Son aspect varie sensiblement d’un lieu à un autre, et les discussions autour de la hauteur et de l’étalement sont vaines puisque variables. Dans des conditions de sols riches, filtrant, frais, mais pas humide, de climat très doux et peu ou pas gélif, il peut atteindre en France 3 m de haut, parfois plus, et 2 m de diamètre, voire jusqu’à 3 m. Dans son aire naturelle, les dimensions sont plus grandes encore. Plus couramment, sa hauteur est entre 1 et 2 min 50 s et sa largeur entre 1 et 1 min 50 s. Vivace, il se comporte aussi comme une annuelle quand l’hiver est rude : dans ce cas ses dimensions sont plus modestes (h : 0,8 m et d : 0,5 m). Avant les fruits, décrits plus hauts, et gros comme des œufs de pigeon, ce sont les fleurs qui émerveillent : bleu intense légèrement violacé. La floraison est durable. En climat doux, elle s’étale sur 8 mois ou plus de mai à décembre. Si les printemps et automnes sont frais, les fleurs sont visibles de juin à octobre, ce qui est déjà très bien. Le feuillage est un peu « mou », mais joli, car plus ou moins découpé et vert sombre, porté par des rameaux parfois noirâtres ou violacés. Les feuilles atteignent 10 à 20 cm de long.

La culture de Solanum laciniatum - Solanum aviculare

Arbuste idéal pour qui n’aime pas jardiner, la plante est peu exigeante si les conditions lui conviennent ? Presque tous les sols semblent lui convenir dès lors qu’il est bien drainant. Il est fréquent de la voir se ressemer abondamment dans les allées gravillonnées et même les milieux pierreux (mais pas rocheux). Cette particularité permet de souligner que, ainsi parfaitement stabilisé par les cailloux, le Solanum résiste bien au vent et profite de la chaleur accumulée et réverbérée par le minéral. Ailleurs, en sol mou notamment, il est nécessaire de la tuteurée pour éviter qu’elle ne s’effondre par temps de pluie et vent. Sinon, autre possibilité, une taille par pincements fréquents pour obliger l’arbuste à rester trapu et dense.

Frugale, mais alors de petite taille, la plante adore pourtant les sols riches et devient alors de grande taille. En tout état de cause, le plein soleil est impératif pour obtenir vigueur et résistance. À mi-ombre ou ombre, les invasions de cochenilles et pucerons ont tôt fait de poser de gros problèmes. Sinon, une couche de sciure fine autour du pied (sur 30 cm de diamètre) limite sérieusement le risque d’invasion par les limaces et escargots friands des jeunes feuilles. Autre possibilité, la culture en grandes potées, surtout en climat frais, que l’on peut rentrer à l’annonce des premiers gels, au sec, au frais et à la lumière.

Solanum laciniatum Solanum aviculare… les revers de la médaille !

Beau, mais sensible au gel. Ce Solanum déteste les hivers longs et humides. Les gels doivent être brefs, peu fréquents et ne pas dépasser -5 °C, d’où l’intérêt de planter l’arbuste contre un mur très bien exposé et à l’abri du vent. Généralement le feuillage et les jeunes tiges gèlent à -3 ou — 4 °C. Mais si la fructification est bonne, il y aura toujours des semis abondants pour faire renaître l’espèce au printemps. Il est même intéressant de garder quelques fruits au frais et au sec l’hiver… au cas où !

Ce Solanum ne vit que quelques années. Comme c’est presque toujours le cas, à la croissance très rapide s’oppose une vie courte. Quatre à cinq années sont une longévité normale. En Provence, la plante atteint ses 3 m en deux ans. Le jardin de la biodiversité de Mérignac (Gironde) indique que leurs exemplaires ont une croissance 2 m en un an ! Qui dit mieux.

Enfin, ce Solanum peut, très localement, présenter des risques de dissémination. Gel et fragilité quand il est jeune semblent des freins suffisants limiter le risque. Le phénomène est toutefois observé localement dans des lieux abrités : Finistère, Côtes-du-Nord, Var, Alpes maritimes, bassin d’Arcachon, Corse, Charente maritime, Landes.

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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