Ces plantes dont le nom évoque une origine allemande, germanique

germanica, d'Allemagne : cultivée ou sauvage, herbacée ou arbustive, une certaine flore porte le nom d'espèce « de Germanie », comme l'iris ou le néflier.
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Petit clin d’œil à nos voisins allemands, certaines espèces et variétés de plantes ont un nom qui se réfère à eux, ou plutôt à leur territoire. Vrai ? Oui et non, ou en partie seulement, car en taxonomie - règles de dénomination des êtres vivants - il y a bien des pièges.

germanica et la botanique

L’idée qui consisterait à assimiler Germanie et Allemagne aujourd’hui n’a pas de sens, prise sous l’angle scientifique, et ce pour plusieurs raisons liées à la manière dont sont nommées les plantes.

Pourquoi qualifie-t-on une espèce, une sous-espèce ou une variété, de germanica ? En voici, de manière non exhaustive, différentes raisons possibles :

  • Le premier spécimen trouvé l’a été en Allemagne
  • L’aire de répartition de l’espèce couvre une partie notable du territoire allemand
  • Le premier spécimen trouvé l’a été dans une région de l’ancienne Germanie
  • L’aire de répartition de l’espèce s’étend pour tout ou partie sur l’espace géographique de l’ancienne Germanie
  • La variété a été produite pour la première fois en Allemagne ou dans une région de l’ancienne Germanie
  • La plante a été trouvée pour la première fois dans un jardin ou un parc de l’Allemagne ou d’une région de l’ancienne Germanie
  • L’espèce ou la variété fut ou est très largement cultivée en Allemagne ou dans une région de l’ancienne Germanie
  • Le premier a avoir découvert cette plante l’a dédié à l’Allemagne ou aux Allemands pour des raisons diverses
  • Le premier nom donné à la plante l’a été par erreur d’appréciation, mais la règle d’ancienneté prévalant, ce nom doit rester ainsi.

Botanique et Germanie, plantes de Suisse, de Bourgogne ou de Belgique

La botanique est une science ancienne, étroitement liée à la médecine. Les explorateurs et scientifiques se sont intéressés aux plantes avant tout pour leurs vertus, qu’il s’agisse de toxicité, de propriétés médicinales ou de liens supposés avec les hommes ou les dieux. Aussi, nombre d’espèces furent nommées de l’époque du grec Théophraste (Érésos, Lesbos v.372 av. J.-C.–Athènes v.288 av. J.-C.) jusqu’au XVIIIe siècle.

C’est ce qu’il ressort notamment de la lecture de l’ouvrage de Alan Morton, History of Botanical Science (1981).

Or, historiquement, la Germanie antique ne correspond pas à l’Allemagne actuelle, même si certains territoires sont passés de germains à allemands. Diverses régions de Belgique, des Pays-Bas, de France ou de Suisse, par exemple, faisaient partie de la Germanie romaine. L’actuelle Allemagne couvre, à l’inverse, des contrées qui n’étaient pas germaines.

Genêt et néflier d’Allemagne, Genista germanica et Mespilus germanica

Ces deux plantes illustrent bien les propos précédents :

Le Chevalier de Lamarck, de l’Académie Royale des Sciences, dans son Encyclopédie méthodique - Botanique , Tome second, p.621 indique, en 1786, une aire de répartition pour " Genista germanica " qui couvre prioritairement l’Alsace et le Dauphiné, mais aussi la Suisse et l’Allemagne. Ainsi, le genêt d’Allemagne, tel que nous lui attribuons son nom vernaculaire, et que nous connaissons aussi en Champagne ou dans les Alpes par exemple, devrait-il plus justement se nommer genêt de Germanie, eu égard à son espace géographique de présence.

Le néflier d’Allemagne est présent en Asie mineure et en Europe, mais il est possible qu'il ait pu être introduit en Europe dans l’Antiquité, depuis le nord de la Perse ou des Balkans, du fait des propriétés médicales de son fruit. La nèfle qui se consomme blette après les premières gelées est connue pour soigner les maux d’intestin et pour sa richesse en vitamines. Le néflier est largement répandu en France, en sous-bois.

Le très intéressant travail de L’ INRA de Nancy présente Mespilus germanica en tant qu’espèce représentative d’une influence atlantique dont l’aire actuelle est caractéristique de tout le nord-ouest de notre pays ainsi que de la région Centre et d’une partie du Massif Central et du pied des Pyrénées. Mais l’INRA démontre aussi la disparition partielle prévisible de l’espèce dans le siècle à venir en fonction de l’évolution prévisible du climat.

Alors… allemand le néflier ? Pas certain. Germain ? Pas certain non plus !

Vrais ou faux allemands… Iris, Stachys, et autre Rosa

Que importe donc si les espèces de plantes dites germanica sont vraiment d’Allemagne ou non. Après tout, le peuplier d’Italie ( Populus nigra italica ) n’est pas italien et le cèdre de l’Atlas vivait bien en France. Elles sont toutes un peu germanica , par l’histoire ou par leur répartition, ou par la volonté d’honorer l’Allemagne ou l’ancienne Germanie. C’est le cas pour :

  • Iris germanica et ses variétés horticoles, avec ses fleurs mondialement connues et cultivées,
  • Rosa rugosa germanica aux roses simples et violines, et aux gros fruits ornementaux oranges,
  • Stachys germanica , jolie vivace au feuillage duveteux vert ou à gris argenté (les « oreilles de lapin »)

Myricaria germanica , Gentianella germanica , Inula germanica , Sphenopteris germanica ou Filago germanica .

Au fait, maintenant que vous connaissez germanica et italica , connaissez vous le nom d’espèce latin* désignant "française" ou "de France" ?

Du même auteur, vous pouvez-lire :

Conifères, Cycas et Ginkgo : connaissez-vous les Gymnospermes ?

La botanique et les plantes évoquées par les mots : citations

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* réponse : gallica

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