Faire son bois de chauffage… quand, comment, ce qu'il faut savoir

Abattre et débiter vos bûches et rondins, fendre en quartier, faire du petit bois... à quelle saison couper, quel matériel, comment, quel temps de séchage ?
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Une maison à la campagne ou à la montagne ? Voilà une situation propice pour réaliser vous-même votre bois de chauffage, pour peu qu’un voisin, un ami ou de la famille vous cède un coin de bois ou vous confie le nettoyage d’une haie brise-vent. Vous aurez ainsi le combustible le plus économique que vous puissiez imaginer !

Mais le bûcheronnage est un travail physique, qui nécessite de la persévérance et demande perspicacité et savoir-faire. Si vous êtes totalement novices dans cette activité, travaillez aux côtés d’une personne expérimentée, au moins le temps d’apprendre les bons gestes et de découvrir les bons outils. N’oubliez pas que les bûcherons sont formés dans des écoles avant de pratiquer !

Avec un minimum d’organisation et en respectant quelques règles, « faire son bois » est facile. Quand faut-il couper son bois ? Faut-il le fendre avant ou après séchage ? Combien de temps doit-on laisser sécher le bois de chauffage. Où faut-il le stocker ? Quel outillage est nécessaire ? Voici nos conseils de professionel (*).

Pour savoir quelles essences d'arbre choisir, lire: Quels sont les meilleurs bois de chauffage ?

À quel moment abattre ou couper ? Quand faire son bois de chauffage ?

L’époque d’abattage est cruciale pour obtenir un bois de chauffe performant dans les meilleures conditions.

Pas d’abattage au printemps ni en été : il est nécessaire de couper son bois quand la sève redescend(*), donc en automne ou en hiver, et avant qu’elle ne remonte, donc avant le 15 mars dans la plupart des régions. En effet, coupé entre mars et octobre le bois sèche difficilement et se consume ensuite plus qu’il ne brûle. En conséquence, pour une même quantité de bois :

  • le pouvoir calorifique de votre bois est moindre, 
  • le feu s’éteint facilement ou plus souvent, 
  • le bois fume beaucoup plus,
  • l’encrassement des appareils de chauffe et conduits est important.

Coupé entre octobre et mars, le bois d'hiver sans sève :

  • sèche plus rapidement et mieux,
  • offre une meilleure efficacité thermique, un meilleur rendement,
  • se conserve aussi bien mieux en gardant ses propriétés.

Il y a un autre avantage intéressant pour les arbres à feuilles caduques : dépourvus de feuilles, ils sont bien plus faciles à diriger pour les faire tomber au sol, et bien plus simples à ébrancher en toute sécurité. Or, l’ébranchage est une opération souvent plus délicate qu’il n’y paraît avec de fréquents risques de coincer la machine, de bloquer la chaîne.

(*) un arbre possède de la sève brute (eau + sels minéraux) qui monte des racines dans le sol jusqu'au parties vertes (feuilles rameaux). Là se produit la photosynthèse, donc de la sève élaborée (la vraie nourriture de la plante), qui ensuite alimente toute les parties en croissance de l'arbre (tiges, racines, tronc...). La "descente" de la sève correspond en réalité à un arrêt de la fabrication et de la circulation de la sève élaborée (arrêt de la pression osmotique). Mais le bois n'est pas pour autant "déshydraté", d'où la nécessité de le faire sécher !

Combien de temps et comment sécher le bois de chauffage ?

Ne comptez pas couper du bois à l’automne pour l’utiliser cet hiver. Dans le meilleur des cas il faut un an et demi de séchage. Plus généralement on préfère compter deux ans. Idéalement, un bois de chauffe sèche d’abord en extérieur, durant un an en couvrant le haut de la pile pour limiter la pénétration de la pluie dans le tas. Puis il sèche encore six mois à un an au sec dans un bâtiment abrité, surtout si le climat est humide. Quand le stockage en intérieur est impossible, il faut un bûcher protégé des pluies et brouillards, contre un mur de garage ou de maison par exemple. Attention : stocker directement du bois fraichement coupé contre un mur risque d’entraîner humidité, moisissures et dégradations du mur.

Pour accroître la rapidité et l’efficacité du séchage, le bois doit être fendu avant d’être stocké, avant séchage, et non avant brûlage ! La sève s’écoule et s’évapore beaucoup plus vite. Il est aussi conseillé de débiter les bûches à longueur avant séchage, ou au moins avant le séchage final de six mois à un an. 

Ne négligez jamais le temps de séchage : un bois bien sec est un gage de chauffage de qualité.

Le petit bois pour allumer le feu

Si les « allume-feux » du commerce sont parfois utiles (bien que très chers eu égard à la gratuité du petit bois d'allumage), un feu démarre très facilement avec un peu de papier et du petit bois approprié. A l’inverse du bois de chauffe, le petit bois d’allumage se ramasse plus facilement du printemps à l’automne, et se stocke au sec jusqu’à l’hiver. Il s’utilise l’année même. Penser donc à ramasser les branches de taille et d'élagage, et bien sur les branchages secs que vous mettrez en bottes.

Parmi les petits bois les plus efficaces, on peut noter les rameaux et brindilles de platane, de pin, d’épicéa, d’eucalyptus, de hêtre, chêne, orme et charme, les sarments de vigne, les écorces de platane, les cônes de résineux (dont les pommes de pin).

Astuce : récupérez votre sapin de Noël (et ceux de vos voisins) pour en faire du petit bois !

Quel outillage pour abattre les arbres ?

Abattage et ébranchage sont des activités dangereuses y compris pour des personnes compétentes. Il ne faut jamais négliger l’habillement adapté (obligatoire d’ailleurs dans le cadre d’un emploi de bûcheron) : chaussures de sécurité à semelles et bouts renforcés, pantalon de sécurité pour limiter les accidents liés avec les tronçonneuses, veste de travail, casque et visière de sécurité. En matériel il vous faut une tronçonneuse thermique adéquate (voir paragraphe plus bas), des coins de guidage (de préférence en plastique) et un merlin. Une bonne hache peut s’avérer une alliée bien utile, ainsi qu’un tourne bille (outil permettant de faire pivoter plus facilement un tronc sur lui-même). Dans tous les cas, vous travaillerez avec un environnement propre débarrassé de tout branchage et autre élément ou objet susceptibles de vous entraver dans la coupe et dans votre besoin de recul rapide en cas de problème.

Quel outillage pour débiter et fendre les bûches de chauffage ?

Si les bois (tiges et branches) sont débités en tronçons de 1 ou 2m sur le terrain (ou livrés ainsi, ce qui coûte bien moins cher), chez vous la chèvre (ou chevalet de sciage) est indispensable pour les couper en bûches de longueur régulière et en toute sécurité. Le chevalet doit impérativement être robuste et très stable pour être vraiment fiable (préférer les modèles professionnels renforcés).

Il est conseillé de débiter les bûches à la bonne longueur avant séchage, et au plus tard entre le séchage extérieur d’un an et le séchage final de six mois à un an. Pour accroître la rapidité et l’efficacité du séchage, le bois doit être fendu avant d’être stocké (avant séchage), et non avant brûlage (c'est pourtant souvent l'inverse qui est fait !); ainsi, la sève s’écoule et s’évapore beaucoup plus vite.

Tronçonneuse thermique ou électrique (et lunettes de protection, plus assourdisseurs pour les oreilles) conviennent pour débiter, et merlin éclateur plus coins éclateurs pour fendre en quartier (éventuellement hache ou hachette à fendre). Pour cette dernière opération, un bon billot de bois très sec - un tronçon de 40 à 45 cm d’épaisseur de tronc d’arbre feuillu (diamètre 40cm minimum) à bois dur fait parfaitement l’affaire – est indispensable.


Quelle tronçonneuse choisir pour faire son bois de chauffage?

Si vous exploitez du bois de taillis, le diamètre des tiges coupées à la base est généralement compris entre 15 et 25 cm (rarement plus de 30). La tronçonneuse d’abattage est la même que la tronçonneuse de débitage pour couper les tiges en tronçons. Choisissez une tronçonneuse spécifique « petits abattages », obligatoirement thermique, avec un guide de 30 cm de long, qui sera maniable et légère. Il est totalement inutile de s’embarrasser d’un modèle plus gros.

Si vous réalisez du moyen à gros abattage (diamètre 30cm à 50cm et plus), l’utilisation de deux tronçonneuses s’impose, toutes deux thermiques : une spécifique pour l’abattage, puissante avec un guide adapté (35 à 45cm), et une tronçonneuse dite d’ébranchage, plus petite, plus économique et plus maniable. Pour des abattages occasionnels, mieux vaut louer la tronçonneuse d’abattage et n’acheter qu’une tronçonneuse d’ébranchage et petit débitage.

Si vous ne réalisez que du débitage de bûches chez vous, une tronçonneuse électrique convient très bien. Choisissez un modèle de puissance moyenne avec un guide de 30cm. Mais nous insistons : n’utilisez JAMAIS de tronçonneuse électrique pour de l’abattage, même dans votre jardin.

Pour choisir votre modèle de tronçonneuse, adressez-vous uniquement à des commerces professionnels (une tronçonneuse ne s'achète pas comme un jouet dans une grande surface), capables de vous proposer le bon matériel en fonction de la tâche à réaliser et à même de vous assurer réparations, choix des huiles, chaînes… Confiez-lui l’affûtage de votre chaîne (qui varie selon le type de bois que vous exploitez) puis le réglage du guide et la tension de la chaîne (opération très importante), sauf si vous avez appris à le faire (ce qui fait l’objet de plusieurs heures de cours et autant de pratique dans les écoles forestières !). Le coût de l’affutage sera récupéré par un gain dans l’usure de la chaîne, car des « coups de lime » donné sans connaissance usent trop vite les chaînes et les abiment jusqu'à les rendre dangereuses.

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(*) Cet article est rédigé selon notre propre expérience de bûcheron et de professionnel de la sylviculture que nous fûmes, et confrontée aux expériences d’autres professionnels que nous avons côtoyés.

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