Lierre : étonnante plante grimpante, couvre-sol ou arbuste

Les lierres peuvent former un tapis couvre sol, grimper, prendre une forme arbustive. Notre lierre grimpant est un végétal incroyable, vivace et persistant.
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Lierre grimpant, lierre des bois, lierre commun, ou simplement lierre. En France, il n’existe qu'une seule espèce naturelle, Hedera helix . Une plante exceptionnelle qui offre des aspects multiples suivant le milieu et son stade de croissance.

L’incroyable métamorphose du lierre

Petite incursion dans nos souvenirs d’enfant ou de quelques belles ballades :

  • dans un sous-bois frais, jonquilles ou champignons des bois émergent d’un tapis de lierre qui couvre le sol;
  • dans la forêt, des lierres grimpent le long des troncs jusque dans les cimes;
  • dans un village, un vieux pignon de hangar est entièrement couvert d’un lierre grimpant;
  • le muret bas du cimetière est dominé par des branches de lierre dressées, robustes, au bout desquelles apparaissent fleurs verdâtres ou fruits noirs.
le lierre est une des plus étonnantes plantes

Presque planétaire, et même d’intérieur, le lierre

« Bois, murs et rochers, dans toute la France et en Corse. Europe ; Asie ; Afrique septentrionale », nous indique Tela Botanica quant à sa répartition. Ajoutons-y bocage, jardins et vergers, haies.

C’est que le lierre résiste à de multiples conditions climatiques et à une grande diversité de natures de sol et de milieux. Gel, chaleur, neige, humidité, ombre, lumière, sécheresse… Dès que le lierre prend racine, il peut résister à d’incroyables extrêmes climatiques.

Il s’adapte même aux difficiles conditions des logements. C’est une des plantes d’appartement presque increvables !

Mais ce n’est pas tout, il reste d’autres secrets.

Plante tapissante, le lierre voyage

Le lierre est véritablement une plante voyageuse*. Explications :

Imaginons que, faute de grive, un fruit de lierre se fasse manger par un merle. Petit transit intestinal, pour la graine, qui ressortira, libérée de la pulpe de fruit, par un certain orifice, sous forme de fiente.

Nul ne sait quand le merle se soulage. Si c’est depuis la branche d’un arbre, c’est parfait. Le pied de l’arbre sera vite atteint pour le futur petit lierre. Si c’est en vol… tout est affaire de chance. La graine qui choit dans la mare se noie ; qu’elle eût chu sur les tuiles d’un toit, son sort n’en eût pas été meilleur. Mais si d’aventure, elle s’écrase avec la nourricière fiente juste entre deux pierres, ou dans un bord de pré humide, c’est gagné.

« Bébé » lierre va prendre alors le temps de développer un bon système racinaire, puissant, pour trouver toute l’eau et tous les éléments nutritifs dont il a besoin. Puis, se faisant, il commence à se promener au ras du sol en une longue tige fine et rampante, à la recherche d’un support sur lequel grimper. Tout obstacle est ainsi franchi. Il monte sur les pierres, redescend sur le sol, se faufile entre les brins d’herbes.

Qu’une tige ne suffise point, ou qu’elle s’égare, et le lierre en produit en tout sens. Au long d’elles, des racines éparses sont produites, pour se tenir, pour chercher de l’eau et de la nourriture, mais aussi par précaution, au cas ou un malheur surviendrait en amont, au pied d’origine. Sous sa forme tapissante, le lierre présente sa forme de feuille la plus célèbre , celle qui orna même en un temps les papiers peints : une feuille à 5 lobes.

Plante grimpante, le lierre aspire à la lumière

Quand le support (paroi rocheuse, mur ou tronc) tant convoité se trouve enfin atteint, le lierre grimpe . Fi de l’ombre, de la terre humide, du sabot des vaches et des enfouissement sous les feuilles mortes à l’automne, le lierre s’élève en quête de lumière. C’est que la plante n’est pas inféodée à l’ombre comme nous le croyons. Reproduction oblige, pour jouir pleinement d’ une sexualité débridée par l’entremise d’insectes pollinisateurs , le lierre, comme toute plante dite supérieure, a besoin de lumière pour fleurir.

Alors il grimpe et s’installe confortablement pour des décennies, voire des siècles sur son support. Dans un premier temps, il développe un puissant système racinaire terrestre au pied de l’arbre ou du mur. Puis il développe des tiges qui se lignifient rapidement, se transforment en bois, et peuvent atteindre jusqu’à 10 cm de diamètre avec l’âge. Une multitude de crampons permettent de s’accrocher fermement et de garder la fraicheur due à l’eau en cas de pluie (source Alain Tessier , ethnobotaniste). Sous sa forme grimpante, le lierre produit des feuilles aux formes variées, à 3 ou 5 lobes.

Florifère et fructifère, le lierre devient arbuste

Quand, victorieux, il trouve la lumière tant recherchée, le lierre se métamorphose à nouveau : plus de crampons ni de racines, plus de support. Des branches lisses s’élèvent verticales, obliques ou horizontales suivant les circonstances. Elles portent des feuilles simples, sans lobes. Enfin, au bout de la branche, le bourgeon apical opère son œuvre ultime sous l’action de la lumière: il produit les fleurs.

Ainsi, bien exposé aux yeux de tous, sexes offerts, sa séduction agit, et les insectes ne tardent pas, en myriades, à venir polliniser le lierre, sans le savoir, en profitant du nectar nourricier.

Bientôt, des baies noires apparaîtront, et peut-être que, faute de merle, ce sera une grive qui les mangera.

Le lierre est véritablement une plante à haute valeur écologique, qui offre abri, site de reproduction et d’alimentation, à de nombreuses espèces animales, comme l’écrit Hubert Crahay (Société Royale – Cercles des naturalistes de Belgique).

Vous l’aurez compris, le lierre est une plante fabuleuse, et qui orne aussi les plus beaux jardins, et un bon jardinier sait toujours tirer parti de l’une de ses trois formes, ou des trois à la fois... Une grimpante à planter !

LE SAVEZ-VOUS : le lierre terrestre ( Glechoma hederacea ) est le nom donné à une petite plante qui n’a absolument rien à voir avec le lierre grimpant ( Hedera helix ). Le premier est une plante herbacée de la famille des menthes (Labiées) et le second est une plante ligneuse de la même famille que l’ Aralia ou le Fatsia (Araliacées).

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* des propos inspirés de Bernard Bertrand : Au Royaume secret du Lierre (vol.12) Ed. Terran - 2006

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