La messe sensuelle

La messe religieuse permet aux cinq sens humains de participer, ce qui a fait son originalité et son succès par le passé.

Les cinq sens humains participent pleinement à la messe chrétienne, sans que les fidèles s'en rendent compte obligatoirement.

Le premier des sens, la vue, est largement sollicité.

La messe et la vue

Déjà l’architecture extérieure ravit nos yeux. La majesté des édifices religieux qui s’élèvent dans le ciel, vers la divinité et qui se voient de loin, appellent à la prière et au recueillement.

A l’intérieur, tout accroche notre regard et nous sollicite. Décors, tableaux, sculptures, jusqu’aux objets de culte et aux vêtements sacerdotaux: tout est fait pour nous émerveiller car la Maison de Dieu doit être synonyme de beauté et d’émerveillement. Le fidèle doit être ébloui.

Aujourd’hui encore en Italie, les églises contiennent des merveilles artistiques qui ont défié le temps. Les plus grands artistes ont travaillé pour l’Eglise et de véritables chefs d’œuvre trônent dans les églises.

Ensuite l’ouïe prend la relève.

La messe et l’ouïe

Dès son entrée dans le lieu de culte, le fidèle entend des chants mélodieux, des chants latins à l’origine au gospel actuel, il plonge dans un océan de musique. N’oublions pas les divers instruments, la voix humaine de la chorale mais surtout l’orgue qui remplit parfaitement l’espace. La messe est rythmée par des chants et des musiques du début à la fin du culte.

La musique à elle seule permet une communion et une adhésion totale à la messe. Musique mais aussi silence car l’un ne va pas sans l’autre.

Enfin le croyant participe pleinement au déroulement de la cérémonie car l’ouïe appelle la parole: il chante, il répète des mots sacrés, il lit des textes saints, il prie.

L’odorat n’est pas oublié.

La messe et l’odorat

De nos jours les grands encensoirs que les prêtres promenaient dans les travées se font rares. On le retrouve encore dans de petites cassolettes discrètes.

Pourtant ce parfum subtil et entêtant ne s’oublie pas. Le parfum des bougies paraît bien fade et discret à coté de l’encens qui occupe tout l’espace et que respire toute l’assemblée.

Le goût fait aussi partie de la cérémonie.

La messe et le goût

Dans la messe chrétienne, le prêtre présente le corps du Christ (l’hostie) et le sang du Christ (du vin) au croyant. Là aussi il participe pleinement par le goût au culte.

Manger et boire font partie de la liturgie chrétienne et ont la place de choix: le sacrement de l’eucharistie. Selon le culte pratiqué, le fidèle boit la boisson bénie qu’on lui présente alors que dans d’autres c’est le prêtre seul qui la boit.

Le moins utilisé des cinq sens est sûrement le toucher.

La messe et le toucher

Pendant la célébration de l’eucharistie le "baiser de paix" est le rite liturgique qui précède la communion sacramentelle. En fonction des pays, des époques et des coutumes, il se manifeste par une accolade, une poignée de main ou un simple baiser. A l’origine, cette tradition servait à faire taire les anciennes querelles, voire les guerres.

Au-delà des cinq sens, le corps entier est sollicité.

La messe et le corps humain

On peut regretter une certaine frilosité de l’Eglise actuelle pour tout ce qui touche au corps, de près ou de loin, d’où son approche si difficile (et si mal vécue ou acceptée par les croyants) de la sexualité humaine et du plaisir.

Pourtant c’est le corps entier qui agit dans la messe. En effet, les participants n’arrêtent pas de se lever, de s’asseoir, de se mettre à genoux, de prier... Le corps en mouvement tout le long de la pratique religieuse est rarement au repos.

Cette pratique «sensuelle» de la messe va-t-elle perdurer?

Outre-Manche on assiste à la messe spectacle.

La messe spectacle

Les évangélistes et autres mouvements souvent assimilés aux protestants s’adonnent à la messe spectacle: des guérisons ont lieu en direct, parfois même télévisées, à grand renfort d’imposition des mains, de discours enflammés et d’eau bénite. On est dans l’émotion, le tactile, loin du recueillent habituel.

Pour un traditionnaliste on est très loin de l’esprit de la messe où le croyant n’a pas besoin d’un miracle pour croire mais l’homme moderne, qui doute et qui a besoin de preuve, se laissera plus facilement convaincre par ce genre d’événement.

Une religion qui n’évolue pas est condamnée à une échéance plus ou moins longue. Que la messe «sensuelle» reprenne sa place ou que la messe «spectacle» se propage, au final c’est le croyant qui décide, et l’Eglise devra s’adapter ou disparaître.

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