L'aide alimentaire évolutive

Entre épicerie sociale et épicerie solidaire, l'aide alimentaire évolutive est expérimentée depuis quelques semaines à Boulay (57). Une première en France.

Une épicerie sociale, financée par le CCAS (Centre communal d'action sociale), relève d'une municipalité ou d'une communauté de communes; alors qu'une ou plusieurs associations gèrent par un financement croisé les épiceries solidaires. La délégation Croix Rouge de Boulay (à 25 km de Metz) a choisi l'originalité en changeant son mode de distribution alimentaire: l'aide alimentaire évolutive pour toutes les personnes en difficulté financière résidant dans son périmètre d'action de 44 communes.

Jusque-là, deux associations du secteur de Boulay distribuaient des colis alimentaires: les Restos du Cœur de décembre à mars et la Croix Rouge française tout au long de l'année. Madeleine Hochard, la présidente de cette dernière depuis 7 ans, est partie d'un constat: les familles n'avaient pas le choix des produits et cette situation amenait des dérives comme la revente, le troc ou même la destruction de denrées. Ces dysfonctionnements diminuaient l'impact positif des distributions alimentaires gratuites qui n'étaient plus adaptées aux besoins de la population enfermée dans une logique d'assistance. Ces colis avaient perdu leur caractère exceptionnel pour devenir un complément bimensuel coutumier. Il fallait donc sortir de cet assistanat pour responsabiliser les usagers et les rendre acteurs de leur consommation et de leur insertion.

D'où cette idée de Madeleine Hondard, mûrement et longuement réfléchie, d'aide alimentaire évolutive.

Quels objectifs ?

L'objectif premier est de lutter contre la pauvreté, sans assistanat et dans le respect de la dignité de la personne. Elle permet aux bénéficiaires d'accéder au statut de consommateur-participant avec une contribution financière de 10%, d'obtenir des conseils en matière d'alimentation pour des repas équilibrés, de devenir acteur de leur propre insertion et de reprendre goût à cuisiner en choisissant eux-mêmes les aliments. Ce nouveau type de distribution est basé sur le fonctionnement d'une épicerie sociale, sans en être une; car, pour Boulay, c'était inapplicable, trop compliqué et lourd à gérer à cause des salariés qu'il aurait fallu embaucher.

Ce projet, Madeleine Hochard l'avait depuis longtemps en tête: «En 20 ans de Croix Rouge, j'ai été témoin d'expériences douloureuses; j'ai pu constater qu'en les accompagnant, les gens reprenaient confiance. D'où cette idée de participation pour ne pas être assisté; ça marche sur des petites structures comme Boulay. Après une année de fonctionnement, la Croix Rouge jugera si les retombées de cette expérience pionnière sont positives»

Quel fonctionnement ?

Pour bénéficier de cette aide alimentaire évolutive deux fois par mois, il faut être envoyé par l'assistante sociale, le CCAS ou venir spontanément. Ce sont surtout des jeunes et des plus de 55 ans. Des personnes vulnérables que la société est en train de broyer et de malmener: travailleurs pauvres, RSA, sans emploi, à faible retraite ou en maladie.

Ce système de distribution d'aide alimentaire leur permet d'acheter des denrées et des produits d'hygiène bon marché dans la petite épicerie en self-service installée dans les locaux très fonctionnels de la nouvelle Maison des associations. Les prix sont affichés pour garder la notion de valeur réelle des produits, mais un système de points a été mis en place. Un point valant un euro, 20 sont attribués à une personne seule, 25 pour une famille de 2-3 personnes, et 30 pour 4 et +. Le beurre est ainsi à 1 point; le poulet, 2 points; le fromage, 1 point...

A cela, s'ajoutent, une fois par mois, des chèques d'accompagnement, édités par le groupe Accor. D'une valeur de 6€ pour les fruits et légumes et 12€ pour la viande, avec toujours une participation de 10%. Des produits frais donnés par les supermarchés U et Intermarché sont distribués, sans point. Sans oublier, dans les cas extrêmes, les colis d'urgence, non payants.

Avec ce système, 6€ mensuels maximum sont dépensés par famille. 40 familles sont aidées chaque mois et 80 hors période « Restos du Cœur ». Le mercredi, à 17 heures, les 14 bénévoles de la délégation boulageoise de la Croix Rouge se relaient pour cette aide alimentaire évolutive dont les produits sont fournis par la Banque alimentaire, les surplus de l'Europe, les dons spontanés et la collecte annuelle de la fin novembre.

Jean-Marie Mathé

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