A Avignon, le vrai spectacle, c'est la rue

Festival d'Avignon: le théâtre classique a laissé sa place au spectacle audacieux et créatif encore élitiste. Aujourd'hui une petite porte s'ouvre encore...

Lorsque Jean Vilar a initié le Festival d'Avignon, il y a 65 ans, son ambition se limitait à titiller l'hégémonie du théâtre parisien dont le dogmatisme n'avait de cesse d'engourdir les esprits créatifs et par le fait, stimulait la stagnation du spectateur mondain pour ne le rendre que plus distingué.

La récente collaboration d'Hortense Archambault et Vincent Baudriller révolutionne l'ambiance du festival. Depuis 2004, les deux organisateurs ont à cœur d'ouvrir la gigantesque scène à un très large publique.

La démarche à bon fond, légèrement commerciale, est à l'origine de ce grouillement permanent qui quatre semaines durant sort le citadin avignonnais de son ordinaire si paisible. Dorénavant, il y a les festivaliers du In, les festivaliers du Off et les festivaliers de la rue.

Peut-être est-ce le mélange des genres qui rend si sympathiques les encoignures de rues. Peut-être est-ce ce même mélange qui embarrasse certains professionnels et quelques nostalgiques de l'aire cultureuse.

La scène est immense, elle est alors politique

Du fait, le traditionnel coup de gueule de Fabrice Luchini sur une programmation trop ardue est largement éclipsé par une polémique moins littéraire de Jean-Luc Mélanchon, s'émouvant de constater que l'actuel théâtre avignonnais prenait ses racines à droite. (cf. : Marianne 2 http://tinyurl.com/4y6eyp6)

Entre autre célébrités, Martine Aubry et François Hollande, généralement modestes comédiens, ont su redonner aux primaires un sens premier. Dieu merci, le calendrier de la présidentielle de 2012 devrait nous préserver la prochaine saison.

Plus de 100 000 personnes tournicotent durant 20 jours autour de cette ville monumentale dont le charme évident n'a pu échapper à l'Unesco puisqu'elle est insérée depuis 1995 dans la liste du patrimoine mondial de l'Humanité.

200 spectacles du Off, 40 du In se déploient dans une multitude d'endroits souvent charmants, parfois somptueux.

Pour le coup, le potentiel touristique de la région, joue parfaitement son rôle de relais aux déploiements culturels imposés et, si vous n'êtes plus ému par le petit train touristique lourdement chargé déversant ses tonnes de vacanciers au pied du grandiose Palais des Papes, que vous n'êtes plus sensibles au charme plaisant des nombreux artistes qui boivent le calice jusqu'à la lie pour faire valoir leurs spectacles auprès des flâneurs indécis et accessoirement enrichir les imprimeurs locaux, si vous n'êtes plus amusé par le sourire discret d'une Jeanne Moreau rasant gracieusement les murs, pour n'attirer que de légères attentions, il est véritablement temps pour vous, de profiter des soldes d'été.

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