Noel Gallagher, "High Flying Birds"

Avec son premier album solo, la seconde moitié d'Oasis gagne par k.o. face au au groupe Beady Eye de son frère Liam.

En 1993, l'agent artistique Alan Mc. Gee assiste sidéré à la prestation en public d'un jeune groupe pour le moment inconnu. Celui-ci est tellement enthousiamé par ce qu'il entend qu'il propose derechef aux jeunots de signer sur son label, en dépit du fait que le groupe en question ne dispose à son actif que d'une demi-douzaine de morceaux. Oasis vient de franchir le premier pas vers la gloire.

La suite ira très vite: le single "Supersonic" sert d'apéritif au premier album "Definitely Maybe" , qui sort à la fin du mois d'août 1994. Cet album, tout autant que son successeur, "( Whats The Story?) Morning Glory" , est un classique instantané; le genre d'album qui fait perdre la tête et vous installe au panthéon de la musique populaire.

De fait, on n'écrit pas des titres du calibres de "Slide Away" , "Champagne Supernova" ou "Live Forever" , rivalisant dans leur audace et leur efficacité avec les meilleurs singles sixties des Beatles, des Who ou des Kinks, totalement par hasard et sans un minimum de talent.

Syndrome de Moby

Pourtant, dès le troisième album, "Be Here Now" , le groupe se retrouve atteint de ce que l'on pourrait qualifier de "syndrome de Moby": à compter de cette réalisation, les albums d'Oasis ne compteront plus que 20% de ( très) bons titres, contre 80% de remplissage.

La chute s'accentue avec "Standing On The Shoulders Of Giants" en 2000, leur plus mauvais album: surproduit, prétentieux et boursouflé, celui-ci illustre bien la prise de pouvoir dans le groupe de Liam Gallagher au détriment de son frère Noel.

Car, on ne le martèlera jamais assez, le vrai talent dans Oasis, ce n'est pas le chanteur fort en gueule et arrogant, mais bien le beaucoup plus discret ( et talentueux...) Noel.

Lad

De par sa fonction, le chanteur d'un groupe en est toujours le membre le plus exposé. Ce qui ne veut pas dire qu'il en est le cerveau!

De ses débuts jusqu'en 2000, c'est bien le discret Noel Gallagher qui, à l'instar de Pete Towshend derrière Roger Daltrey, a été aux manettes de tous les grands classiques du groupe, laissant plus ou moins à contrecoeur Liam assumer jusqu'à la caricature son rôle de rock star mégalo et arrogante.

A une diffèrence près: là où un Jagger ou un Morrison, avec leur morgue et leur aplomb, contribuaient à faire sauter les verrous du carcan moral qui étouffait une société encore très conservatrice en terme d'ordre moral, les frasques de Liam Gallagher, quelques decennies plus tard, ne sont rien d'autre que les faits d'armes d'un nouveau riche parvenu, étalant sa réussite matérielle mais fier d'être resté le bon petit blanc prolo amateur de foot et de bière qu'il a été dans sa jeunesse. Les Anglais ont un mot pour ça: lad. Un gros beauf, en somme.

Chacun pour soi

Lors du festival Rock En Seine à Paris en août 2009, Noel Gallagher, excédé par une énième bagarre avec son frangin ingérable, refuse de monter en scène.

Oasis n'existe plus.

Après une période de deuil du groupe, les deux frères se mettent donc en tête de rouler chacun de leur côté, visiblement pas tentés le moins du monde de collaborer de nouveau ensemble.

Liam dégaine le premier. Fondé avec quatre anciens membres d'Oasis, le groupe Beady Eye livre son premier album début 2011. Le résultat est sans appel: sans la patte de Noel, les chansons tournent à vide, lassent au mieux, et agaçent au pire.

Interprète doué mais techniquement relativement limité, Liam Gallagher ne peut pas masquer la débâcle, en particulier en concert: un ersatz d'Oasis avec l'arrogance, mais sans les chansons, c'est la plantade assurée. Le pire étant cet aveu d'échec délibéré: les ex-Oasis recyclent, sans Noel, des morceaux qui ressemblent fort à des fonds de tiroir de la grande époque...

Noel

Songwriter surdoué, Noel Gallagher n'a donc jamais été le frontman d'Oasis, probablement conscient de ne pas être exactement doté d'un timbre à la Curtis Mayfield.

S'envoler en solo nécessite evidemment de repenser la chose, sans occulter le fait que Noel a certainement été piqué au vif de voir l'un de ses disciples, Miles Kane, qui pourrait être son fils, signer un album de très grande facture début 2011: Noel a donc ainsi l'intelligence de bien s'entourer pour sa nouvelle formation, avec notamment l'excellent bassiste Lenny Castro.

Sorti le 17 octobre dernier, l'album "Noel Gallagher's High Flying Birds" bénéficie immédiatement d'excellents critiques et d'un succès public mérité.

Le single "The Death Of You And Me" avait ouvert le bal, et on n'est pas volé sur le contenu de l'album: l'influence des Beatles ( Lennon surtout) règne sur l'ensemble des plages les plus mélodiques, comme l'excellent "If I Had A Gun" , les morceaux les plus pêchus lorgnant vers un axe Who/ Stones/ T.Rex; sous leur influence mais pas nostalgique pour un rond.

Et surtout, la voix de Noel, si hésitante et approximative ( brimée?) au sein d'Oasis, trouve ici matière à s"épanouir; preuve surtout de l'enthousiasme évident qui a poussé la formation en studio.

En 2012 , l'ex-tête pensante d'Oasis devrait enregistrer un projet avec le groupe Electro Amorphous Androgynous, collaboration alléchante sur le papier.

Pour l'instant, Noel Gallagher vient de publier le troisième véritable album d'Oasis. Le vrai successeur du classique "Morning Glory" , c'est ici et maintenant.

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