Cherchez Hortense et vous trouvez…

Un Jean-Pierre Bacri jubilatoire et un Pascal Bonitzer qui carbure à la comédie « matin, midi et soir »
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Lever de rideau sur une répétition théâtrale (presque) ratée. Kristin Scott Thomas, alias Iva, craque pour « un acteur nul avec plus de talent que les autres. »Première pépite de dialogues ciselés par Pascal Bonitzer. Orfèvre de cette comédie brillante, le réalisateur et scénariste à succès de Jacques Rivette, Raoul Ruiz et André Téchiné, adore aborder les sujets graves – l’identité, les sans – papiers - avec légèreté. Le principal ressort de Cherchez Hortense ? La petite lâcheté ordinaire qui empêche Damien de demander l’aide de son père, conseiller d’Etat, pour sauver Zorica de l’expulsion. Jean-Pierre Bacri ne fait qu’un avec Damien, prof de civilisation chinoise. Isabelle Carré parle serbe comme elle respire. Et Claude Rich pousse très haut la note d’excellence sur l’éblouissante partition de Pascal Bonitzer.

Jean-Pierre Bacri : « Un film intelligent, fluide et agréable à jouer »

Bref, cherchez Hortense…Et vous trouvez un Jean-Pierre Bacri qui a troqué l’air « chiffonné » de Damien pour un large sourire. « J’ai tout de suite été touché par la subtilité de la narration et des dialogues de Pascal Bonitzer. Il y a beaucoup de talent dans le scénario de ce film. Ce qui me fait choisir d’interpréter un personnage est son humanité et je dois dire qu’en me confiant le rôle de Damien, Pascal m’a fait un beau cadeau. »

« C’est la première fois que je ne suis pas tenté d’apporter une espèce d’alternative aux dialogues. J’ai dû apporter une demi - phrase en tout et pour tout à la partition de ce film intelligent, fluide et agréable à jouer », confie le comédien, auteur et réalisateur que l’on retrouvera en mars 2013 à l’affiche de Au bout du conte , un long-métrage co-écrit avec Agnés Jaoui qui le réalise. Au générique : Agathe Bonitzer, fille du réalisateur de Cherchez Hortense, Jean-Pierre Bacri, Benjamin Biolay et Arthur Dupont.

Pascal Bonitzer : « La comédie c’est la vie »

« J’adore la comédie, c’est mon impulsion, lorsque j’écris, j’aime souligner les malentendus avec drôlerie, la comédie, c’est la vie matin, midi et soir », s’enthousiasme Pascal Bonitzer. La genèse de Cherchez Hortense ? « J’ai eu envie de mettre mon grain de sel dans la question des sans-papiers, plus largement des contrôles d’identité. Dans les années que nous venons de passer, on pouvait être amené à devoir prouver que ses arrière-grands-parents étaient bien nés sur le sol français. L’identité dans le film est d’ailleurs une question multiforme. Elle est aussi posée au niveau sexuel : qu’est-ce que ça veut dire , pas seulement être français ou étranger, mais aussi être homosexuel, hétérosexuel, sachant que cette façon de cataloguer ou de s’auto -cataloguer est relativement récente. »

Une spirale comique

Cherchez Hortense s’inspire aussi d’une histoire vraie rapportée à Pascal Bonitzer par sa coscénariste Agnès de Sancy. « A la suite d’un divorce, une jeune femme se retrouvait privée de sa carte de séjour et son sort dépendait du coup de fil donné à quelqu’un d’important. » Au lieu de passer ce fameux coup de fil, Damien s’enfonce dans le mensonge entrainé par sa faiblesse… «Une espèce de spirale où Jean-Pierre est admirable dans cette expression dérisoire , à la fois comique et émouvante de la lâcheté ; ces deux dimensions lui permettent de ne pas savoir sur quel pied danser. Cette ambiguïté nous place aux antipodes d’un film engagé ou militant, en restant dans le registre de la comédie. » C’est ainsi que Damien qui patauge dans sa vie, fait échec et mat en trois coups sur un échiquier symbole du labyrinthe sentimental où il croise et retrouve sans le vouloir dans son lit , Satoshi, l’ami japonais de son père.

Le sens des sourires asiatiques

Ex æquo avec Isabelle Carré annonçant qu’on va la retrouver au JT « aux faits divers, dans les pages crimes de sang » si son petit ami n’arrive pas, le séduisant Masashiro Kashiwagi signe , verre de Pick Me Up en main, l’une des scènes les plus hilarantes du film. Mais il témoigne aussi de l’envie du réalisateur d’introduire, à travers le Japon et la Chine, cet élément exotique qui colore notre atmosphère : « l’Asie, puissance émergente montante, bientôt dominante… » En plus, par l’intermédiaire du père de sa co-scénariste, Alain de Sacy, Pascal Bonitzer a réuni tous les éléments qui font de Damien un fin spécialiste de la mentalité asiatique. Incollable avec ça, sur le rôle et le sens des sourires que l’on se fait un plaisir de décoder entre deux fous rires !

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