Jean-Louis Trintignant au Festival Lumière

« J'ai pensé à me suicider après la mort de ma fille. Je ne l'ai pas fait et j'ai connu depuis, de grands bonheurs », confie le héros d'Amour,film de Haneke
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« Et si l’on essayait d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple… »Jean-Louis Trintignant aime à citer ce vers de Jacques Prévert car, souligne-t-il , « on a tous des raisons d’être malheureux mais aussi d’être heureux et il est dommage que l’on en parle si peu. »L’acteur, lui a eu ce courage. « J’ai pensé il y a neuf ans, à me suicider après la mort de ma fille. Je ne l’ai pas fait et j’ai connu depuis, de grands bonheurs au théâtre, des moments d’exaltation à entendre ce public qui nous attend et nous écoute. »

Sa passion du théâtre aurait pu prolonger l’absence de Jean-Louis Trintignant à l’écran où l’on ne l’avait pas revu depuis le film de Patrice Chéreau « Ceux qui m’aiment prendront le train », tourné en 1996. Hôte à Lyon, de Thierry Frémaux et du Festival Lumière (1) aux côtés du réalisateur Michael Haneke et des journalistes Michel Cieutat et Philippe Rouyer qui viennent de lui consacrer l’ouvrage « Haneke par Haneke » chez Stock, la légende vivante du 7ème art ne cache pas son plaisir d’avoir renoué avec le cinéma, à la faveur du onzième long métrage de Michael Haneke.

La question de l’impossible conduite à tenir face à la souffrance de l’être aimé

« J’avais vu l’un de ses films, Caché , qui m’a beaucoup plu et me suis dit que je ne ferais plus de cinéma, sauf avec cet immense metteur en scène. Il m’a appelé peu après, m’a reçu chez lui, m’a parlé de ses idées sur le cinéma. Mais, poursuit Jean-Louis Trintignant, lorsque j’ai lu le scénario d’ Amour , le sujet m’a fait un peu peur ; je savais que ce serait pénible car je me sentirai concerné. »

Emouvante variation sur la relativité de notre existence, Amour met en scène un couple d’octogénaires confrontés à la question de l’impossible conduite à tenir face à la souffrance de l’être aimé. Anne, magistralement interprétée par Emmanuelle Riva, actrice mythique d’ Hiroshima mon amour , perd jour après jour ses facultés physiques et mentales. La tendresse elle, demeure intacte entre le professeur de musique et son époux, « ancien chef d’orchestre, comme le pense Jean-Louis, s’amuse Michael Haneke.

Du rôle de la boule Quiès dans les films de Rohmer ...

Couronné par une nuée de prix et de récompenses internationales, dont deux Palmes d’Or au Festival de Cannes, le réalisateur autrichien a écrit pour Jean-Louis Trintignant, un rôle sur mesure. Lequel lui a fait vivre son tournage le plus heureux depuis Un Homme et une femme de Claude Lelouch. « Ce film s’est fait très vite , c’était très amusant de tourner en noir et blanc quand on n’avait pas assez de lumière pour tourner en couleur ! »Après, je suis passé sans transition au cinéma très écrit de Rohmer, il parlait tellement sur le plateau qu’il nous arrivait de tourner avec des boules Quiès ! »

« Michael Haneke est pour moi le meilleur metteur en scène du monde », s’enflamme Jean-Louis Trintignant en plaçant sur le même piédestal que Fellini et Bergman, ce réalisateur « extraordinaire qui sait tout de chaque discipline cinématographique, qu’il s’agisse du son, de l’image, de la direction d’acteur, du scénario ; il est très rigoureux, c’est un énorme travailleur qui m’a tout le temps impressionné. » S’il y eut des moments difficiles durant le tournage où l’acteur a dû jouer avec un poignet cassé, « ce fut toujours formidable car nous étions tous convaincus de faire un beau film. »

Une démarche proche du Nouveau Roman

Avec sa caméra, Michael Haneke explore les tréfonds de ses personnages sans expliquer pour autant leurs états d’âme. « Arriver à la hauteur d’un sujet, c’est capter ses richesses contradictoires, laisser l’œuvre ouverte à l’interprétation du spectateur. A lui de trouver la clé de situations aussi ambiguës dans Amour que dans la vie », précise le réalisateur. La caresse sur la main d’Anne, puis sur le pigeon entré par la fenêtre de l’appartement dont les tableaux rythment la narration à des moments cruciaux…Autant de mystères enveloppés de pudeur, comme celui du geste final de Georges. Agit-il par amour, est-il simplement dépassé par les événements ? Au spectateur d’ «imaginer ce qu’il voudra, à travers une démarche cinématographique très proche du Nouveau Roman où l’on a aussi l’art de relater des faits froidement, avec des zones d’ombres portées sur les personnages», analyse Jean-Louis Trintignant.

Dans la course à la 3ème Palme d’Or

« Le silence c’est aussi de la musique » pour Michael Haneke. Le réalisateur qui se rêva chef d’orchestre, utilise seulement la musique lorsqu’elle est nécessaire. D’où ces impromptus de Schubert, bagatelles de Bach interrompus à l’image des futures ruptures du destin suggérées par un traitement hyperréaliste du lieu, de l’éclairage et du jeu des interprètes –Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert- dans le onzième opus de Michael Haneke. L’un des rares cinéastes, avec les frères Dardenne, à pouvoir concourir à une troisième Palme d’Or. Ce qu’il n’a pas encore vraiment envisagé, mais sourit-il « je peux toujours me laisser surprendre…»

Sortie nationale d’ Amour le 24 Octobre

(1) www.festival-lumiere.org

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