Les Disney's Princess se modernisent-elles ?

Les rôles féminins dans les Walt Disney sont souvent des modèles pour les petites filles, pourtant ils relèvent la plupart du temps d'énormes clichés.

Walt Disney est une mine pour tout adepte de dessins animés, mais c'est aussi le nid d'un grand nombre de clichés que l'on nous transfuse depuis le berceau. Il s'agit de se pencher sur l'image féminine que dégagent les films Disney . Serait-il possible d'observer une évolution des femmes dans les créations Disney ?

L'archétype de la femme crédule et dépendante

Et oui, on pourra le dire, Walt Disney a longtemps diffusé l'image d'une princesse soumise et incapable de se débrouiller toute seule. De 1937 jusqu'au début des années 90, elles étaient toutes pathétiquement cruches. On espère cependant que cette tendance était uniquement due à l'époque, la femme dans les années 30 étant totalement dévouée à son mari.

Once upon a time, en 1937 débute la jolie histoire de Blanche Neige ( Snow White and the Seven Dwarves ) L'élément déclencheur du drame, il faut le souligner, est un sujet hautement existentiel : « Miroir miroir, dis-moi qui est la plus belle ? ». Voilà donc l'unique raison de ce crêpage de chignon, la futilité d'une femme. Blanche Neige, quant à elle, incarne la pureté déprimante d'une jeune fille rêveuse, son seul objectif est de trouver l'amour. De plus, la célèbre chanson "Un jour mon prince viendra" montre qu'elle ne fait rien pour trouver l'amour, elle attend. Excusez-moi du peu, elle attend en balayant. Parce que Blanche Neige, c'est aussi l'incarnation de la parfaite ménagère. Elle accepte par exemple avec plaisir toutes les requêtes des nains : « Tu t'occuperas de la maison, tu feras la cuisine et tu raccommoderas le linge ». Parlons un peu de l'Amour maintenant. Le Prince qui lui donnera le fameux « love's first kiss », ne lui a jamais parlé, il ne la connait pas. La rencontre se fait alors qu'elle est déjà endormie. Le jeune homme tombe en fait amoureux d'un objet inanimé, ce qu'il aime en elle, c'est uniquement sa beauté. Il faut également remarquer qu'il l'embrasse et décide de l'épouser avant même qu'elle ne se réveille, c'est à dire avant son consentement. Le Prince s'approprie Blanche Neige comme l'on fait d'une poupée.

Dans le genre, la célèbreCendrillon (Cinderella) n'est pas des moindres. En 1950, Disney met en scène le sauvetage d'une pauvre orpheline par la bonté et l'amour soudain d'un Prince. Même en briquant le carrelage toute la journée, le personnage de Cendrillon garde l'espoir de trouver son âme soeur.

En 1959 le schéma Disney ne semble pas avoir grandement évolué. La Belle au Bois Dormant ( Sleeping Beauty ) sort au cinéma et les deux tourtereaux tombent amoureux à la première chansonnette. Encore une fois, Aurore est sauvée par Philippe. Pendant qu'il brave tous les dangers, elle dort paisiblement.

La mode des Princesses crédules et dépendantes semble prendre fin après La Petite Sirène ( The Little Mermaid ). En 1989, Ariel est prête à tout quitter pour l'amour d'un homme à qui elle n'a jamais parlé : « Mon seul désir vivre à tes côtés (…) je ne sais pas pourquoi je t'aime, mais je suis prête à t'aimer quand même ». Et Eric tombe amoureux d'un vague souvenir : « l a voix la plus belle du monde ». N'oublions pas la naïveté touchante de Ariel qui se précipite entre les tentacules de Ursula, ce sera encore une fois aux hommes de la sauver.

Une reprise en main de leur destin

Les années 90 laissent place aux femmes avec davantage de caractère et de volonté, Disney a su tirer son épingle du jeu. En 1991, La Belle et la Bête ( The Beauty and the Beast ) raconte l'histoire d'un Prince totalement dépendant de l'amour d'une femme, c'est à elle que revient le pouvoir de sauver le château de la malédiction. Le personnage de Belle possède également beaucoup plus de caractère et de courage que ses ancêtres. Elle est instruite et lit toute la journée. La plus grande évolution réside dans les rapports qu'entretiennent les deux héros. L'amour n'arrive pas de nulle part sans crier gare, il se créé progressivement. Chacun fait des efforts de son côté (réf : la scène où la Bête prend une cuillère pour manger sa soupe). Leur relation se construit avec la découverte de l'autre et tout ne semble pas évident : « Jamais encore elle n'avait eu ce regard là ».

On pourrait également parler de Jasmine de Aladdin. Nous sommes en 1992 et le personnage principal fait preuve d'un caractère à couper au couteau, elle tient tête à son père et à Jaffar sans problème.

Pocahontas (1995) assume ses choix personnels, elle préfère rester aux côtés de son peuple plutôt que de partir on ne sait où avec John Smith. De manière concrète, c'est elle qui le sauve de la mort en s'opposant à son père. Pocahontas fait preuve d'un recul et d'une morale très forts, elle ouvre Smith à la nature, elle l'instruit.

Enfin, il faut citer Mulan . Ce Disney est un peu la preuve réelle d'un certain changement dans les moeurs : une femme se fait passer pour un homme. En 1998, l'héroïne devient capable de réaliser les mêmes exploits qu'un personnage masculin (réf : la scène où elle monte au sommet du poteau pour récupérer la flèche). L'égalité homme/femme est enfin introduite clairement dans les Disney .

La nouvelle génération débrouillarde

Dans le récent La Princesse et la Grenouille (2009 The Princess and the Frog ), Tiana est une férue de travail, elle désire à tout prix s'en sortir. Son rêve n'a rien à voir avec la rencontre de l'amour ou d'un hypothétique Prince Charmant. Son histoire est en fait beaucoup plus réelle et plausible . Le personnage de la jeune fille naïve et rêveuse laisse place à un personnage plus travaillé, plus profond. Tiana souffre de la perte de son père, elle est réfléchie, sérieuse même quelque fois un peu blasée. On peut enfin réussir à se projeter en elle. La grande nouveauté de ce Disney est aussi l'introduction d'un certain regard critique sur la stupidité des anciens personnages. La meilleure amie de Tiana, Charlotte, est l'incarnation de la gentille idiote qui ne pense qu'à épouser un Prince. Le glamour des contes de fée est même tourné en dérision avec ces personnages : « Donne moi des serviettes dépêches toi, je transpire, c'est la première fois que je transpire autant ». On voit également le personnage du Prince qui évolue. Naveen ne tombe pas pathétiquement amoureux au premier regard, il aime plaire, c'est un vrai dragueur et logiquement Tiana se méfie.

Enfin, en 2010 sort le fameux Raiponce ( Tangled ) en 3D. L'héroïne semble au début réunir toutes les caractéristiques de la blonde écervelée et lunatique. Et pourtant au fur et à mesure de l'histoire Raiponce est celle qui sort Eugène des pires situations. C'est elle qui calme le jeu dans la taverne au milieu des truands, c'est encore elle qui trouve la sortie lorsqu'ils sont coincés au fond de l'eau. Raiponce est aussi la première Princesse à avoir une arme! La fameuse poêle avec laquelle elle assomme Eugène et tant d'autres personnages. Elle doute de l'amour de son compagnon qui est lui aussi un grand dragueur (ahhhh, la voix de Romain Duris, qui ne craquerait pas ?). Et puis bien sûr j'espère que vous aurez remarqué que c'est elle qui lui donne le baiser de fin...

Nos deux Princesses de la nouvelle génération ont subit un changement très positif, Disney semble vouloir coller davantage à la réalité. C'est une avancée au sens où nous n'abreuvons plus le public d'images et de représentations fixes des sexes, de l'amour et de la vie en générale. Cependant, on peut bien sûr se demander si la trop grande justesse des dessins animés ne risque pas de désillusionner trop tôt les enfants.

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