user_images/277462_fr_548163_445.jpg

LÉON-MARTIN MBEMBO

Publié dans : Les articles Famille & Relations de Léon-Martin MBEMBO

Etre féminin et être femme selon Simone de Beauvoir

Dans un essai existentialiste, Le Deuxième sexe, Simone de Beauvoir critique le déterminisme génétique de la femme et dresse un traité de son émancipation.

Bien que la génétique réserve le sexe masculin aux hommes et le féminin aux femmes, Simone de Beauvoir, pense qu’être homme ou être femme n’est qu’une construction sociale. De la sorte, son livre Le Deuxième Sexe dénonce le déterminisme atavique auquel est condamnée la femme et milite pour l’égalité des sexes.

En effet, l’ouvrage est un essai qui retrace l’histoire de la condition féminine et analyse les mythes et les valeurs associés à la femme. Planchant sur une approche existentialiste, il incrimine les femmes, dont elle dénonce la passivité, la soumission et le manque d'ambition. Il conclut que la femme se détermine à des rôles de second ordre s’il s’enferme sur elle et ne cultive pas sa propre liberté intérieure. Par conséquent, l'émancipation de la femme – croit Simone de Beauvoir – ne réussira que grâce à la volonté solidaire des hommes et des femmes.

Le Deuxième sexe est considéré comme un manifeste par les mouvements féministes des années soixante-dix. Car, son appel à l’émancipation de la femme est considéré comme un traité fondateur d’une philosophie sur la participation de la femme à la construction de la sociale.

"On ne naît pas femme, on le devient"

En deux tomes et plus de mille pages, le prétendu "destin féminin" est examiné d’abord sous l’angle de la biologie, de la psychanalyse et du marxisme. La place faite aux femmes dans les sociétés primitives ou modernes, leur mise en tutelle juridique, les mythes de la féminité que véhiculent les religions et la littérature montrent ensuite dans quelle aliénation le pouvoir masculin a presque toujours tenu un sexe jugé inférieur. "Toute l’histoire des femmes a été faite par les hommes". La formation de la petite fille et de l’adolescente, le drame de la puberté, un dressage culturel, tout conspire à maintenir cette infériorité en la faisant passer pour une loi de la nature. Dans la seconde partie sont décrites diverses situations concrètes : la femme mariée, la mère, la prostituée. Pour échapper à leur condition, les femmes s’aliènent à leur image, à un homme ou à un dieu. Contre la mauvaise foi de telles justifications, elles ne connaîtront la libération qu’en devenant indépendantes, en particulier en exerçant un métier et en choisissant librement d’avoir ou non des enfants.

Le livre fondateur du féminisme contemporain

En jetant sur le papier ses premières réflexions sur la condition féminine, Simone de Beauvoir ne se doute pas de la bombe qu’elle va faire éclater dans la France de l’après-guerre, puis sur toute la planète. Alors qu’elle-même, brillante intellectuelle hors des normes bourgeoises, affirme n’avoir été gênée en rien par sa féminité, elle découvre au fil de ses nombreuses lectures l’asservissement d’une moitié de l’humanité par l’autre. Son essai se présente comme une réflexion qui repose sur la compilation de sources multiples : histoire, droit, littérature, psychologie, sociologie. Claude Lévi-Strauss prête même le manuscrit des Structures élémentaires de la parenté pour compléter le chapitre sur l’ethnologie. L’addition de ces perspectives est mise au service d’une thèse politique et morale : la libération de la femme passera par son autonomie culturelle, financière et sexuelle.

Mal reçu à sa publication tant à droite qu’à l’extrême gauche, mais lu par des milliers de lectrices qui trouvent dans ces analyses les perspectives d’une vie nouvelle, le Deuxième Sexe va servir de référence aux mouvements féministes des années soixante-dix, en Europe et aux États-Unis. Mais certaines militantes reprochent à Beauvoir de nier à l’excès la spécificité du féminin, en proposant un idéal plus intellectuel que concret d’accomplissement de soi ; la forte personnalité de l’auteur, les chances de son parcours existentiel lui auraient fait généraliser abusivement une expérience vécue de façon privilégiée.

Beaucoup de la biographie de Beauvoir passe en effet dans l’essai, on s’en apercevra lors de la publication en 1958 des Mémoires d'une jeune fille rangée Et l’homme peut sembler trop bien traité encore, par exemple dans la page finale où, après une citation de Marx, Beauvoir demande qu’"hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité". Il n’en demeure pas moins que ce livre généreux marque, au milieu du XXe siècle, une rupture irréversible dans la reconnaissance des abus commis au nom de la différence des sexes.

Sources :

Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, Paris, Gallimard, 1949.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Deuxi%C3%A8me_Sexe

http://www.canalacademie.com/ida4102-L-histoire-des-femmes-en-Occident.html

À propos de l'auteur

user_images/277462_fr_548163_445.jpg

LÉON-MARTIN MBEMBO

Professeur de sémiologie, communication et marketing, il s'intéresse également au marché et à la sécurité informatique.
  • 72

    Articles
  • 16

    Séries
  • 0

    Abonnés
  • 0

    Abonnements

Poursuivez la discussion!