Le crash du Bœing 727 et la rhétorique de l'image de Mme Kabila

Dans un reportage mettant en scène Olive Lembe Kabila au chevet des victimes du crash de Kisangani, la première dame est décrite selon l'image de la mère

Olive Lembe Kabila est décrite selon l’archétype de l’image de la mère dans un reportage qui la met en scène au chevet des victimes et familles éplorées du crash du Boeing 727 de la compagnie Hewa Bora qui a eu lieu à Kisangani le 08 juillet dernier. Son personnage est désigné par l’appellation « Maman Olive » et est présenté comme une bonne mère, une mère de la nation qui compatit et console. Mais à l’ombre de ce personnage, il y a la figure de la première dame qui donne sens au reportage qui finalement n’est qu’une rhétorique de l’image. Pour s’en rendre compte, il faut interroger la théorie psychanalytique de l’image de la mère de Carl Gustave Jung. Olive Lembe Kabila est l’épouse de Joseph kabila, l’actuel président de la République démocratique du Congo.

L'archétype de l'image de la mère

Dans le reportage, le personnage incarnant l’épouse de Joseph Kabila est appelé « Maman Olive ». Ce personnage est le reflet de ce que Carl Gustave Jung appelle l'image de la mère. En psychanalyse, l'image de la mère est ambivalente. La mère est bonne durant la tendre enfance et mauvaise durant l'age adulte. Or, la "maman Olive" qui est mise en scène dans le reportage, c'est une femme endeuillée - habillée en tenue de deuil - qui reçoit les cercueils des morts et blottit affectueusement sur sa poitrine les survivants et une femme affligée qui pleure avec les proches parents des victimes. Tout porte donc à croire que "Maman Olive" est présentée comme une bonne mère qui compatit au malheur de ses enfants qu'elle affectionne comme des nourrissons. En fait, à travers la qualité de "Maman Olive", le personnage incarnant l'épouse de Joseph Kabila dans le reportage réalise son "idéal de moi" : être la mère de tout un peuple. Et, ce peuple est aimé comme un enfant de moins de trois ans, le nourrisson donc. Comme le dit Joël Saucin, "pour le nourrisson, elle (la mère) est à la fois cette image nourricière et protectrice dont l’absence ou le manque sont vécus comme de véritables terreurs" (Joël Saucin, Les archétypes psychosociaux. De la sémiologie à l'herméneutique. Interprétation symbolique par la méthode d'amplification de Carl Gustav Jung de quelques récits médiatiques , Bruxelles, IHECS, 2000, p. 98).

Par ailleurs, si le personnage de "Maman Olive" a l'archétype de l'image de la mère, le peuple qu'elle affectionne est décrit comme "Trickster", ce tendre enfant mythologique qui subit injustement la barbarie de la nature mais s'en sort toujours.

L'ombre de l'image de la mère

Chaque archétype a son ombre. Quelle est donc l'ombre du personnage de "Maman Olive" dans le reportage? En effet, dans le reportage, le personnage de "Maman Olive" est d'abord la figure de la "première dame". Une qualité acquise du fait d'être l'épouse du président de la RDC. Or, le président lui est la figure psychanalytique du roi et en tant que tel, il est le symbole de la conscience collective (unité du pays, sécurité de l'Etat et de ses habitants, etc.). Ainsi donc, comme figure de la "première dame", le personnage de "Maman Olive" bénéficie de l'Hora de son mari et devient à cet effet, le symbole de la conscience collective par association.

Dans la mise en scène du personnage de "Maman Olive", la conscience collective de ce personnage est symbolisé par les personnalités politiques officielles (bourgmestre, gouverneur de la ville, administrateur délégué général, ... ) qui l'entourent sur le lieu de consolation des victimes à savoir, le tarmac de l'Aéroport international de Ndjili, l'Hôpital Marie Biamba Mutombo ou encore le lieu des obsèques. Le commentaire du journaliste en son off la désigne même par moment "Esther", cette femme de l'Ancien testament qui était épouse du roi perse Assuérus. "Maman Olive" n'est plus identifiée par son "anima", c'est-à-dire la tendance psychologique de la psyché de l'homme qui fait d'elle une femme. En d'autres termes, les fantasmes érotiques qui fondent la féminité sont carrément déniés et la mise en scène insiste sur l'absence des symboles de ces fantasmes. Premièrement, elle prend en gros plan sa tête et ses mains pour montrer qu'elle n'est parée d'aucun bijou hormis son alliance : pas de boucles d'oreilles, pas de chaînettes, pas de bracelets; deuxièmement, elle la montre en plan d'ensemble habillée en Bazin noir avec des motifs blancs. Ce Bazin ressemble à une djellaba car il couvre non seulement tout le corps sauf la tête et les mains, mais aussi étouffe l'expression corporelle de sa féminité. C'est qui est une antithèse à la boutade kinoise "mwasi mwasi nde nzoto" (la femme c'est le corps).

Tout compte fait, le personnage de "Maman Olive" comme figure de la première dame correspond à l'archétype de ce que Carl Jung appelle le Soi. Selon Marie-Louise von FRANZ, "Lorsque l'individu ne s'identifie plus à son anima ou à son animus l'inconscient change d'aspect et apparaît sous une nouvelle forme symbolique représentant le noyau le plus intérieur de la psyché : le Soi" (Marie-Louise von FRANZ, "Le processus d'individuation" in JUNG et alii, 1964, pp. 158-229). Dans la mythologie grecque, le Soi apparaît sous les traits de la déesse-mère Déméter ou du dieu Hermès. En effet comme Deméter, "Maman Olive" est décrite comme le symbole de l'élan vital et du renouveau de la vie, lorsqu'elle offre pour sauver les vies des survivants. Et comme tous les archétypes mythiques du soi ont fini par devenir l'expression du mystère fondamental de l'existence (Jésus-Christ, Bouddha, Krishna, Mahomet, ...), le reportage a fini par faire du personnage de "Maman Olive" un objet de méditation.

Le personnage de "Maman Olive" n'est pas que la figure de la "première dame", il est aussi la figure d'une "chrétienne catholique". Elle fait le signe de la croix sur son front et prie devant les cercueils pour implorer le repos des âmes des disparus ; elle appose sa bénédiction sur chaque cercueil, tel un prêtre catholique, pour recommander à Dieu les âmes des disparus. Par ces gestes, "Maman Olive" manifeste son "soi chrétien" qui fait d'elle un "alter christ" (un autre christ), mieux un membre du corps mystique de Jésus-Christ, et comme son alter - qui donne la vie éternelle après la mort - elle recommande les âmes des disparus à la vie éternelle.

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