Nigeria : les velléités séparatistes de Boko Haram se confirment

La résurgence des attentats perpétrés par la secte islamiste Boko Haram au Nigeria cacherait des velléités séparatistes.

La secte islamiste Boko Haram a mené, il y a quelques jours, une série d’attentats contre des Eglises chrétiennes et des postes de police. Le choix ciblé des Eglises chrétiennes semble rapprocher ces attentats des actes terroristes perpétrés souvent par les talibans et l’Aqmi. Une raison de plus pour les rapprocher, la secte islamiste exige la radicalisation de la charia dans l’ensemble du Nigeria.

La charia est un code de conduite inspiré du Coran. Il est instauré dans les états où les musulmans sont majoritaires dans le nord du Nigeria. Sa radicalisation dans l’ensemble du Nigeria, telle qu’exigée par la secte Boko Haram, semble cacher des velléités séparatistes.

Des attentats terroristes à l’occasion des fêtes chrétiennes

Comme l’Aqmi, la secte islamiste Boko Haram mènent la plupart de ses attentats terroristes contre des Eglises chrétiennes. Cela, à l’occasion des fêtes religieuses qui attirent une forte affluence des fidèles. En Noël 2010, elle avait attenté contre les Eglises chrétiennes à Maiduguri au nord du Nigeria. Et en Noël 2011, elle a récidivé, mais cette fois contre des églises de Madalla dans la périphérie d'Abuja.

Selon un spécialiste du terrorisme, « le choix ciblé des églises chrétiennes est assurément un message à destination de la communauté sudiste nigériane ». En effet, sur le plan religieux le Nigeria est habité au Nord par les Musulmans et au Sud, par les Chrétiens. Ceux-ci constituent de surcroît une population majoritaire dans ce pays. Et en attaquant des Eglises chrétiennes, la secte qui revendique la généralisation de la charia dans l’ensemble du Nigeria voudrait sûrement intimider les Chrétiens à renoncer à leur foi, au mieux à se convertir à l’islam. Pourquoi ? Selon la doctrine de cette secte, « l’éducation occidentale est un péché ». D’où d’ailleurs le nom haoussa de la secte Boko Haram.

Le fondateur de cette secte est Mohammed Yusuf. Au moment où il la créait en 2002, il accusait le christianisme de « véhiculer l’éducation occidentale » et exigeait la « radicalisation de la charia dans l’ensemble du Nigeria ». Aux yeux des journalistes, ce discours ne traduisait pas simplement de l’intolérance religieuse, mais était un véritable réquisitoire politique. Car, « on le sentait proche des discours d’Al-Qaïda, d’Aqmi, des talibans et même des shebabs qui accusent les ».

Boko Haram comme argument politique

La dimension politique de Boko Haram résulterait de l’histoire politique du Nigeria. En effet, dès son accession à l’indépendance, le système politique nigérian est resté pendant très longtemps dominé par les ressortissants du nord. Un stéréotype est même né de cet effet-là, dit Pierre Cherruau de Salt Lake Afrique : « le nord du Nigeria a le pouvoir politique et le sud, le pouvoir économique ».

Cependant, depuis la mort de Sani Abasha le système politique nigérian s’est quelque peu restructuré. Ceux qui pensaient avoir un avantage quelque peu naturel dans l’accession au pouvoir semblent l’avoir perdu. Car à la mort d’Abasha, c’est Olusegun Obasandjo – un sudiste – qui accède au pouvoir. En 2004 après deux mandats, Obasandjo laisse le fauteuil à Goodluck Jonathan, un autre sudiste. Réélu en 2011, Jonathan est en train de bénéficier présentement d’un second mandat. Apparemment, les nordiques comprennent de plus en plus que dans un Nigeria majoritairement chrétien, il est désormais quasiment impossible aux minoritaires musulmans de structurer le système politique du pays à leur gré comme ce fût le cas au moment de l’indépendance du pays. Ils comprennent que dans une république fédérale comme le Nigeria, les musulmans ne peuvent imposer la charia que dans la partie nord où ils sont majoritaires.

Velléités sécessionnistes de la secte Boko Haram

En effet, la résurgence des violences perpétrées par la secte nigériane ces derniers temps serait truffée des velléités sécessionnistes. Notamment à cause du fait que dans une république fédérale comme le Nigeria, majoritairement chrétien, il est quasiment impossible aux musulmans de radicaliser une idéologie religieuse qui est fondamentalement la leur. À la limite, ils peuvent l’imposer dans les Etats fédéraux où ils sont majoritaires.

Autre fait, c’est la tendance des nordiques d’occuper de plus en plus des terres sudistes. Les musulmans du nord, qui sont souvent des haoussas et des peuls, sont un peuple pasteur. Nomade donc. Ainsi, à la recherche des bons pâturages, ils ont tendance à descendre vers le sud. Ce qui ne manque souvent à réveiller l’instinct de conservation des propriétaires des terres occupées et à attiser les conflits entre les nordiques et les sudistes.

Dans le premier comme dans le second cas, la situation nigériane donne l’impression du « déjà-vu ». Car une situation quasi similaire a eu lieu au Soudan, et la solution pour la paix était la séparation de l’Etat en Soudan du Nord et Soudan du Sud.

Sources :

http://www.afriquejet.com/france-nigeria-boko-haram-2011122830493.html

http://www.rfi.fr/emission/20111227-une-boko-haram-revendique-attentats-nigeria

http://www.slateafrique.com/80135/nigeria-jos-abuja-guerre-religion

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2010/12/25/le-nigeria-endeuille-par-deux-attaques-a-la-veille-de-noel_1457714_3212.html

Sur le même sujet