Histoire de l'art : L'expressionnisme

En réaction à l'impressionnisme et au réalisme, les artistes allemands annoncent une attitude nouvelle face à l'œuvre d'art qui va gagner toute l'Europe.

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Au début du 20e siècle les références culturelles changent, elles se manifestent dans la redécouverte des artistes pour leurs «primitifs». Le gothique est revisité par les allemands qui s’intéressent à la peinture de G rünewald ; les belges regardent du côté de Breughel , les français retrouvent le gout de l’art roman, sans oublier la relecture de l’œuvre du Gréco et des arts dits exotiques.

Un mouvement artistique lié aux événements historiques

Le mouvement devient vite international, James Ensor L’entrée du christ à Bruxelles (1888), Van Gogh Champ de blés aux corbeaux (1890), Munch Le Cri (1893) ont annoncé cette nouvelle tendance artistique. Elle va mêler la violence de la couleur à la satire, le lyrique au mystique témoignant de ses liens avec le symbolisme et le fauvisme et apportant le témoignage d'une expérience vécue, souvent douloureuse, plus que celui d'une vision idéalisée ou sublimée.

L’union de l’homme avec la nature célébrée par les impressionnistes , la nostalgie du paradis perdu évoquée par Gauguin ou le sentiment d’éternité que reflète l’œuvre de Bonnard sont remplacés par la contestation du monde moderne et de ses « horreurs » née du sentiment de malaise et de trouble qui règne entre les deux premières guerres.

Le style général

Bien que réunissant des artistes d’horizons différents, Ernerst Ludwig Kirchner Trois Baigneuses (1910), Karl Schmidt-Rottluff Deux Paysans (1910), intégrés au groupe Die Brücke , ou Emil Nolde Spectateurs au cabaret (1911), Oskar Kokoschka à Vienne, pour les plus connus, les peintres expriment le drame humain. Ils renouvellent la perception en utilisant un « rythme fiévreux…une tension graphique portée à son comble… pour un dessin sans concession »*.

Les figures sont schématisées, silhouettées le plus souvent, les couleurs agressives et contrastées. Quand l'expressionnisme refuse toute contrainte esthétique, les nus se tordent, les visages sont laids ou grimaçants, les corps informes et repoussants dans l’omniprésence d’un « érotisme lancinant », les modèles expriment la souffrance et la proximité de la mort. Egon Schiele en sera le principal héritier.

« L’allégresse naturaliste des fauves français » est assez éloignée du courant outre-Rhin où les Autoportraits (1914/15) de Otto Dix, La Nuit (1918) de Beckmann annoncent une objectivité nouvelle placée toujours sous le signe de l’angoisse et des incertitudes du monde à venir.

Un expressionnisme de témoignage et de lutte

Les images les plus violentes de l’après-guerre sont données par Otto Dix qui peint les filles de joie, les victimes et les profiteurs des désastres de la guerre: Mutilés de guerre jouant aux cartes (1920), Les cinquante eaux fortes de la Guerre (1920/23) achèvent ce récit sanglant qui sera le meilleur documentaire politique de l’époque.

Après 1945 l’Abstraction est reine et les Américains voient dans l’expressionnisme abstrait la façon la plus éloquente de dénoncer les aspects dramatiques de la condition humaine, qu’une période de guerres mondiales avait initialisée en Europe.

En France Dubuffet, Fautrier adaptent l’expressionnisme à des fins de destruction et de misérabilisme axées sur l’interprétation très libre d’un sujet qu’ils ne souhaitent pas abstrait mais détaché de toute représentation objective.

*Les citations sont extraites d’un cours magistral donné en 1990 par M. A. Stalter professeur émérite à

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