Le Retable d'Issenheim : Nativité, Crucifixion, Résurrection

Après la polémique sur la restauration du fameux polyptyque de Matthias Grünewald : la naissance, la mort et la résurrection du Christ
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Le polyptyque (1510 /1516) est composé de six panneaux, quatre volets mobiles et deux fixes et d’une prédelle divisée en deux volets, également mobiles. Il peut être regardé ouvert ou fermé et présente dans le second cas La Crucifixion : son iconographie est celle d’un Christ souffrant : les yeux fermés, la tête penchée, le corps affaissé.

Après la naissance du christianisme, huit siècles durant, les artistes ont montré une longue résistance à représenter l’homme humilié dans l’évocation du Fils de Dieu. Grünewald dramatise et force les effets: l'action théâtrale des personnages accuse le désespoir et amplifie le pathos de la crucifixion. Les variations d'échelle, l'ampleur des gestes et la vigueur des contrastes chromatiques conférent au tableau une grande force émotionnelle.

M.C. Sepierre décrit le Christ de Grünewald comme étant « déchiqueté par le supplice enduré, le corps verdâtre, les écorchures multiples, les pieds tuméfiés, les muscles gonflés, les doigts affreusement étirés ».

Dès la première ouverture l’atmosphère change : le centre du retable dévoile une Annonciation , un joyeux Concert d’anges qui accueille une somptueuse Nativité, à sa droite une Résurrection

Le Concert des Anges

Le décor est solennel, il est celui d’une chapelle au style gothique tardif où un étonnant baldaquin végétalisé, décoré de petites sculptures représentant les cinq prophètes, accueille les interprètes de ce concert de Noël. A l'intérieur deux anges musiciens et le chœur de chérubins et de séraphins, aux auréoles multicolores, accompagnent un ange jouant de la viole de gambe. L’ensemble parait vibrer au son de la musique céleste.

La lumière irradiante et les couleurs dorées, soulignées par les verts rutilants, embrasent la scène où une petite vierge en gloire, placée sous une arcade, est nimbée de rouge en écho avec les anges concertistes. Deux anges la surplombent pour lui offrir les honneurs symbolisés par le sceptre.

Une nature morte composée d’un bac à linge, d’un pot et d’un berceau en débordant sur l'autre panneau sert étrangement de transition ; elle pourrait annoncer le passage du sacré au profane. L’iconographie s’avère plus élaborée mêlant les symboles à une théologie savante.

La Nativité

La scène apparait, au premier regard comme une scène classique d'une mère et son enfant. La mère de Jésus est assise sur un petit muret devant son logis où se trouve le jardin clos, symbole de la virginité de Marie qu’entourent le figuier mystique et le rosier aux fleurs rouges sans épines, symbole de l'amour pur.

Marie est vêtue de rouge, couleur mariale, les cheveux ondulés et attachés sur la nuque à la manière du nord. Elle porte dans ses bras, l’enfant posé sur un pan de tissu, le contact est rapproché, les têtes inclinées, les regards se rencontrent. Cette relation privilégiée symbolise celle du Christ avec son église. Dans le lointain une abbaye romane se distingue au milieu des coteaux.

Le paysage ouvert et complexe, contraste avec la première scène qui célèbre les fastes de Noel et le luxe de l’Eglise. Le caractère religieux de la scène se renforce par la splendeur du ciel dans lequel apparait un Dieu en majesté. Il trône sur un nuage en forme de mandorle et habite un lieu mystérieux, à la source des rivières, au creux des abîmes. Les montagnes bleu-vert environnantes escarpées et menaçantes symbolisent les forces du mal ; Joseph le charpentier chemine, pour rejoindre la scène sacrée.

Le quatrième volet est une apothéose:

La Résurrection

Le Christ, les bras levés, les mains étendues, montrant ses plaies, sort du tombeau. En lévitation, il s’élève dans le ciel et entraine avec lui son linceul dans un tourbillon de couleurs rouge, jaune et bleue et d’enroulements, en diagonales, de drapés flottants. Son visage diaphane se détache d’un puissant halo flamboyant, cerné de vert émeraude, dans l’obscurité d’une nuit étoilée qu’il illumine de toute sa force colorée. Près du tombeau ouvert les soldats allongés par terre sont aveuglés par cette lumière foudroyante.

Grünewald a rassemblé dans un même tableau le thème de la Résurrection, de la Transfiguration et de l’Ascension par une union intime entre le cosmos et le surnaturel, dans une vision onirique qui annonce le réenchantement du monde et la peinture du siècle suivant.

Lors de la seconde ouverture du retable apparait le cœur du polyptyque consacré à Saint Antoine, protecteur et guérisseur. Le panneau L’Agression de saint Antoine par les démons vient d'être restauré.

Musée d'Unterlinden, Colmar

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