Du jus de betterave en hiver pour déglacer les routes

Un produit issu de l'agriculture, écologique, économique et efficace à très basse température, accélère la fonte et améliore l'épandage et l'action du sel.
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Environ le quart de la production mondiale de sucre provient de la betterave, mais c’est un peu par hasard que les propriétés du jus résultant du processus d’extraction du saccharose ont été découvertes.

Des producteurs de betterave sucrière avaient remarqué que la matière résiduelle, opaque et collante, entreposée dans leurs réservoirs, demeurait liquide, même sous un froid intense. C'est ainsi qu'a germé l’idée d'une application comme déglaçant pour cette mélasse, ordinairement vendue en tant que supplément alimentaire animal, et qu'un sous-produit du sucre a été introduit sur le marché pour lutter contre neige et glace.

Un mode de déneigement et d'entretien hivernal qui garantit des déplacements sûrs

L’Ontario et certains états américains utilisent déjà le procédé sur des portions de leur réseau routier, avec un réel succès. Le Nouveau-Brunswick vient de s’y mettre et en Europe, le produit déglaçant dérivé du sucre est commercialisé depuis quelques années par une compagnie britannique sous le nom de Safecote.

Au Québec, c’est tout récemment que le ministère des Transports a mis en place un projet-pilote, dans la région du Bas-Saint-Laurent, pour évaluer l’efficacité de la méthode et la faisabilité d'une utilisation à la grandeur de la province. Le tronçon d’une quarantaine de kilomètres désigné sur l'autoroute 20 rencontre des conditions hivernales typiques: vent, humidité et fréquente formation de glace. Montréal épand aussi le nouveau déglaçant sur les trottoirs et allées piétonnières de certains secteurs depuis décembre 2010.

C’est la compagnie canadienne Eco Solutions qui fabrique et vend ici le produit Fusion, tiré du sucre de betterave des producteurs ontariens, sous forme de dilution.

Des avantages monétaires et environnementaux

Deux principales raisons motivent l’essai d’un mélange approximativement moitié-moitié d’une saumure de sel et d’extrait de betterave, comme méthode alternative de déglaçage. Ce sont la réduction des quantités de sel à épandre et les économies pouvant en découler.

En concentration élevée, infiltrant les sols et contaminant les cours d’eau, le sel utilisé traditionnellement sur les routes est néfaste pour la flore et la faune. Les métaux lourds et autres impuretés qu’il contient, même à l’état de traces, sont aussi libérés dans l’environnement. Le salage cause également des dommages corrosifs aux véhicules et au matériel, entraînant des frais de réparation élevés.

Au Canada, le jus de betterave coûte dix fois moins cher que le sel, et peut en diminuer les quantités nécessaires d'au moins 30%. L'utilisation de cette mélasse biodégradable permettrait des économies notables, car 60 millions de dollars sont consacrés chaque hiver aux 850 000 tonnes de sel servant à l’entretien complet du réseau routier du Québec.

Association sucre et sel: pour la sécurité, le rendement et le côté pratique

En combinant le déglaçant liquide au sel pour l'enrober, on améliore l’adhérence à la chaussée en réduisant le rebond et la dispersion des cristaux par le vent, tout en assurant une meilleure surface couverte. De moins grandes quantités de sel sont alors requises et les applications deviennent moins fréquentes. Un mélange peu salé ne souille pas les voitures et s'enlève facilement.

Par grand froid, le salage devient inefficace à faire fondre glace et neige. L'addition de liquide sucré accroît l’efficacité des cristaux de sel puisque le déglaçant continue d’agir jusqu’à -34 degrés. Quand on ajoute le dérivé de betterave à des amas de sel avant l’épandage par camion, il élimine l’agrégation et le colmatage des cristaux, causant ainsi moins de pertes.

Pouvant être utilisé seul, Fusion liquide fonctionne dès l’application. Contrairement au sel, il n’est pas nécessaire d’attendre l’action du soleil ou la circulation sur la chaussée pour que la fonte commence. Polyvalent, on peut l’appliquer comme produit d’antiglaçage, avant les précipitations, car il prévient aussi la formation de la glace. Fusion ne tache pas et n’endommage aucunement les structures de béton et les trottoirs comme le fait le salage.

Opposition et bémols

Les impacts à long terme de l’application de ce déglaçant nouveau genre sur les infrastructures urbaines, et les conséquences d’une culture intensive de la betterave sucrière pour les besoins d'une telle industrie devront être analysés. La production de sucre à partir de la betterave est exigeante et coûteuse. Les économies espérées ne se concrétiseront peut-être pas.

Certains opposants avancent que l’intérêt soudain pour cette nouvelle application est lié à l'approbation récente, par le gouvernement canadien, de lignées de betteraves modifiée génétiquement , résistantes aux herbicides. À l’exemple de la culture du maïs pour la production d’éthanol comme additif dans l’essence, les répercussions sur les activités agricoles pourraient être une diminution de la biodiversité.

Sur un autre plan, les animaux sauvages aiment lécher le sel qu'ils trouvent sur les routes et dans les fossés, et en ingurgitent beaucoup. Le sucre aura peut-être le même effet attractif sur eux. Quelles seront les conséquences d’une telle diète sur la faune? Les risques de collisions entre voitures et bêtes resteront élevés.

Expériences d'ici et d'ailleurs

Des pays d’Europe et certains états américains sont revenus à l’utilisation stricte du sel, après des essais avec le liquide sucré , en raison des coûts d’approvisionnement. Au Québec, les températures glaciales détermineront l’efficacité des tests menés durant la saison.

Pour en savoir plus: Entrevue de Radio-Canada avec le responsable pour le Québec d'Eco Solutions et Cyberpresse environnement

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