Invention d'un revêtement antibuée permanent pour lunettes

La pellicule anticondensation est un bel exemple d'application technologique et de ce que fait la science pour éliminer les irritants quotidiens.
10

Tous les porteurs de lunettes ont expérimenté le phénomène de la formation de buée sur les verres, lors d’un brusque changement de température ou d’humidité. Rien à faire, sitôt essuyée, l’indésirable se reforme, bloquant le champ visuel pour de longues minutes.

Jusqu’à maintenant, l'efficacité des produits antibuée à vaporisation quotidienne était éphémère, et leur utilisation peu pratique, alors que les traitements appliqués en laboratoire par les lunetiers se dissolvaient progressivement lors du nettoyage des lentilles, ce qui leur conférait une durée de vie limitée. Toutefois, des chercheurs ont récemment mis au point un procédé permettant l'adhérence à long terme d'un excellent revêtement antibuée aux matériaux des verres de prescription. Révolution dans le monde de l'optométrie.

Ne plus attendre que la buée s’estompe

La buée provient de la condensation de la vapeur d’eau en minuscules gouttelettes individuelles qui se déposent sur un substrat transparent et bloquent la transmission lumineuse. Pour empêcher durablement la formation de cet écran, on doit faire en sorte que l’eau s’étale plutôt sur la surface en un film uniforme et continu, mais surtout arriver à fixer solidement un composé présentant ces propriétés hydrophiles et anticondensation sur des matériaux tels le verre ou le plastique des lunettes de correction visuelle.

Voir la lumière au bout du tunnel

Trois ans de recherche ont été nécessaires aux chercheurs du département des mines, de la métallurgie et des matériaux de l’Université Laval, ainsi que du Centre de recherche du centre hospitalier universitaire de Québec, dirigés par le professeur Gaétan Laroche et appuyés par des collaborateurs de l’Université de Toulouse, pour développer le produit et la méthode de fixation. L’invention est aujourd’hui protégée par deux brevets .

Parmi les autres applications possibles de ce revêtement, on compte les lunettes de protection pour sportifs et travailleurs, les visières et casques militaires, les lentilles de caméras et d’appareils photo, les miroirs, ainsi que les jumelles et instruments d’optique utilisés en laboratoire. Les industries automobile et de la construction pourraient également se montrer intéressées à en doter pare-brise et fenêtres.

Activation puis déposition d'un revêtement polymérique multicouche

Dans la technique développée, la lentille des lunettes doit d’abord subir une préparation adaptée à sa composition, afin de rendre sa surface réactive. On l'enrobe ensuite, par un procédé d'enduction centrifuge ou spin-coating , de couches d'un composé polyanhydride qui serviront d'ancrage par liaisons covalentes entre le verre et le second polymère, assurant la solidité et la permanence du traitement.

On applique subséquemment, avec la même méthode, la substance possédant les propriétés antibuée recherchées, soit l'alcool polyvinylique, qui se fixe au polyanhydride. La pellicule résultant des couches successives de ces deux polymères, épaisse d’à peine 32 nanomètres, pourra garder les verres clairs même lors d’un passage soudain de -20°C à 20°C.

La stabilité du film protecteur, la conservation de ses caractéristiques, son adhérence au substrat et sa résistance aux solvants de nettoyage ont été assurées par les analyses de surface et contrôles de qualité standards.

Une différence visible

En plus des classiques protections contre les égratignures, reflets et rayons ultraviolets assurant sécurité et confort visuels, et des réputés traitements polarisant, solaire ou photochromique modulant l’intensité lumineuse, les consommateurs pourront bientôt munir leurs précieuses lunettes d’un revêtement antibuée efficace et durable.

N’affectant pas la qualité de la transmission optique, compatible avec les populaires lentilles de plastique et de polycarbonate, le procédé sera offert à coût abordable. Et désormais, grâce à cette remarquable innovation, myopes et astigmates n'avanceront plus à tâtons dans le brouillard.

Références:

Chevallier, P.; Turgeon, S.; Sarra-Bournet, C.; Turcotte, R.; Laroche, G. «Characterization of multilayer anti-fog coatings», ACS Applied Materials and Interfaces , vol.3, no 3 (Mars 2011), p.750-758.

Maechler, L.; Sarra-Bournet, C.; Chevallier, P.; Gherardi N.; Laroche, G. «Anti-Fog Layer Deposition onto Polymer Materials: A Multi-Step Approach», Plasma Chemistry and Plasma Processing , vol. 31, no 1 (Février 2011), p.175-187.

Sur le même sujet