L'Église au secours de l'environnement

L'engagement chrétien évolue, la spiritualité verte rapproche les croyants de la nature et fait des conversions sur une vaste échelle.

L’Église a mis longtemps avant de s’investir dans la voie du développement durable et des bonnes pratiques en matière d’environnement. Malgré les signes tangibles de dégradation, l’imminence de catastrophes et l’urgence d’un changement de société à l'égard des habitudes de consommation, elle est restée plutôt passive devant le mouvement écologiste des années 1990, préférant temporiser et voir venir.

Cette timidité ecclésiale s’explique en grande partie par la tendance à dissocier l'Homme de la nature, apparue avec l'ère industrielle. Pourtant, plusieurs éléments dans l’histoire du catholicisme témoignent d’écologie, et la Bible fait grandement référence au respect de l’œuvre de Dieu. De nombreux saints, tel François d’Assise, avaient une relation privilégiée avec la flore et la faune, et plus près de nous, le pape Jean-Paul II et ses évêques ont prêché l’importance d’une conversion écologique.

Une crise environnementale et spirituelle

Pour les croyants d’aujourd’hui, il y a nécessité d'amorcer la réconciliation et d'instaurer une relation de guérison avec la nature. Puisque Dieu est l’auteur de la biodiversité et des écosystèmes, prendre soin de sa création constitue aussi une exigence chrétienne, et il y a du retard à rattraper.

Or, on pourrait croire que cet intérêt soudain témoigne plutôt d’une intention de profiter de la tendance verte pour rallier les jeunes générations, très sensibles à la cause, et pour qui la sauvegarde de la planète constitue une valeur fondamentale.

Mais bien que la préoccupation écologique puisse rapprocher société et Église, il ne s’agit pourtant pas d’opportunisme. Selon les responsables religieux, il est impératif de transmettre, par l’espérance chrétienne, un vent d’optimisme à l’écologie, en insistant sur l’aspect spirituel de la protection de la création. Et l'ont peut considérer comme positif que jeunes et moins jeunes se sentent interpellés!

Donner un sens chrétien à la protection de l'environnement

À l’exemple des organismes A Rocha , CORE ou GreenFaith à travers le monde, Église verte est une initiative du Centre canadien d’œcuménisme soutenant les communautés de foi dans la mise en place de meilleures pratiques environnementales.

Restreint d’abord à quelques paroisses de l’Église Unie du Canada, le projet a rapidement ramifié vers les écologistes des religions catholique, anglicane et orthodoxe. Aujourd’hui, l’archidiocèse de Montréal s’affiche fièrement comme membre en poursuivant l'objectif de réduire son bilan carbone, et le mouvement sera bientôt étendu aux traditions autres que chrétiennes, avec le programme EcoFaith .

L'écoresponsabilité dans le plan divin

Ce n’est pas uniquement avec des sermons qu’Église verte fait des adeptes. En plus de promouvoir une spiritualité et une liturgie plus proches de la création en suggérant prières et méditations adaptées, le programme mise beaucoup sur l’action par la prise de conscience. C’est ainsi que paroisses, centres de pastorale, monastères, communautés religieuses, diocèses ou groupes de croyants désireux de réduire leur empreinte écologique y trouvent ressources et appui.

Des communautés chrétiennes ont donc formé un comité, établi une politique environnementale et pris des mesures concrètes pour s’engager dans la protection de la planète, en améliorant, par exemple, l’isolation de leurs bâtiments, diminuant ainsi leur consommation énergétique. D’autres se sont tournées vers le chauffage géothermique pour réduire leur émission de gaz carbonique, alors que certaines ont préféré mettre en place des jardins communautaires ou se lancer dans le compostage.

Une requête qui porte ses fruits

Au Québec cependant, une récente action d’envergure dirigée par Église verte concerne le vin de messe. La province ne possède pas une longue tradition viticole, et jusqu’à maintenant, les paroisses catholiques s’approvisionnaient exclusivement en vin californien pour leurs offices. Dans le but de réduire la production de gaz à effets de serre causée par des milliers de kilomètres de transport, tout en valorisant l'économie régionale, les responsables d’Église verte ont approché des vignobles québécois.

Preuve que les jeunes ouailles initient le changement, le directeur du programme, Norman Lévesque, a persuadé le Domaine des Côtes d’Ardoise de destiner une partie de sa production aux paroisses qui en feront la demande. Les fidèles devront cependant assumer ce virage écologique, car le vin québécois coûtera sensiblement plus cher que le produit américain. La cuvée, toute naturelle et sans additif, a été approuvée par l’évêque du diocèse local qui a attesté du respect des critères d’un vin à vocation sacramentale.

Prochain défi pour Église verte: faire entrer la farine certifiée biologique dans la confection du pain d’autel.

À consulter aussi:

Gardiens de la Création .

Les pages vertes de la Bible .

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