Polémique autour d'une forte consommation de vitamine D

Tripler les doses quotidiennes de vitamine D serait encore insuffisant pour prévenir divers cancers et maladies graves, mais l'innocuité reste à démontrer.
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Un comité d’experts indépendants de l’Institute of Medicine (IOM) a déposé, fin novembre 2010, son rapport sur l’examen des apports nutritionnels de référence pour la vitamine D et le calcium .

Financée conjointement par les États-Unis et le Canada, dont les normes uniformisées pour ces nutriments n’avaient pas été réévaluées depuis 1997, l’étude reconnaît probantes les connaissances accumulées jusqu’à ce jour sur les bénéfices de la vitamine D, ou calciférol, pour la santé osseuse.

Le rapport conclut cependant que les données scientifiques actuelles concernant son action protectrice sur certains cancers, les maladies cardiovasculaires, le diabète, les problèmes immunitaires et diverses infections ne permettent pas d’établir, hors de tout doute raisonnable, un lien de cause à effet. Avant d’arriver à ce constat, l’IOM a examiné plus de 1 000 études.

Révision des normes: les apports conseillés sont-ils trop faibles?

Pour ces raisons, et bien que les valeurs aient été majorées dans tous les groupes d’âge, Santé Canada préfère rester prudente quant à l’augmentation des apports nutritionnels recommandés (ANR) en vitamine D. Elle fixe maintenant les besoins journaliers à 600 unités internationales (UI), de l’âge d’un an jusqu’à 70 ans, et à 800 UI après 70 ans. Il n'y aurait aucun avantage à dépasser ces doses.

L’instance gouvernementale demeure aussi conservatrice en ce qui a trait à l’apport maximal tolérable (AMT), qu’elle établit désormais à 4 000 UI par jour pour tous, dès l’âge d’un an. Le taux sanguin souhaitable reste fixé à 50 nmol/l.

Cette réserve injustifiée est décriée par les spécialistes canadiens du calciférol, qui allèguent qu’il s’agit d’augmentations tout juste suffisantes pour assurer la santé du squelette, mais très loin de permettre l’atteinte de taux sanguins assez élevés pour profiter des autres bienfaits de la vitamine soleil. Selon eux, le niveau de preuve apporté par les études épidémiologiques aurait légitimé une hausse colossale des doses préconisées en prévention des maladies d'origine non osseuse.

De nombreux professionnels du monde médical tentent d'ailleurs depuis quelques années d'attirer l'attention sur la problématique du statut en vitamine D dans les pays de l'hémisphère nord.

Un rapport critiqué

Les experts de l’IOM prétendent que l’alimentation comble les besoins en vitamine D non satisfaits par une exposition modérée au soleil, pour la majorité des gens en santé. Élaboré par des spécialistes en nutrition et pourtant basé sur des valeurs prescrites plus faibles, le Guide alimentaire canadien recommande, depuis 2007, la prise de suppléments. C'est pourquoi Santé Canada ne suit pas les directives de l'IOM sur ce point, et suggère aux adultes de plus de 50 ans de prendre 400 UI chaque jour, en supplémentation.

Car peu d’aliments sont des sources de calciférol . Un quart de litre de lait enrichi en vitamine D3, la forme la plus efficace, procure à peine 90 UI, soit 15% de l’ANR des enfants et adultes. Et la consommation de lait tend à diminuer avec l'âge.

La Société canadienne du cancer préconise, également depuis 2007, des apports journaliers de 1 000 UI l’automne et l’hiver, et plusieurs chercheurs américains recommandent jusqu’au double de cette dose, qui pourrait réduire de 75% la mortalité liée aux cancers du sein et du côlon.

Les auteurs d’études reconnues absorbent eux-mêmes de 3 à 4 000 UI chaque jour, et certains sujets ont pris jusqu’à 10 000 UI de vitamine D quotidiennement, pendant plusieurs années, sans ressentir d’effets toxiques. Cette dose correspond à la quantité pouvant être produite naturellement par la peau lors d’une exposition limitée au soleil. C’est pourquoi les scientifiques sont en mesure de croire qu’il s’agirait d’une valeur sécuritaire pour l’AMT.

Importance de mesurer les taux sanguins: la vitamine D souvent oubliée

Réalisée récemment, l'Enquête canadienne sur les mesures de la santé montre qu’une proportion non négligeable de la population ne rencontre pas des concentrations sanguines suffisantes en vitamine D (37,5 nmol/l) pour maintenir une bonne santé des os et des dents, ou est même carencée, particulièrement en hiver.

L’étude rétrospective ADVANCE , publiée en 2010, révèle aussi que près de la moitié des Canadiens souffrant d’ostéoporose ont des taux sanguins de vitamine D trop faibles pour assurer l’efficacité du traitement, malgré une supplémentation.

Au Québec et au Canada, les médecins ne vérifient pas de routine, chez leurs patients, le statut en vitamine D.

Quelques facteurs susceptibles d'en affecter la concentration, tels la prise d'une supplémentation et l'application d'écran solaire, feront incessamment l'objet d'analyses complémentaires dans certains protocoles de recherche.

La supplémentation vitaminique: un marché rentable malgré l’innocuité non prouvée

Les ventes de suppléments de vitamine D représentent plusieurs centaines de millions de dollars annuellement, rien qu’aux États-Unis, et ont presque doublé depuis 2008, suite à l'enthousiasme de nombreux cliniciens.

Pourtant, les bénéfices d’une consommation de fortes quantités de calciférol par rapport à une éventuelle toxicité doivent encore faire l’objet d’investigations poussées avant d'attester que plus veut nécessairement dire mieux, et que soit justifiée une telle popularité.

Il est connu que des concentrations sanguines excédant 10 000 UI entraînent une hypercalcémie pouvant provoquer des dépôts calciques notamment au niveau des reins, du cœur, des poumons et des vaisseaux sanguins.

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