16e rapport de la Fondation Abbé Pierre sur le mal-logement

Constat d'aggravation et propositions pour améliorer les conditions de logement de 3,6 millions de Français. Propriétaires et locataires, tous sont touchés.

La Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés fait appel à des bénévoles et à des professionnels qui, chaque jour, donne de leur temps pour venir en aide aux plus démunis : soutien social aux personnes marginalisées, mobilisations pour défendre le droit au logement, rénovation d'immeubles vétustes inoccupés, actions culturelles, missions d'"espace solidarité-habitat", etc. Toutes ces actions résultent d'une réflexion approfondie et de statistiques récentes, publiées chaque année dans un rapport de la Fondation sur l'état du mal-logement .

Des chiffres alarmants

Cette année, les chiffres parlent d'eux-mêmes : en France, en 2011, plus de 5 millions de personnes sont concernées par des soucis de logement. De plus, on estime que dans un avenir proche, ce chiffre pourrait bien doubler si rien n'est fait pour endiguer cette "crise" du logement.

Plus déconcertant encore, le rapport nous apprend que :

  • 685 000 personnes sont privées de logement ;
  • plus de 2,7 millions de personnes occupent des logements dits "inconfortables" (pas de chauffage, infiltrations d'eau, problèmes d'isolation, électricité défectueuse et/ou absence de coin cuisine ou de point sanitaire) ;
  • 3,2 millions de personnes occupent des logements surpeuplés ;
  • plus de 5 millions de personnes - locataires et propriétaires - ont des impayés vis-à-vis de leur propriétaire ou de leur copropriété ;
  • 3,4 millions de foyers sont dits en situation de "précarité énergétique", autrement dit, ils ont froids et n'ont pas les moyens de chauffer correctement leur logement ;
  • près de 91 000 ménages occupent un logement "sauvage", sans bail de location ou autorisation d'occuper les lieux ;
  • plus de 86 000 gens du voyage n'ont pas accès à une place dans les aires d'aménagement installées à leur intention ;
  • plus de 85 000 personnes occupent des logements de fortune (cabane, caravane, camping,etc.) ;
  • 411 000 personnes habitent chez un tiers.

La crise, seule en cause ?

La France avait été touchée de plein fouet par la crise économique en 2008. Aujourd'hui, l'économie du pays semble repartir peu à peu. Mais le rapport de la Fondation insiste sur le fait que cette crise est née d'un scandale financier dans l'immobilier (la crise des subprimes) et que le secteur de l'immobilier est encore loin de s'en être remis : les loyers sont toujours aussi chers alors que le pouvoir d'achat des Français a baissé; les prix à l'achat ont sinon stagné, continué à grimper. Et les conditions d'occupation des logements ont bien souvent empiré. Aussi, la crise du logement, qui ne concernait autrefois que les plus démunis, touche aujourd'hui aussi la classe moyenne de la population, elle-même dans un état de précarité qu'elle ne connaissait pas ou peu avant la dernière crise. Le médiateur de la République estime que 15 millions de personnes équilibrent leurs comptes de fin de mois à 50 euros près.

Mais le rapport signale aussi que la crise n'est pas seule en cause. En effet, les récentes mesures du gouvernement (privatisation du parc immobilier, réorganisation des prestations de la CAF avec le RSA et l'AAH, multiplication des expulsions) ont contribué à une aggravation de la précarité et à une fragilisation de ceux qui étaient jusque là épargnés.

Les propositions de la Fondation pour endiguer le mal-logement

Certes, le rapport de la Fondation dénonce l’ "état d’urgence" concernant la situation du logement. Mais "ce n’est pas parce que l’on découvrirait aujourd’hui la crise qui touche ce secteur et ses conséquences, mais plutôt parce que celle-ci, renforcée par la crise économique, prend un caractère des plus inquiétants tant dans ses effets que dans ce qu’elle révèle de l’inefficacité des politiques menées pour la contrer." (Cf. le paragraphe d'introduction des propositions du rapport)

Pour endiguer cette crise majeure, le rapport propose donc 4 mots d'ordre :

  1. "Produire/capter massivement et sans délais des logements, car chacun doit pouvoir être logé dignement"
  2. "Maîtriser les prix et réguler les marchés, car le logement n’est pas un bien comme les autres"
  3. "Construire une ville de qualité, équitable et durable : un impératif pour vivre ensemble"
  4. "Combattre et prévenir les facteurs d’exclusion et d’inégalités pour en finir avec le mal-logement"

On constate donc que si l'abbé Pierre lui-même n'est plus là pour aider les plus démunis, son esprit est cependant encore bien vivant, et la révolte n'a pas fini de gronder pour améliorer les conditions de logement en France.

CONT12

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