Centrale nucléaire de Fukushima Daiichi: les dangers à venir

Après Tchernobyl et Three Miles Island, l'accident de Fukushima n'est pas sans conséquence pour la planète. Gestion des informations et retombées en France.
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Le Japon et ses 127 millions d'habitants menaient une vie bien tranquille, placés en tête des puissances économiques mondiales, jusqu'à ce qu'un violent séisme touche de plein fouet la côte est de l'île Honshu, la principale du pays, entraînant une série de catastrophes, notamment dans les centrales nucléaires, et dont les conséquences ne sont pas sans danger pour le Japon, certes, mais aussi pour la planète toute entière.

Rappel des faits et situation actuelle

Suite à un séisme d'une intensité extrême, la centrale de Fukushima Daiichi, sur la côte est du Japon, est endommagée. A ce jour, 4 des 6 réacteurs nucléaires sont touchés et si les explosions se sont multipliées sur le site , ce qui reste le plus inquiétant est bien le fait que les agents de Tepco (la société d'électricité en charge du bon fonctionnement et de l'entretien de cette centrale) ont à l'heure actuelle épuisé tous les moyens connus pour tenter de refroidir les barres d'uranium usagées - mais fortement radioactives – qui menacent alors de répandre dans l'air les particules nocives. Certaines piscines manquent d'eau, d'autres sont fissurées et présentent des fuites. Jeudi encore, des hélicoptères chargés de déverser de l'eau de mer dans les silos de confinement ont été obligés de rebrousser chemin en raison d'une radioactivité trop élevée. « Si les barres de combustible ne sont pas refroidies, elles risquent de fusionner et d'endommager le cœur du réacteur », annonçait ce vendredi matin un journaliste de Radio Canada . On peut alors imaginer le pire pour les populations comme pour l'environnement si tel était le cas. Et encore, les informations diffusées par les médias sont aujourd'hui centrées autours de la seule centrale de Fukushima Daiichi, mais celle d'Onagawa, un peu plus au nord sur la côte est, a elle aussi été endommagée lors du séisme...

Un discours au jour le jour

A l'heure actuelle, cet accident nucléaire est jugé grave et très préoccupant par les autorités et les instances nucléaires mondiales ( AIEA en tête). Mais le manque de recul – et sans doute aussi d'informations - est tel que des communiqués contradictoires sont diffusés.

Pour exemple, Eric Besson, ministre français de l'Industrie, annonçait le 13 mars lors d'une conférence de presse que l'on avait affaire à « un accident grave, mais pas une catastrophe nucléaire ». Prenant le soin de préciser que « Ça n'a rien à voir avec Tchernobyl » et qu'il fallait faire attention « à ne pas sonner un tocsin qui n'existe pas à l'heure où l'on parle ». Certes, l'accident n'est pas du même type qu'à Tchernobyl il y a 25 ans, mais le commissaire à l'énergie Günther Oettinger parlait tout de même le 15 mars «d'apocalypse», n'excluant pas « le pire dans les heures et les jours à venir ». Et aujourd'hui, la France met en place tous les moyens afin d'évacuer ses ressortissants au Japon. L'histoire des accidents de centrales nucléaires de Decatur en 1975, de Three Miles Island en 1979 ou de Tchernobyl en 1986, pour ne citer qu'eux, ne nous ont-ils pas appris que les dangers de la radioactivité étaient à prendre en compte autant à court qu'à plus long terme? Quoi qu'il en soit, cet accident majeur à l'autre bout du monde semble avoir relancé le débat du nucléaire en France et François Fillon promettait dès hier de s'atteler au problème de l'avenir et de la sécurité du nucléaire dans notre pays.

Des retombées en France et sur les territoires français?

Dans Le Parisien du 17 mars 2011 , le journaliste Vincent Mongaillard rapporte les propos de Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre française de l'Ecologie: « Si on va au bout du scénario catastrophe, l’accident nucléaire de Fukushima pourrait entraîner des retombées radioactives dans l’Hexagone, mais à des niveaux ne posant pas de problème sanitaire »... Alors que le président de la République affirmait il y a deux jours, le 15 mars, lors d'un déplacement dans le Tarn-et-Garonne, que les événements survenus dans les centrales nucléaires au Japon était « absolument dramatiques », « d'une ampleur considérable », et qu'il ne fallait « en aucun cas les minimiser ». Cependant, comme nous l'indique Jérôme Lecou, ingénieur prévisionniste à Météo France, « la pluie a aussi son mot à dire. Les précipitations peuvent faire retomber les particules vers le sol, dans l’océan par exemple ». Il faudrait alors, si l'on réside en métropole en ces temps de mondialisation, faire attention aux produits de la mer que nous mettons dans nos assiettes.

De même, si les particules radioactives, en suspension dans l'air, auront tendance à se disperser dans leur course autour du monde, il n'en reste pas moins vrai que le vent prend aujourd'hui la direction des côtes américaines, du Canada et de Saint-Pierre et Miquelon. Et jeudi, le gouvernement a commandé l' envoi sur en Polynésie de 500.000 pastilles d'iodes , ces fameuses pastilles que les Polynésiens attendent depuis près de 30 ans, depuis que la France elle-même a commencé ses essais nucléaires dans le Pacifique sans se soucier des populations.

Enfin, Jean-Marc Peres, chef de service de surveillance de la radioactivité dans l’environnement à l’ IRSN , affirme qu'« il est fort probable que l’on détecte le passage du nuage à partir de la semaine prochaine sur notre territoire ». Et seul l'avenir nous dira si les particules radioactives de ce nuage seront suffisamment dispersées pour rester au-dessous du seuil de tolérance pour notre santé.

Sans s'affoler pour autant, il y a fort à parier que cet accident survenu au Japon aura des conséquences à l'échelle mondiale et que la surveillance sera renforcée sur toute la planète pour les années à venir.

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