Hausse du pétrole : rien ne sert de courir

Suite aux événements en Libye, le prix du baril a soudainement augmenté avec, pour conséquence, une hausse des prix immédiate en France. Comment réagir ?

Ces derniers jours, le colonel Kadhafi, bien que désavoué par ses pairs à l'ONU, a réprimé les manifestations de sa population contre le régime en place avec toujours plus de violence. Immédiatement, il s'en est suivi une hausse record du pétrole dans les pays importateurs, dont la France. À l'occasion du Salon de l'agriculture, les éleveurs de porc, notamment, ont réagi, craignant, du coup, de devoir eux aussi augmenter leurs prix, sous peine de voir leurs exploitations sombrer.

Pourquoi le pétrole augmente ?

L'opinion publique craint évidemment les difficultés d'approvisionnement dans des pays au bord de la guerre civile, comme c'est le cas actuellement en Libye, mais aussi au Yémen et à Bahreïn, et récemment, en Égypte ou en Tunisie. Les dictatures du Moyen-Orient s'enflamment, le peuple criant sa révolte contre la répression et la corruption des pouvoirs en place.

Mais si les pays producteurs de pétrole et de gaz liquide stoppent un moment leur production ou ont effectivement des problèmes de raffinage et d'acheminement du fait des grèves et des manifestations dans leurs pays, ils ont néanmoins des réserves, tout comme les pays importateurs. Aucune raison, donc, pour que le baril atteigne soudain un prix exorbitant (le 21 février : 63,01 euros le baril, soit 0,396 euros le litre, avec une tendance à la hausse), au risque de mettre en péril l'économie des pays importateurs.

La Bourse, cependant, s'affole, car les investisseurs redoutant sans doute que la crise au Moyen-Orient dure, cherchent inévitablement :

  • à "retirer leurs billes" du marché en faisant s'effondrer les cours des énergies fossiles,

  • ou à faire monter les prix par crainte de la raréfaction prochaine de cette source d'énergie.

Un lourd retentissement en France

Les réactions en chaîne suivent alors. Si le pétrole augmente, il en va de même pour les prix à la pompe. Immédiatement, les transports de grosse envergure, pour des produits comme le blé, font de même. Les suivants à être touchés sont alors les éleveurs - déjà malmenés par la situation difficile de l'agriculture et de l'élevage en France. Ils sont alors obligés à leur tour de monter leurs prix pour compenser une hausse de leurs coûts à laquelle ils ne peuvent faire face autrement. Viennent ensuite les industries grandes consommatrices d'énergie ou de transport, les circuits de distribution dans l'alimentation, par exemple, qui n'ont alors eux aussi pas d'autre solution que d'augmenter leurs prix.

Et nous, et nous, et nous ?

Au bout de la chaîne, le consommateur ne sait comment réagir. Un "réflexe" de la mémoire collective (en souvenir des temps de guerre où les denrées se faisaient rares et chères) fait que les gens se mettent à stocker tant qu'ils peuvent encore acheter. On l'a vu à la rentrée dernière, pendant les grèves et manifestations contre le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Carburant, farine, lait, sucre, pâtes, les rayons des aliments dits "de base" dans les supermarchés peuvent parfois se vider en un week-end.

Mais là n'est pas la solution, car cela entraîne une pénurie bien plus rapide et ne fait qu'inciter les prix à s'envoler encore. Et lorsque les prix augmentent en France, l'expérience a trop souvent prouvé que si le contexte politique mondial devient ensuite plus clément, ces mêmes prix diminuent fort peu, et fort peu souvent. Si les pouvoirs s'en tirent sans trop de dommages, les consommateurs, quant à eux, ne peuvent plus suivre l'inflation galopante et le seuil de pauvreté ne fait qu'augmenter.

Rien ne sert de courir, donc, à la supérette de votre village ou au grand centre commercial de votre quartier pour y dévaliser les rayons, les prix risqueraient d'augmenter encore plus, à moins de vouloir nourrir des pays d'Afrique où la famine est bien réelle.

Sur le même sujet