Restaurer un mur en pierres apparentes

Creuser les murs, faire les joints à la chaux, au sable ou à l'argile, et nettoyer les pierres pour retrouver un mur à l'ancienne : une opération délicate.
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Il est courant, lorsqu'on achète une maison ancienne, de trouver des murs intérieurs crépis, cimentés ou simplement recouverts de plâtre. Ces murs, vestiges d'une époque où tout mur digne de ce nom se devait d'être lisse, couvert d'une ou deux couches de tapisserie, voire d'une ou deux couches de peinture supplémentaire, ne sont plus à notre goût. La tendance actuelle, en décoration d'intérieur, tend à vouloir leur redonner leur aspect naturel et originel, ce qui nécessite tout de même quelques précautions.

Avant de tout casser

Il sera préférable de mettre à nu les murs porteurs plutôt que les cloisons qui, moins solides, pourraient bien s'effondrer sous les coups de marteau répétés. Selon que le mur est en tuffeau (la pierre dite de Loire), en schiste, en granit ou en pierres de récupération d'origines et de résistances diverses, les outils à employer ne seront pas les mêmes.

Dans le cas de pierres résistantes comme le schiste ou le granit, un piqueteur électrique simplifiera la tâche sans risquer d'abîmer les parements (la face apparente des pierres). Si le mur est en pierre plus friable ou plus fragile (ce qui est le cas du tuffeau), le piqueteur pourrait avoir des effets dévastateurs; il sera alors préférable, pour ne pas endommager la pierre, d'utiliser massette, marteau, burin et huile de coude, pour ôter l'épaisseur masquant la pierre, en faisant attention à ne pas enlever la pierre ou une partie de cette dernière.

Le piquetage, quel qu'il soit, permet de dégrossir le travail avant de s'attaquer au vieux jointoiement. Les murs en pierre dure (schiste, granit, silex, etc.) se feront en finition, mais si le mur est en tuffeau (ou une autre matière fragile), il conviendra de passer un chemin de fer (une plaque de bois munie de stries dentées et dans des sens opposés) plus ou moins cranté selon l'aspect désiré. Cette opération nécessite une délicatesse afin de ne pas entamer la pierre au-delà de ce qu'on voudra qu'elle dépasse au final. Nettoyez ensuite à la brosse fine afin d'ôter toute la poussière de tuffeau.

Jusqu'où creuser les joints

Les joints entre les pierres, selon leur ancienneté, seront en terre battue (généralement de couleur ocre), en ciment, parfois en plâtre ou à la chaux, en sable mêlé à de la paille (voire du journal, ce qui permettra, sans aller aux archives de la ville, de consulter les nouvelles du siècle passé!). Ils devront être creusés entièrement si cela s'effrite ou en partie, jusqu'à un ou deux centimètres en-deçà du parement.

Choisir l'aspect des joints

Selon la teinte et la granulométrie désirée, les possibilités sont multiples, et souvent à base de mélanges. L'étape de rejointoiement se fera donc d'une traite, afin d'être certain d'obtenir la même teinte et le même grain pour tout le mur à restaurer. En matière de décoration "à l'ancienne", les fournisseurs ont considérablement élargi la gamme des matériaux et des coloris ces dernières années. Mieux vaut, pour être sûr d'obtenir l'effet voulu, bien se renseigner auprès des enseignes de ventes, car la teinte peut foncer ou au contraire, s'éclaircir avec le séchage et le temps. Deux techniques sont couramment utilisées:

  • les joints dits "à la chaux": un mélange de chaux éteinte, de sable (fin, plus ou moins granuleux, plus ou moins teinté naturellement) et d'eau avec, ou non, un pigment colorant. Cette technique nécessite d'avoir déjà une expérience en maçonnerie à l'ancienne pour doser les mélanges de façon juste;
  • l'argile: un matériaux naturel, lui aussi, qu'on achète généralement en sacs tout préparés où il n'y a qu'à ajouter l'eau.

Refaire les joints

Le mur, une fois restauré, doit être à votre goût, mais n'oubliez jamais qu'il doit avant tout tenir son rôle de mur et donc, être maçonné entièrement.

Une fois qu'on aura défini si l'on veut laisser un maximum de pierres apparentes ou seulement quelques parements: une fois le mélange prêt (ni trop liquide, ni trop sec et surtout, sans grumeaux), armé d'une large truelle, il suffit de procéder par carrés de 50 cm2. Commencez par humidifier la surface à rejointoyer avec un vaporisateur afin d'aider l'enduit à adhérer aux joints restants. Étalez ensuite la "pâte" de joints et troquez votre large truelle contre une plus fine afin d'aller remplir les interstices au maximum, en débordant sur les pierres. Une fois que le premier carré est fini, recommencez le même travail sur un nouveau carré, puis revenez ensuite au premier (qui aura eu le temps de sécher un peu) pour nettoyer grossièrement les pierres à l'aide d'une brosse souple, sans enlever d'enduit dans les interstices. Et ainsi de suite, jusqu'à finir tout le mur.

Nettoyer les pierres

Les joints auront reposé et commencé de sécher (ils seront secs en apparence) après une bonne nuit de repos. Commence alors le travail de finition pour redonner de l'éclat aux pierres fatiguées. Le produit magique est l'acide chlorhydrique, vendue diluée en flacon, qu'il conviendra de diluer encore selon le degré déjà indiqué. Et, tel l'artiste, c'est au pinceau que cette opération se mène, car chaque pierre se nettoie une par une. De même, elle se rince à l'eau claire et s'essuie aussitôt après, afin que la solution corrosive cesse d'agir sur la pierre.

Une opération longue, certes, mais qui vous fera retrouver le charme des vieilles pierres et redonnera à votre mur ses allures d'antan.

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