Thomas Fisch : un cinéaste au coeur de l'Afrique

Il se définit comme un "p'tit gars qui aime bien parcourir le monde avec sa caméra" et ramène de ses voyages de très belles images animées. Découverte.
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Tourner des images au Niger à titre documentaire semble inconcevable aujourd'hui au regard de l'actualité brûlante et terrifiante associée à ce pays depuis plusieurs mois maintenant. Pourtant, il mérite qu'on s'y intéresse autrement. Des femmes, des hommes, des familles y font vivre et perdurer une culture pas toujours bien appréhendée par notre oeil occidental finalement peu habitué à envisager l'autre. Thomas Fisch est allé dans le Sahel à la rencontre des peuples du désert.

Un travail de documentariste au contact des pasteurs sahéliens

Malgré des voyages courts et donc des contacts limités dans le temps avec la population qu'il observe, Thomas Fisch parvient à établir une proximité sans artifice avec les peuls, pasteurs du désert qu'il suit dans la brousse. A leurs côtés, il épouse leur mode de vie nomade et dépouillé ce qui lui permet d'imposer sa caméra tout en parvenant à la faire oublier. Les films documentaires qu'il en a ramenés témoignent d'une approche ethnologique fondée sur un questionnement sous-jacent autour de la culture peule et de son évolution au contact d'autres peuples, européens ou touaregs.

L'absence d'une convergence linguistique suffisante avec les nomades qu'il suit au cours de son périple pastoral est une difficulté supplémentaire qui renforce la véracité et la légitimité du travail documentaire de Thomas Fisch. Les images parlent d'elles-mêmes, et ce n'est qu'en fin de voyage que les propos captés par la caméra ont finalement été traduits avec l'aide de jeunes peuls.

D'un quotidien tout simple à des traditions ancrées

De l'heure du thé au baptême d'un nouveau né rasé pour l'occasion, Thomas Fisch est parvenu à capter des moments de vie des peuples du désert et en a fait des courts-métrages riches et limpides à la fois.

En revanche, il a du batailler pour obtenir l'autorisation de filmer la cérémonie du Guéréwol, folklore dont les peuls wodaabes ont parfaitement conscience et veulent protéger. Le Guérewol est une façon symbolique de régler un conflit entre deux tribus autour du sacrifice rituel d'un jeune taureau. Le cérémonial se poursuit avec des danses d'hommes soigneusement maquillés et coiffés.

A la recherche d'un mode de vie dépouillé de tout artifice

Derrière ces images qui restent lumineuses transparaît l'adhésion du cinéaste aux "choses simples de la vie pastorale : le bruit du vent, les beuglements des vaches, le goût de la pâte de mil, les chants et les rires de mes hôtes". Thomas Fisch trouve "dans ce coin perdu du bout du monde une quiétude qui met toute chose à sa place et où les hommes sont heureux".

C’est peut-être ce bonheur de vivre au sein de la nature que je suis venu chercher" admet-il dans ses carnets de voyages , malgré des conditions de confort difficiles pour un européen et des conditions d'organisation parfois décourageantes. L'absence de guide ou de dromadaire rend hypothétiques les départ et allongent les attentes. Chaque plan, chaque mise au point, chaque découpage repousse les limites artistiques et logistiques.

Thomas Fisch considère sa caméra comme un simple outil pour révéler l'humanité d'un sujet. Et ceux qu'a choisi d'explorer ce cinéaste aujourd'hui âgé de trente-sept ans sont porteurs de sens.

Pour en savoir plus :

Les films documentaires de Thomas Fisch tournés au Niger sont disponibles sur Daylymotion :

http://www.dailymotion.com/dartwiller2

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