Amour et haine aux Jeux Olympiques de Melbourne (1956)

Rixe sanglante dans la piscine olympique, coup de foudre Est-Ouest, drôles de Jeux Olympiques que ceux de Melbourne (1956)

Fond de tension internationale, rivalités exacerbées mais aussi amour et paix, les Jeux Olympiques de Melbourne ont été le théâtre des passions les plus antinomiques. Quand politique et sport s'emmêlent!

Un contexte historique pesant

Pour la première fois, l'hémisphère Sud hérite avec Melbourne en 1956, de l'organisation des Jeux Olympiques. Pas forcément un cadeau : Il faut dire que la situation internationale en cet automne 1956, est particulièrement tendue. En pleine crise du Canal de Suez, l'Egypte a décidé de boycotter les Jeux pour protester contre l'invasion d'Israël, imitée dans sa démarche par l'Irak et le Liban. Egalement au bord de l'implosion, les relations Est-Ouest. Et pour cause, quinze jours avant l'ouverture des Jeux, au coeur de Budapest, l'URSS vient de réprimer dans le sang une vague d'insurrection initiée par la Pologne et relayée par la Hongrie, contre le régime communiste en place. Solidaires de l'infortune des deux nations, Pays-Bas, Suisse et Espagne ont refusé de faire le déplacement à Melbourne.

Bain de sang dans la piscine olympique

Le silence réprobateur qui a accompagné le défilé de la délégation soviétique lors de la traditionnelle cérémonie d'ouverture en dit long sur le capital sympathie dont bénéficient les Russes. Le public en revanche a multiplié les signes de connivence en direction des athlètes hongrois. Mais l'animosité latente entre les deux nations n'a guère eu jusqu'ici loisir de s'exprimer sur le terrain de jeu.

Les circonstances vont en décider autrement : le 6 décembre 1956, les demi-finales de l'épreuve de water-polo mettent en effet aux prises Soviétiques et Magyars. Au grand dam des Russes, les Hongrois dominent largement les débats et, à quelques minutes du terme de la partie, leur victoire ne fait plus aucun doute. Que se passe-t-il alors dans la piscine? Le Hongrois Ervin Zador cède-t-il à la tentation gratuite de provoquer verbalement son adversaire? Ou réagit-il au marquage trop strict que lui impose le Russe Valentin Prokopov? Toujours est-il qu'une rixe violente éclate entre les deux hommes. Pour le dire en termes plus imagés, on s'étripe allègrement dans le bain! En témoigne le faciès ensanglanté de Zador -l'image a fait depuis le tour du monde- au moment où il sortira de la piscine.

Les partenaires respectifs ne se sont pas contentés de regarder et le singulier duel a dégénéré en pugilat collectif. L'arbitre a dû interrompre prématurément la partie. Mais les spectateurs ne veulent pas en rester là et c'est maintenant toute l'équipe soviétique qui est menacée de lynchage par une foule férocement hostile. Les forces de l'ordre doivent même intervenir pour éviter le pire. Pour la petite histoire, les Hongrois enlèveront le titre olympique quelques jours plus tard. Et c'est plus de la moitié de la délégation hongroise qui refusera de rentrer au pays à la fin des Jeux!

Coup de foudre

Les relations passionnelles heureusement ne sont pas toujours conflictuelles. La preuve, les Jeux de Melbourne furent aussi le théâtre d'une fulgurante et improbable idylle entre un lanceur de marteau et une lanceuse de disque. Rien d'extraordinaire à cela sans doute, les deux disciplines étant par nature compatibles. Plus étonnant, Harold Connoly et Olga Fikotova tous deux sacrés champions olympiques à Melbourne étaient américain et tchécoslovaque. Et, en pleine guerre froide, la romance fit couler beaucoup d'encre. Le mariage fut officialisé à Prague le 27 mars 1957 car le bel Harold n'hésita pas à franchir le rideau de fer pour épouser sa bien-aimée avant de l'emmener vivre à Boston! Une spécialiste des voyages au long cours, la jolie Olga...

Le retour rocambolesque de la délégation tchécoslovaque

Oui, laissons Olga et Harold savourer leur union (devant 30 000spectateurs massés sur la place de la vieille ville à Prague) pour revenir quelques mois plus tôt à Melbourne avec la seule jeune femme. Les Jeux viennent de s'achever et la cérémonie de clôture a réuni pour la première fois de l'histoire toutes les nations confondues. L'esprit bercé de rêves et de promesses, Olga s'apprête à reprendre l'avion militaire français qui doit rapatrier la délégation tchécoslovaque au pays. Tout juste remarque-t-elle la mine déconfite d'Emil Zatopek qu'Alain Mimoun a terrassé dans l'épreuve du marathon (ce sera la seule médaille française en athlétisme). C'est alors que se produit l'irréparable : panne de l'avion tricolore. Une solution de repli est envisagée : les Tchécoslovaques reviendront au pays par voie maritime d'abord, ferroviaire ensuite, en compagnie de l'équipe soviétique. Le début d'une aventure extraordinaire.

Trois semaines sur l'Océan Pacifique pour rejoindre Vladisvotok, une semaine dans le Transsibérien pour gagner Moscou... Entre-temps, les réveillons de Noël et de la Saint-Sylvestre... Le voyage retour initialement prévu en deux jours s'étire dans le temps. Au grand dam des athlètes? Pas du tout, à en croire Dana Zatopkova (épouse d'Emil Zatopek et future témoin d'Olga lors de son mariage), qui faisait partie de l'expédition :"Qui a la chance dans sa vie de pouvoir faire un tel voyage? Ce fut extraordinairement intéressant." On savait vivre, en ce temps-là!

SOURCES : 1. Un siècle de Jeux Olympiques (1896-1996 ), de Raymond Pointu

2. Net : JO Modernes ( http://franceolympique.com/cat/25-jeux_olympiques.html )) °

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