Le cincle plongeur, un oiseau unique

Singulier oiseau que le cincle plongeur. La nature a doté ce chasseur subaquatique d'une combinaison amphibie.
19 Déc
12

A Jean-Luc

L’observation ornithologique est école de patience et d’humilité : les longues heures passées dans la nature ne sont pas toujours couronnées de succès. Longtemps le long des tumultueux cours d’eau pyrénéens du pays basque, j’ai guetté le cincle plongeur. J’ai scruté en vain la silhouette typique du passereau amphibie dans les cascades et les torrents impétueux. Mais c’est sur le versant espagnol, en Aragon, dans le majestueux canyon d’Ordessa, que ma douloureuse obsession a été comblée.

Identification

Le chant du torrent est associé dans mon souvenir à la découverte de l’oiseau. Il est posé sur un promontoire rocheux au bord de la rivière gonflée par les pluies d’orage. Très nerveux, comme mû par un ressort, il hoche frénétiquement la partie supérieure de son corps.

Sa taille n’excède guère celle d’un merle. Typiques son corps dodu et trapu, sa queue courte dressée, sa coloration contrastée : au plastron blanc pur s’opposent la tête brune et le ventre châtaigne, le dos gris ardoise. Son identification ne fait aucun doute mais sa nervosité rend l’observation délicate. Le mimétisme avec le milieu fréquenté est frappant. L’oiseau caméléon épouse les couleurs du torrent et même la gorge blanche se fond dans l’écume.

Répartition

La montagne est son royaume et il est bien représenté dans les Alpes, les Pyrénées, le Massif Central ou le Jura. Mais sur les plateaux de Bourgogne, Champagne ou Lorraine également. La rigueur hivernale poussant parfois cet oiseau sédentaire à abandonner provisoirement les sommets.

Le passereau est inféodé au milieu aquatique. Son royaume : les eaux claires, les rivières à cours d’eau rapide, les torrents dont il ne s’écarte que rarement. Avec une prédilection marquée pour les fonds rocheux et sablonneux. Il aime à suivre d’un vol rapide, direct et bas, les ailes vibrantes, le lit des cours d’eau.

Mais c’est sa technique de chasse singulière qui en fait un oiseau à part : le cincle (Cinclus cinclus) peut en effet plonger, nager et marcher sur le lit du torrent, à contre courant de préférence.

Amours et chasse

Dans sa quête subaquatique de larves d’insecte, de petits crustacés ou de mollusques, l’oiseau se plaque à même le fond sous-marin pour intercepter sa proie ou fouiller le lit. Au bout de 15 secondes, il en ressort le plumage toujours sec. La nature l’a doté d’une glande, proche du croupion, qui sécrète une matière grasse dont il s’enduit le plumage avant de plonger. Les gouttelettes glissent ainsi sur son plumage sans jamais le mouiller. Et quand il est immergé, une membrane nictitante blanchâtre protège ses yeux du contact avec l’eau.

En matière de séduction, ses mœurs diffèrent sensiblement de celles de ses congénères : d’ordinaire, le chant sert pour le mâle à affirmer son territoire et séduire sa belle. Chez le cincle, mâle et femelle sont sur la même longueur d’onde : tous deux chantent et leur babillage nerveux, parfois émis en vol, est audible tout au long de l’année.

Nidification

A la belle saison, l’élaboration du nid semble être partagée par le couple. Le nid de mousse globuleux, espèce de boule sphérique à ouverture latérale donne généralement sur le torrent : sous l’arche d’un pont, dans un trou de rocher ou de mur surplombant l’eau. En Alsace, on signale la situation extraordinaire d’un nid appliqué à un rocher derrière une cascade. Douche obligatoire pour accéder au site. La femelle, ravitaillée par le mâle, y couve ses 4 ou 5 œufs blancs. Une deuxième ponte n’est pas rare lorsque les conditions sont favorables.

Lorsque les oisillons sont nés, les parents veillent à leur protection et, pour écarter d’éventuels prédateurs, ils prennent soin d’emporter au loin les excrétions de leurs rejetons qui souillent les abords du nid. Au bout de trois semaines, les jeunes prennent leur envol. 15 jours encore et ils seront émancipés. Leur silhouette rappelle déjà celle des parents mais dessus comme dessous, c’est un gris écailleux qui les habille. Dès le premier automne, ils revêtiront leur plumage définitif. Leur longévité peut atteindre 8 ans.

La pollution de l’eau, l’endiguement des rivières, le remplacement des vieux ponts en pierre par des ponts en béton aux parois lisses constituent autant de menaces pour le cincle. Sa présence est en tout cas un excellent baromètre de la qualité des eaux.

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