Le fitness, le nouveau fast-food corporel

La multiplication des salles de gymnastique - pardon de fitness ! - est en passe de devenir un vrai phénomène de société révélateur de notre mode de vie.

"Il faut bouger !" L’injonction serinée par des pouvoirs publics toujours plus soucieux du bien-être de leurs concitoyens a fini par porter ses fruits : obsolète la sieste réparatrice à l’heure du déjeuner ! Pour combler l’insupportable vacuité de la pause de midi et éviter de s’engourdir dangereusement les muscles (et les méninges), direction l’atelier fitness.

Fitness et gymnastique

Mais de quoi s’agit-il au juste ? Et comment expliquer l’essor brutal de ces centres de remise en forme made in USA? Car le concept n’a a priori rien de révolutionnaire. Dans les années 80, Véronique et Davina faisaient déjà suer des millions de ménagères à travers le prisme du petit écran. En musique et avec le sourire. Oui mais si nos deux novatrices, à l’heure du petit déjeuner, s’invitaient dans l’intimité de votre salon, ce sont maintenant les particuliers (davantage les particulières d’ailleurs, car la clientèle est majoritairement féminine) qui affluent vers les salles de gymnastique.

L’appellation est d’ailleurs inappropriée car ce ne sont plus des salles de gymnastique mais des ateliers de fitness. Le voilà le premier (et peut-être le seul) bouleversement: le changement de dénomination. Quand le terme "gymnastique" suintait la transpiration acide, "fitness"suggère la promesse d’une jeunesse éternelle.

Particularités du fitness

La transformation a dirait-on touché le personnel encadrant. Le professeur a cédé la place à un coach en paillettes monté sur ressorts qui s’agite frénétiquement, donne de la voix sans mollir et interpelle nommément les élèves coupables d’un avachissement passager. En musique s’il vous plaît !

Le salut, pour échapper à la vindicte du DJ: le changement d’activité. Car, d’une minute à l’autre, vous pouvez passer de l’atelier buste à l’atelier step (il vous faudra gravir 150 fois une marche d’escalier récalcitrante). Et si d’aventure, l’animateur de l’atelier fesses vous semble plus complaisant ou si vous comptez travailler plus particulièrement cette partie de votre anatomie, rien ne vous interdit d’y prolonger le passage. C’est la souplesse de la formule et la variété des activités qui séduisent les habituées des salles. Le must, le "circuit 30 minutes" proposé par bon nombre de centres, qui permettrait de régénérer les sédentaires les plus endurci(e)s.

Le prix de la forme

Il reste que la forme et la beauté ont un prix. Un coût qui s’élèverait selon les clubs et l’appareillage, de 20 à 45 euros par mois. Cependant, bon nombre de directeurs de salles exigeront un engagement à l’année. Et pour vous exhorter à signer le contrat, on vous fera miroiter la possibilité de disposer en autonomie et à volonté des installations de la salle. Rentable ou non ? A chacun de voir !

Fitness en salle ou gym à domicile?

Phénomène de mode ou culture promise à s’ancrer durablement dans les mœurs, la vogue du fitness tel qu’il est pratiqué soulève quelques problèmes :

Dans une vie quotidienne qui repose déjà sur le rythme et la vitesse, les circuits fitness risquent à terme de générer tension et stress. Tout le contraire du résultat escompté.

Pourquoi vouloir absolument meubler (puisque c’est à l’heure de midi que les salles font le plein) un moment de pause qui se devrait convivial par une activité physique débordante ?

Est-il vraiment nécessaire de fréquenter une salle de fitness pour sculpter son corps ? A domicile, à moindre coût, vous disposez sans doute d’un escalier, d’un lecteur CD et d’un appareil propre à renforcer votre musculation. Et comme la pernicieuse émulation ne jouera pas, vous pourrez travailler à votre rythme… Ouf !

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