Un couple de faucons pèlerins habite la Sagrada Familia

Un peu partout la réintroduction dans nos cités du faucon pèlerin, cet emblématique rapace, est couronnée de succès. Exemple à Barcelone.
15 Déc

Menacé d’extinction dans les années 1950 par les persécutions directes ou indirectes (l’utilisation massives de pesticides notamment qui fragilisaient la chaîne alimentaire) dont il était victime, le magnifique rapace qu’est le faucon pèlerin ( Falco peregrinus ) connaît aujourd’hui partout en Europe une expansion encourageante.

Le faucon dans la cité

Non seulement cet oiseau de proie colonise de nouveau ses anciens sites de prédilection (les falaises maritimes bretonnes par exemple) mais les ornithologues, pour favoriser son essor, ont aménagé au cœur des villes des sites propices à sa nidification.

Des tentatives couronnées ici et là de succès. C’est que pour peu qu’on lui ménage un peu de tranquillité au sommet des édifices urbains qu’il affectionne, le faucon pèlerin dispose en ville d’un garde-manger conséquent : ce rapace de haut vol s’est en effet spécialisé dans la chasse aux oiseaux et les pigeons ne manquent pas dans nos cités.

La Sagrada Familia pour refuge

C’est ainsi que dans les années 2000, quelques faucons élevés sous contrôle ont été lâchés à Barcelone même. Les ornithologues catalans espéraient également réguler ainsi une population de 180 000 pigeons dans la ville. Opération réussie, Un couple habite même la Sagrada Familia, à 80 mètres du sol.

Une attention toute particulière lui est accordée et une webcam astucieusement installée sur l’aire même de nidification offre la possibilité aux amoureux de l’espèce d’observer à la belle saison les moindres faits et gestes de ce couple royal. Que peuvent espérer les internautes voyeurs ? Au mieux un accouplement furtif si la femelle se montre coopérative. Au pire une longue attente car, au moment de la couvaison, l’immobilité du faucon calé sur ses œufs est gage de réussite. En réalité, l’observateur est convié à l’école de la vie animale : une leçon de patience. Car la vie du pèlerin est alternance de temps forts et de temps morts. La monotonie de la journée est toutefois entrecoupée par les visites du mâle qui vient nourrir sa belle.

Vie et mort du pèlerin

La naissance des oisillons peut être suivie en direct, ainsi que leur lente évolution avant l’envol. Témoin privilégié de ces moments intenses, le photographe animalier Laurent Geslin a obtenu l’autorisation d’approcher les oiseaux non loin de l’aire. De ces instants d’observation, il garde des souvenirs émerveillés : il raconte les chasses nocturnes du faucon à la lumière des réverbères lorsque passent nuitamment des migrateurs, la quête fructueuse du pèlerin couronnée par l’arrivée de goélands charognards déterminés à chaparder sa proie au faucon, la délicatesse des martinets au moment de dérober à la volée sur le cadavre encore chaud des victimes, une ou deux plumes destinées au confort de leur nid, le faucon dépeçant sa proie sur les croix de Gaudi…

La réussite de la nidification est souvent au rendez-vous. Parfois en revanche, c’est le drame. En 2010, la femelle a ainsi péri accidentellement alors qu’elle chassait pour ravitailler sa progéniture. Le mâle seul ne pouvant assurer la survie de 3 oisillons, 2 d’entre eux lui ont été retirés pour être confiés à une autre femelle sur un autre site.

Un peu partout en France, des tentatives de réintroduction similaires ont lieu : à titre d’exemple, la nidification du faucon serait en bonne voie sur une tour de la Défense. Observer un tel oiseau en ville… les citadins ne mesurent pas leur chance !

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