Comment sortir de l'ennui mortel?

La crise et le chômage font que les journées des français deviennent très longues et la solitude peut s'emparer de nous. Comment éviter la déprime, l'ennui?
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Avez-vous déjà fait une crise de nerfs en faisant en queue pour entrer dans un musée? Êtes-vous toujours en retard aux rendez-vous? Ou bien vos journées vous paraissent très longues, ou parfois trop rapides? Tout cela est lié à notre relation au temps, car même si nous le mesurons de façon objective avec les montres, en réalité le temps est subjectif.

Le temps est subjectif

La nouvelle situation de la crise amène de nombreuses personnes à vivre de petits boulots alternés avec des temps de chômage. La journée s'allonge, et souvent l'ennui s'installe. La comparaison avec l'autre, si on vit en couple, vient s'ajouter aux difficultés de travail. L'ennui, donc, est ce sentiment lié au temps que nous avons une fois ou une autre tous touché quand le temps se dilate et que nous perdons la patience et le contrôle de nous même. Dans ces moments, comme dans les embouteillages, nous avons l'impression que le temps est vraiment quelque chose de subjectif. En effet la personne à côté de nous parvient à rester équilibrée et relaxée dans la même situation. Le stress produit de l'angoisse et l'angoisse nous fait perdre la capacité de vivre dans l'instant présent avec confiance.

Qu'est-ce que l'ennui ?

L'ennui donc est un problème lié à la perception subjective du temps. Selon l'étymologie latine, ce mot vient de " inodiare " qui littéralement pourrait être traduit par « être odieux ». Ce terme, comme souvent dans la langue latine, a une histoire, donc une polysémie riche. Il peut signifier en effet: tristesse, chagrin, dégoût. Ensuite il s'est élargi en prenant les sens suivants : manque de goût, lassitude de l'esprit et de la vie.

L'ennui n'est pas une maladie, mais plutôt l'expérience commune à tous les êtres humains plongés dans le contingent de l'histoire. En revanche, il produit de la souffrance, car il nous fait toucher au fond notre finitude. Les psychologues nous donnent certaines indications et pistes à explorer et à adapter à notre demande.

Comment les psychologues et la psychologie nous aident à combattre l'ennui?

Imaginons que nous sommes à la retraite. Demain, c'est le dernier jour de travail, nous y avons consacré toute une vie et maintenant c'est terminé. Qu'est que nous allons faire de notre temps? L'ennui est à la porte et nous guette. Les psychologues depuis longtemps se trouvent confrontés à devoir donner des conseils de base à leurs patients mais aussi sur les revues, les sites et les forums dédiés à ces questions.

La première question à se poser est: qu'est-ce on aimerait faire? Quelles sont nos passions? En fait, en y réfléchissant les situations de chômage, comme toute situation imprévue qui nous vide notre emploi du temps, est une opportunité pour nous retrouver avec nous-mêmes. L'ennui est là pour servir de tremplin de ce que n'avons pas pu faire avant, car nous étions trop jeune ou parce que nos parents n'étaient pas d'accord que nous nous lancions dans une activité artistique. Ou encore nous pouvons pratiquer du sport: piscine, promenade en vélo, golf, bateau...

L'ennui de soi? Succès, richesse et beauté ne suffisent plus

Remplir son agenda est souvent une porte de sortie de l'ennui. On assiste aujourd'hui aussi aux phénomènes des enfants surchargés par les parents de tâches extrascolaires. Parfois faire carrière, avoir un meilleur salaire, une nouvelle voiture peuvent orienter nos énergies vers une direction, cette activité peut nous convaincre que désirer cet objectif est ce qui nous manque, car c’est bien de « manque » qu'il s'agit. La consommation se base entièrement sur le fait de faire croire aux potentiels acheteurs que ce « manque » en question est à chaque fois le produit dont elle vante les mérites. Malheureusement, il ne se passera beaucoup de temps avant que l'achat ne satisfasse plus l'acheteur. Erich Fromm dans "Avoir ou être" (1978) nous avait avertis du choix de fond qu'il est nécessaire de poser dans nos vies. L'ennui est le sentiment d'Adam qui a coupé la relation avec Dieu. En ayant plus le désir de Dieu, l'homme manque du désir par excellence, un « manque du manque », comme l’affirme Norbert Zerah psychologue clinicien de Paris.

Combattre l'ennui n'est plus seulement remplir le quotidien de choses à faire, mais se transforme en possibilité de créativité personnelle. L'ennui nous place devant le miroir et nous oblige à nous demander: « qu'est que je veux vraiment? ». À nous maintenant d'explorer les talents qui nous habitaient et que sommeillent depuis trop longtemps.

Bibliographie

E. Fromm, Avoir ou être , Paris, Laffont, 1978.

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