Natalia Ginzburg, écrivain de talent mais aussi épouse et mère

Mariée à l'éditeur antifasciste Leone Ginzburg. Mère de Carlo Ginzburg, historien de réputation internationale. Brève présentation de son premier roman
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Il y a de la bonne littérature encore aujourd'hui. On entend souvent des critiques défaitistes du monde dans lequel nous vivons et la littérature y est incluse. Il n'y aurait plus de bonne littérature selon certains maîtres de conférence, experts dans ce domaine en France; ils déclarent que la créativité et l'art seraient morts aux débuts du XXe siècle.

Laissez-nous nous dissocier de ces avis infondés et injustifiés. La littérature italienne du XXe siècle, entre autres, n'a pas arrêté de produire une littérature qui avait une respiration plus ample et digne que la pauvreté proclamée par les spécialistes universitaires.

Nous allons nous arrêter un instant sur Natalia Ginzburg, écrivain italien de la deuxième partie du XXe siècle.

Une tradition antifasciste: le père, Giuseppe Levi et le mari, Leone Ginzburg

Natalia Levi naît par hasard à Palerme en 1916. Son père était un illustre médecin, chercheur et anatomiste italien originaire de Trieste. Avant la Grande Guerre, il avait obtenu un poste à l'Université de Palerme. C'est à ce moment-là que Natalia est née en Sicile , juste après le début de la guerre. Une grande partie de l'Italie était antifasciste. Giuseppe Levi, père de Natalia, s'opposa au mouvement fasciste et puis au nazisme. Parmi ses amis, un bon nombre furent emprisonnés et lui même le fut également pendant quelques mois en 1938.

Natalia, fidèle à la sensibilité paternelle, se marie avec Leone Ginzburg. L'assonance avec le nom de famille de "Gainsbourg" est évidente, tout comme les origines juives dans les deux cas. Leone était professeur, journaliste et éditeur. Il s'est fait connaître pour son opposition au régime fasciste en étant un activiste politique de la Résistance italienne.

Formation, maison d'édition Einaudi et mort violente de Leone Ginzburg

Née à Palerme, donc, Natalia fait en revanche sa formation à Turin. Elle ne termine pas ses études à l'Université, mais étant mariée à Leone, elle fréquente toute la classe intellectuelle antifasciste de l'Italie, grâce à la maison d'édition Einaudi où son mari, professeur de littérature russe, était collaborateur depuis 1933.

Leone Ginzburg est ensuite torturé et tué en février 1944 à Regina Coeli, prison de Rome. Natalia s'installe à Rome avec ses enfants (Carlo, qui devint un fameux historien, Andrea, Alessandra)

Premier roman de Natalia Ginzburg: La route qui va en ville

Natalia en 1942, avant la mort de son mari, écrit et publie avec le nom d'Alessandra Tornimparte son premier roman: "La strada che va in città" (La route qui va en ville). En 1950, elle se marie avec l'angliciste et directeur du centre de Culture Italienne de Londres, Gabriele Baldini qui lui donnera deux enfants.

Là commence la période la plus féconde de l'œuvre de l'écrivain.

Cependant le premier roman, chez tous les auteurs, mais en particulier chez Natalia, est l'avant-goût de toute l'oeuvre réalisée par la suite. Cet écrit bref et sec se lit rapidement avec ses 109 pages. Mais de quoi s'agit-il?

Brève présentation du premier roman de N. Ginzburg: La route qui va en ville

Ce premier roman a la force et la faiblesse typique du roman. Le fait qu'il soit court nous dit d'un côté la timidité du jeune écrivain qui ne se sent pas encore trop à l'aise avec sa plume. Dans une préface à la re-édition de son premier écrit, elle le fait presque remarquer en disant qu'elle ne savait pas non plus quel titre choisir et que celui-ci fut conseillé par son mari.

Le roman raconte l'histoire d'une fille à la fin de l'adolescence, dans une ville de province italienne. La protagoniste parle à la première personne, c'est à travers son regard que nous rentrons dans le roman et c'est elle qui est la voix qui raconte les personnages, les paysages et sa vie même. Tout en ayant ses premiers deux amours, elle tombe enceinte de l'un de deux amoureux et elle décide de partir en ville avec celui qu'elle aimait le moins, mais qui lui permettait de vivre une vie de dame urbaine.

Amet, triste, lucide, ce roman nous dévoile une partie de la psychologie féminine dans une situation de détresse des femmes de province.

Son activité politique. Activiste de gauche, elle est élue au Parlement italien

Dans les années '80, le nom de Natalia Ginzburg est lié à sa militance politique au sein du parti communiste italien.

Le point de non-retour est l'année 1969. A la mort de Gabriele Baldini, son deuxième mari, Natalie accroît son engagement politique au côté des intellectuels de la gauche italienne. En 1971 elle signe, avec d'autres, la lettre publiée sur le journal italien 'L'espresso" au sujet du cas Pinelli, qui manifestait une des crises de la première République italienne. Avant de mourir à Rome en 1991, Natalie donnera ses dernières années pour défendre les symboles religieux dans les écoles après avoir été élue au Parlement sur les listes du Parti communiste italien.

Bibliographie

Natalia Ginzburg, La strada che va in città , Einaudi, 2000.

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