Les MICI se révèlent au grand public

Les MICI restent peu connues en France, et pourtant elles concernent 200 000 personnes. Le point sur ces maladies dont on ose encore trop peu parler.
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Le samedi 8 octobre se tiendra la premièreédition de l’opération « Montrons ce que nous avons dans le ventre » à l’initiative de l’association François Aupetit (afa)* de lutte contre les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin), dont souffrent 200 000 personnes en France et qui pourtant, restent méconnues du grand public. L'occasion donc de faire le point sur ces maladies.

Mieux connaître les MICI

Ces quatre lettres: MICI (prononcer “MIKI”), signifient “Maladies Inflammatoires Choniques de l'Intestin” et désignent en particulier la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH). Deux maladies caractérisées par des symptômes lourds et handicapants que l'association François Aupetit (afa) résume ainsi: “terribles douleurs au ventre, envie d'aller aux toilettes 10 fois par jour, diarrhées avec du sang, fatigue extrême, manque d'appétit, perte de poids...”

La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique sont deux maladies inflammatoires chroniques intestinales qui présentent de nombreuses similitudes, avec pour principale différence la localisation des lésions: la rectocolite hémorragique se limite au côlon et au rectum, tandis que la maladie de Crohn peut atteindre l'ensemble du tube digestif, de la bouche à l'anus.

Ces deux pathologies qui se manifestent par des crises appelées poussées, suivies de phases de rémission, touchent des sujets jeunes. Elles se caractérisent par des douleurs abdominales, des diarrhées et une altération de l'état général avec fatigue et perte de poids. Cette inflammation chronique du côlon ou du tube digestif est la conséquence d'une réponse immunitaire intestinale inadaptée à l'encontre des bactéries habituelles de la flore intestinale. Chez les patients atteints, le risque de survenue d'un cancer colorectal est cinq fois supérieur à celui de la population générale.

Selon l'INSERM, la modification de l'environnement et plus particulièrement l'industrialisation semble jouer un rôle important dans la survenue de ces pathologies. De nombreuses études ont tenté d'établir des liens de cause à effet avec divers facteurs de risque et de prévention. Il a ainsi été avancé qu'une appendicectomie avant l'âge adulte protègerait de la rectocolite hémorragique, tandis que la nourriture de type fast food augmenterait simultanément le risque des deux pathologies. Comme pour les allergies alimentaires ou toutes les maladies auto-immunes, l'INSERM suppose que l'augmentation du niveau d'hygiène durant l'enfance empêche le tube digestif de s'adapter à diverses bactéries et provoque à l'âge adulte une réaction excessive.

Des maladies qui touchent les jeunes

Le nombre de cas de MICI a connu une progression importante dans les pays industrialisés entre 1945 et 1980, notamment en France et en Belgique. Elles toucheraient environ 2,5 millions de personnes dans le monde, et avec plus d'un habitant sur 1000 atteint dans les pays industrialisés, la France compte environ 200 000 malades. Près de 6 000 nouveaux cas y sont enregistrés chaque année, soit environ 17 nouveaux cas par jour. L'association François Aupetit estime qu'il y a urgence: le nombre de malades de MICI a doublé en 10 ans, et ces maladies concernent une population jeune. Il ya moins de 15 ans, elles étaient diagnostiquées chez des jeunes adultes de 20 à 35 ans, et aujourd'hui elles se déclarent de plus en plus chez des adolescents de 13 à 20 ans. La fondation DigestScience** précise que dans le cas de la maladie de Crohn, près de 10% des patients ont moins de 17 ans, ce qui représente environ 9000 enfants ou adolescents en France. Or ces jeunes ont du mal à parler de ces maladies, vécues comme des maladies “honteuses” car elles touchent à une intimité sur laquelle il est difficile de s'exprimer...

Pas encore de traitement pour guérir complètement ...

Il n'existe pour ces maladies aucun traitement curatif, ni aucun moyen de prévention. La réponse de la médecine reste pour l'instant limitée à un contrôle des symptômes. Voici un aperçu des traitements utilisés:

  • Les dérivés aminosalicylés, très utilisés dans la rectocolite hémorragique, réduisent également le risque de survenue de cancer colorectal.
  • Les cortocoïdes, qui constituent le traitement de base des poussées d'intensité moyenne ou sévère, sont utilisés sur de courtes périodes pour limiter leurs effets secondaires.
  • Les immunosupresseurs, qui se sont largement développés ces dernières années, agissent de manière très ciblée sur certains composants du système immunitaire.
  • Les biothérapies, qui utilisent des anticorps monoclonaux, neutralisent le TNFalpha, une molécule inflammatoire produite en excès au cours de la maladie de Crohn.
  • Les antibiotiques sont utilisés pour traiter la prolifération de bactéries dans l'intestin.
  • Les antidiarrhéiques ralentissent la traversée des aliments dans l'intestin.
  • Les antispasmodiques combattent les douleurs abdominales.
  • Outre la nécessité d'une alimentation adaptée, un traitement par nutrition artificielle peut s'avérer nécessaire.
  • Le traitement chirurgical, nécessaire en cas d'évolution défavorable de la maladie ou de survenue de complications, conduit parfois à la réalisation de stomies transitoires ou définitives.Pour la maladie de Crohn, la chirurgie peut permettre une longue période de rémission, mais ne constitue pas un traitement définitif de la maladie. Dans leur vie, 3 patients sur 4 y ont recours. Pour la rectocolite hémorragique par contre, la chirurgie permet de guérir définitivement la maladie, au prix de l'ablation complète du côlon.

Les MICI … et les autres

Près de 12 millions de Français, soit plus d'une personne sur 5, souffrent de pathologies digestives. Sur l'échelle de la douleur, les MICI sont les plus préoccupantes. Mais il existe d'autres maladies de l'intestin, dont en particulier la maladie coeliaque et la colopathie fonctionnelle, aussi appelée “syndrome de l'intestin irritable”.

  • La maladie coeliaque:

La maladie coeliaque connaît deux pics de fréquence avec une survenue soit entre six mois et deux ans après l'introduction du gluten alimentaire, soit à l'âge adulte, le plus souvent entre 20 et 40 ans.

Chez le nourrisson et le jeune enfant, la diarrhée est très souvent présente avec, comme dans le cas des MICI, un retentissement négatif sur la croissance.

Les adultes atteints de la maladie coeliaque non diagnostiquée souffrent essentiement d'une diarrhée chronique, de douleurs abdominales récurrentes, de ballonnements et d'amaigrissement.

Au cours de la maladie coeliaque, le risque de lymphome est 4 fois plus important que dans la population générale.

Le seul traitement de cette maladie consiste à adopter le régime sans gluten, très efficace et sans risque, mais néanmoins souvent difficile à suivre chez les jeunes.

  • La colopathie fonctionnelle ou “syndrome de l'intestin irritable” correspond à des anomalies de la sensibilité et du fonctionnement de la paroi colique qui est “irritable” (et non pas “irritée”).

Dans l'ensemble des pays industrialisés, la prévalence de la colopathie fonctionnelle chez l'adulte est de l'ordre de 15%. La fondation DigestScience précise qu'en France, plus de 9 millions de personnes souffriraient de troubles fonctionnels intestinaux, lesquels représentent 50% des consultations en gastro-entérologie. C'est une maladie qui s'observe à tous les âges de la vie y compris chez le jeune enfant , mais le plus souvent entre la fin de l'adolescence et l'âge de 25 ans.

A la différence des autres pathologies digestives, il n'existe pas de lésion apparente sur le côlon. Les causes du “syndrome de l'intestin irritable” restent inconnues à ce jour, et il n'existe pas de moyen de prévenir son apparition. Les symptômes les plus courants sont traités avec les antidiarrhéiques et les laxatifs. Néanmoins, des chercheurs ont récemment conclu à une interaction importante entre le système nerveux et le système digestif, soulignant la nécessité de traiter la colopathie fonctionnelle à la fois sur le plan psychologique et sur le plan symptomatique.

Pour plus d'informations sur l'opération “Montrons ce que nous avons dans le ventre”: www.defimici.fr

* L'association François Aupetit (afa) est à ce jour “l'unique organisation à se consacrer exclusivement au soutien aux malades et à la recherche sur les MICI”

** La fondation DigestScience est “la première fondation d'utilité publique en France entièrement consacrée à la recherche sur les pathologies digestives et la nutrition”.

Sources: Association François Aupetit (afa) , INSERM , Fondation DigestScience

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