Frans Hals, un peintre exceptionnel

Génie de la technique, de la composition, fabuleux coloriste, portrait d'un peintre du XVIIe siècle hors des sentiers battus.
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Méconnu, Frans Hals mérite qu'on le redécouvre. Sa technique audacieuse, d'une liberté inédite à son époque, a influencé des artistes du XIXe siècle, comme les impressionnistes et Van Gogh. Beaucoup parmi eux se sont rendus à Haarlem pour y voir la collection de tableaux qui allait plus tard devenir le Frans Hals Museum.

Biographie

Frans Hals est né vers 1580 à Anvers, en Belgique. Sa famille émigre à Haarlem aux Pays Bas, au moment où la ville connaît son apogée culturelle et économique. Réputée pour son activité textile, la cité accueille alors de nombreux immigrés flamands fuyant le régime espagnol. Le père de Frans, qui pressent le potentiel de la ville, décide que ses fils seront peintres.

La première femme de Frans, Anneke Harmensdr, issue d'une famille aisée, lui permet de s'introduire facilement dans les milieux riches, qui lui assureront par la suite des commandes régulières. Cela lui permettra de vivre de son art tout au long de sa vie. Il participera également à la restauration d'œuvres d'art. Malgré tout, Frans Hals ne fut jamais riche, il eut même de nombreux soucis financiers. Sa femme meurt à la naissance de leur second enfant. Il se remarie en 1617 avec Lysbeth Reyniers, qu’il avait engagée pour veiller sur ses enfants. Ils auront ensemble 11 enfants.

Il existe très peu de documents d'archives permettant de retracer la vie de Frans Hals. Aussi, on ignore à quelle école il a été formé. Le peintre possède une maîtrise de son art saisissante dès ses débuts, comme en atteste un de ses premiers tableaux connus , le Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Georges (1616).

Contrairement à certains de ses contemporains, comme Rembrandt, Hals se montre réticent à l'idée de travailler ailleurs que dans sa ville, ce qui l'empêchera d'honorer certaines commandes.

Considéré comme un peintre démodé, à la fin de sa vie, il se retrouve sans ressources. La municipalité finit par lui octroyer une pension. Frans Hals meurt en 1666 à Haarlem. Sa réputation continue à pâlir après sa mort et, pendant deux siècles, certaines de ses peintures furent adjugées lors de ventes pour des sommes dérisoires.

Sa réputation brilla de nouveau à partir du milieu du XIXe siècle, grâce à des critiques d'art influents.

Son œuvre

Hals a peint les portraits individuels de personnages issus en majorité des classes aisées, comme Pieter Van den Broecke et Isaac Massa, ou d'inconnus, comme Le Cavalier riant (1626).

Il a exécuté plusieurs portraits de groupe, réalisés sur commande. Le Banquet des officiers du corps des archers de Saint-Adrien, peint en 1627, dévoile une certaine maîtrise de sa technique.

Sa dernière toile, Les régentes de l'hospice des vieillards (1666), est considérée comme son chef-d'oeuvre. On y décèle l'efficacité des touches à rendre l'expression des visages et une grande qualité chromatique. Il existe aussi quelques portraits de famille.

Il exécute entre 1620 et 1640 un grand nombre de portraits de couples de mariés sur des panneaux distincts, comme c'est l'usage à cette époque. Par exemple, les portraits de Stephanus Geraerdts et d'Isabella Coymans, qui se trouvent malheureusement aujourd'hui dans des collections séparées.

Frans Hals a aussi réalisé un portrait de mariage où le couple est représenté sur le même support : le Portrait de mariage d'Isaac Massa et Beatrix Van der Laen (1622).

Hals est également l’auteur de scènes de genre, représentant des fêtards, des musiciens, un bouffon au luth, un jeune pêcheur, une folle du village, une Bohémienne et d’autres sujets du même type, qui restituent avec beaucoup de réalisme le vécu quotidien.

La plupart de ses toiles se trouvent aujourd'hui au Frans Hals Museum à Haarlem. Mais toute une partie de son oeuvre a été acquise par différents musées dans le monde entier (Rijksmuseum à Amsterdam, National Gallery à Londres, au Louvre à Paris, etc ...) ou par des collectionneurs privés.

Sa technique

Son premier biographe, Schrevelius, décrit « une façon inhabituelle de peindre qui lui est propre, et surpasse presque tout le monde. » Dès le XVIIe siècle, le public est frappé par le dynamisme de ses portraits.

Hals, capable d'une très grande précision de dessin, prend le parti de ne pas donner un fini lisse à sa peinture, contrairement à ce que font la plupart de ses contemporains, lui suggère le mouvement en appliquant la couleur par touches.

Dans ses toiles, Hals montre son sens de la composition équilibrée et dynamique. Il fait preuve d'une grande liberté dans le naturel des poses, ce qui est peu commun pour l'époque. Par exemple, dans le portrait d'Isaac Abrahamsz. Massa (1626), la position assise retournée sur le dossier du siège était innovante.

Dans ses portraits de groupe, comme ceux du Corps des archers de Saint-Adrien (1627), Hals peint chaque personnage d’une façon différente. Les visages ne sont pas idéalisés, chaque personne est clairement reconnaissable. Le peintre illustre les personnalités par toute une série de poses et d’expressions, nous montrant ainsi son souci de justesse dans l'analyse de ses modèles.

Hals a le talent de mémoriser et retranscrire un instant fugace de la vie de ses sujets. Il a acquis une telle habilité que quelques coups de pinceau marqués et fluides suffisent à reproduire précisément le ton, la lumière et l’ombre.

Virtuose de la couleur, l'artiste évolue au cours du temps et sa palette devient de plus en plus monochrome, tendant vers le noir, mais n'en est pas moins riche : Van Gogh distinguait 27 nuances de noirs dans la palette de Hals !

CONT12

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