Compost : L'expérience des professionnels

Utile pour les plantes, l'utilisation du compost a ses limites. Il contribue même à entretenir les gaz à effet de serres.
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Le compost n’a pas forcément bonne presse. La présence des éléments traces métalliques ou de pathogènes, la crainte d’un compostage mal maîtrisé n’incitent guère les jardineries à promouvoir ce type de produits. Les composts purs sont quasiment absents de leur étalage. L’enseigne Botanic n’en commercialise que depuis 2009 : " Nos exigences en matière de qualité, souligne Alain Thomas, acheteur de terreau et amendement organique, nous ont obligé à visiter de nombreuses plates-formes avant de sélectionner celles qui semblaient les plus en adéquation avec notre cahier des charges. " Néanmoins le produit intervient de plus en plus dans les supports de culture . Philippe Morel, spécialiste d’agronomie horticole ( Inra d’ Angers) explique : " Jusque dans les années 90, le compost n’entrait guère dans la composition des supports de culture. Aujourd’hui, la matière première pour les fabriquer commence à manquer. Les écorces deviennent de moins en moins disponibles. La tourbe d’origine française se raréfie et les tourbes de sphaignes importées de plus en plus onéreuses. Aussi, les fabricants cherchent-ils des matériaux de substitution. Le compost, même s‘il ne présente pas que des avantages devient un substitut de ces matières là pour certaines formulations."

Aussi, les adeptes du compost défendent leur produit avec conviction : " Ce n’est pas forcément pour des raisons économiques que nous introduisons du compost dans les supports de culture , affirme Ludovic Faissel de chez Compo. Le compost va structurer les supports de culture , évitant ainsi les phénomènes de tassement comme le souhaitent les fabricants pour professionnels et apporter un minimum d’éléments nutritionnels. Par ailleurs, j’y vois aussi un intérêt environnemental. Le compost rentre dans la catégorie des produits renouvelables contrairement à la tourbe dont les ressources sont limitées. " Claude Gramont avance lui aussi une dizaine d’arguments pour valoriser son produit Tonusol certifié en agriculture biologique avec l’amélioration de la porosité et de l'aération des sols ou encore la présence exceptionnellement élevée des bactéries qui stimulent et accélèrent l'humification des résidus organiques et régénèrent l'activité biologique du sol. Et contrairement au lombricompost effectué de plus en plus par les particuliers, Claude Gramont peut assurer sa clientèle de la qualité sanitaire de son produit.

Marianne Joussemet, responsable de la station d’expérimentation Arexhor Grand Est affirme par ailleurs qu'en " augmentant le pH des substrats qui sont naturellement acides, le compost peut sans doute limiter le développement de la criblure, une maladie qui provoque la déchirure du limbe des feuilles du cerisier. Mais après deux ans d’observations, nos résultats restent mitigés faute de véritable infestation. Cela éviterait les traitements répétitifs à base de cuivre et le pépiniériste pourrait ainsi proposer un plant plus respectueux de l’environnement à sa clientèle. " Et la responsable de la station ajoute : " Nous avons aussi testé d’autres effets positifs du compost pour les plantes en pot, l’effet synergique qu’il procure sur la minéralisation de l’engrais organique de part son activité biologique."

Des limites à son utilisation

En revanche, des techniciens et des scientifiques émettent des réserves quant à l’intérêt du compost dans les supports de culture. Certaine équipes de l’Astredhor (Association nationale des structures d'expérimentation et de démonstration en horticulture) après avoir effectué plusieurs expérimentations ne conseillent pas d’incorporer du compost dans les supports de culture , en tout cas pas au-delà de 20% : " Même mature, le compost continue d’évoluer dans le temps, constate Laurent Mary de la station bretonne Cate . Il comprend beaucoup trop d’éléments fins qui diminuent la porosité du produit, un critère essentiel dans les supports de culture. L’argument de privilégier ce produit à la tourbe avec pour optique le développement durable ne tient pas. Aujourd’hui, il existe des techniques pour exploiter durablement la tourbe. " Ces conclusions confirment d’autres essais mis en place par la station d’expérimentation Arexhor grand Est : " L’utilisation de compost pur sur géranium n’entraîne pas de mortalité de la plante, conclut Marianne Joussemet, mais elle ne s’épanouit pas totalement. Nos essais montrent d’ailleurs qu’il ne faut pas dépasser d’un tiers l’incorporation de compost dans les mélanges. "

Aération et gaz polluants

Dans un tout autre domaine, le compost ne semble pas non plus la meilleure solution. Le chercheur canadien Philippe Rochette, spécialiste des gaz à effets de serre qui a participé aux travaux du Giec (Groupe d’expert intergouvernemental sur l’évolution du climat) affirme : " Le compost peut émettre beaucoup de protoxyde d’azote, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est environ 300 fois plus important que celui du gaz carbonique. Plus on aère un compost, plus le risque d’émissions de ce gaz reste élevé, 10 fois plus selon les données du Giec. Si l’aération du tas est assurée sans brassage par une cheminée par exemple, les émissions sont moindres ."

Malgré la détermination des seuils des divers polluants, la recherche continue encore de se poser des questions sur les éléments susceptibles de polluer les composts. Si la disponibilité des éléments traces métalliques une fois le compost épandu commence à devenir un sujet connu, ce n’est pas tout-à-fait le cas pour les autres polluants tels les pesticides, médicaments, éléments traces organiques ou gènes en provenance de fruits et légumes d’autres régions. Selon des expériences avec des plantes comme le blé ou le maïs, les éléments traces métalliques contenus dans les composts sont peu disponibles pour les plantes.

Le compost dégrade les pesticides

Mais souligne Sabine Houot, directrice de recherche à l’unité mixte de recherche environnement et grandes cultures à l’ Inra de Grignon, il reste à démontrer l’impact de ces composts vis-à-vis des plantes accumulatrices qui en stockant ces métaux peuvent ensuite les relarguer dans la solution du sol. D’après la chercheuse, beaucoup de molécules se dégradent durant les premières phases de transformations de la matière organique d’où l’intérêt de bien oxygéner le compost. Mais ce n’est pas toujours le cas. Les éléments traces organiques comme les phtalates, médiatiquement révélés avec le bisphénol A contenu dans les biberons en plastique, se dégraderaient préférentiellement durant la maturation. Quant aux pesticides, l’étude du glyphosate (Round Up) montre que sa dégradation dans un compost vert bien maîtrisé laisse peu de résidus. Mais questionne Sabine Houot : " Ce pesticide a-t-il été réellement dégradé ou s’est-il associé avec la matière organique au point de ne pouvoir être déceler par les analyses ?"

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