Les pros des mélanges fleuris

La réalisation des mélanges fleuris devient de moins en moins empirique. Un véritable savoir-faire se développe en France.

Depuis une dizaine d'années, plusieurs sociétés de semences ont commencé à proposer ces produits non seulement aux agriculteurs mais aussi aux collectivités locales et pour finir aux particuliers. Pour les uns, c’est un moyen de fleurir les abords des villes sans des dépenses incommensurables. Pour les autres, les mélanges apportent à la fois de la biodiversité et de l’esthétique. Outre le semencier Clause, les sociétés Plan Ornemental puis Nova-Flore se sont emparés de ce marché. Les deux premiers produisent et fabriquent les mélanges et complètent leur activité de création et de distribution de semences. Le dernier, crée en 2003, réalise uniquement des mélanges et ne produit pas de semences bien que depuis 2010 il s'est lancé dans la récolte raisonnée de graines sauvages. A eux 3, Ils approvisionnent probablement plus de 90 % du marché français. Ces sociétés ont un réseau de producteurs français pour leur approvisionnement. Mais elles importent aussi plus ou moins des semences. D’autres sociétés se sont lancées dans ce créneau avec comme spécialité les fleurs sauvages. Ecosem, une entreprise belge produit des semences uniquement en Wallonie. Phytosem basée à Gap, s'est spécialisée dans la végétalisation des lieux difficiles. Nungesser, entreprise alsacienne produit elle aussi des semences pour les mélanges.

Qui réalisent les mélanges ?

Les 5 firmes productrices déjà citées effectuent leurs propres mélanges. D’autres entreprises, obtentrices de semences de graminées fourragères ou de graminées à gazon, achètent des semences à ces producteurs ou en importent essentiellement d’Europe (Pays-Bas, Allemagne) ou des Etats-Unis pour effectuer des mélanges. Ce sont des mélangeurs. Parmi les plus importants figurent Carneau frères, Jouffray-Drillaud, Barenbrug, Semences Vertes et Gazon de France.

A chaque usage son mélange fleuri

Les mélanges exigent un véritable savoir-faire dans la connaissance des espèces utilisées. Les couleurs, la taille des plantes, leur développement spatial et période de floraison interviennent dans le choix des espèces. Les caractéristiques physiologiques des plantes, qu'elles soient annuelles , bisannuelles ou vivaces figurent évidemment en bonne place des premiers critères observés puisqu'ils déterminent le type même du mélange.

Le mélangeur doit en plus être capable de réaliser un produit dont les plantes se répartissent harmonieusement dans le paysage malgré les différences de grosseurs de graines dans le lot ou le sachet acheté. Pour améliorer la qualité du semis, la plupart des firmes aujourd’hui propose de mélanger les graines avec un support, de la vermiculite, des céréales broyées, du sable ou des cosses de sarrasin (5 à 7 fois du volume de graines) pour une meilleure répartition des semences sur le terrain. Plan par exemple s'est inspiré de la technique des prêts à germer et propose des semences déjà réparties et adhérentes à des rouleaux qu'il suffit de déployer au moment du semis.

Les mélanges décoratifs

Les mélanges dont le rôle est exclusivement décoratif sont composés de plantes annuelles très florifères : alysse, linaire, zinnia, godetia, echscoltzia, souci, bidens, silène, tagettes… En théorie, il est donc nécessaire de refaire le mélange tous les ans si l’on désirer conserver le même paysage. Le mélange sera d’autant plus réussi que la durée de floraison sera longue. Chaque producteur et mélangeur ont donc leur secret pour y parvenir. Il s’agit bien souvent d’un dosage subtil entre les différentes espèces pour que chacune puisse s’épanouir, que l’une ne prenne pas le pas sur l’autre. Que l’harmonie des couleurs soit respectée. Par exemple, le cosmos est utilisé avec modération pour ne pas étouffer les autres plantes. Pure, il se sème à 0.5 g/m2.

Les bisannuelles, pluriannuelles et vivaces

Ces mélanges qui associent des annuelles, pluriannuelles et vivaces, peuvent contenir jusqu’à 50 espèces différentes. Ce sont ces mélanges qui peuvent être composés de fleurs sauvages. On retrouve les achillées, lin bleu, myosotis, giroflée, mauve, aneth, camomille, marguerite, carotte, thym, saxifrage, véronique, campanule, …Toutes les semences ne germent pas la première année. C’est le cas par exemple des tulipes sauvages. Quand la production de semences n’est pas possible, ces espèces sont récoltées dans les lieux sauvages.

La densité à semer

Les préconisations sont très différentes, selon le type de plantes, l’utilisation du mélange et les firmes elles- mêmes. Ainsi, les recommandations varient de 1 jusqu’à 30 kg/ha soit de 0.1 à 30 g/m2 ! Plus la graine est lourde (légumineuses), plus la densité est faible. La présence de fleurs sauvages oblige les concepteurs à augmenter les doses. Nungesser par exemple se base sur le fait qu’un gramme peut contenir près de 4 000 graines au m2. Ces espèces ont souvent du mal à germer et à s’implanter, notamment dans des conditions difficiles de sols séchants.

L’implantation

Un désherbage total ou la réalisation d’un faux-semis (1) est indispensable avant l’implantation pour limiter au maximum la concurrence des plantes indésirables. Si le sol est sujet à un développement important des mauvaises herbes, il est préférable de reporter à l’automne voire d’annuler l’opération.

Choisir la date de semis est toujours un compromis, notamment au printemps, entre semer tard pour limiter la concurrence des mauvaises herbes et semer tôt pour éviter les effets d’une sécheresse en été.

Le sol doit être finement préparé en veillant que sa structure soit souple jusqu’à 30/40 cm de profondeur pour laisser aux racines la possibilité de se développer. Le semis est réalisé manuellement, avec une engazonneuse ou un semoir pour les grandes surfaces. Le roulage est recommandé pour que la graine adhère mieux au sol. L’irrigation, si elle est pratiquée en cours de végétation, doit laisser aux plantes des phases de stress pour qu’elles puissent mieux s’implanter. La fauche ou le broyage sont préconisés en fin d’été pour permettre aux graines d’arriver à maturité et de se ressemer dans le cas de mélanges pérennes.

(1) un travail du sol superficiel permet la levée des mauvaises herbes qu’il est possible ensuite d’éradiquer, mécaniquement ou chimiquement.

Le jardinier peut choisir aussi le principe d'implantation à la méthode Soltner , sans travail du sol en semant directement sur la matière organique décomposée.

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