Moins de pesticides chez les pépiniéristes

Les Pépinières du Val d'Erdre, en région nantaise, ont divisé par 10 les volumes de désherbants et réduit de 37% les insecticides.
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Au cœur du bassin nantais, les Pépinières du Val d’Erdre produisent et commercialisent des plantes et des arbustes pour le jardin sur 79 hectares.

Acteur majeur de la profession, Les Pépinières du Val d’Erdre se sont lancées dans la réduction de pesticides il y a 10 ans. "Le défi était de taille", affirme Jean-Marc Auray qui dirige les pépinières depuis 1977. "Sans l’appui technique des conseillers du BHR (Bureau horticole régional), nous n’aurions pas progressé aussi vite et aussi efficacement."

Le paillage comme désherbant

Il y a dix ans, la pépinière utilisait 1 500 litres d’herbicides. Aujourd’hui, elle en consomme dix fois moins, soit 150 litres.

Les plantes et arbustes, tous cultivés en conteneurs, étaient désherbés au moment du rempotage et durant tout le cycle de production qui peut varier de quelques mois à plusieurs années selon les sujets.

Aujourd’hui, le paillage a remplacé le désherbant. De nombreux tests ont été réalisés et sont encore effectués pour trouver le bon ingrédient. Ce qui est loin d’être facile. Il doit à la fois être adapté à la machine de rempotage, efficace vis-à-vis des mauvaises herbes et d’un rapport qualité/prix abordable.

Le Thermodisc, une collerette de paillage composée à 90 % de fibres naturelles et 10 % de fibres synthétiques, a d’abord été employé. Mais son usage s’est révélé insuffisant et sa mise en place contraignante.

La cosse de sarrasin, l’enveloppe dure qui protège l’amande de sarrasin broyée pour la confection des galettes et des crêpes, l’a remplacé. Couleur de la terre, la cosse de sarrasin limite la levée des mauvaises herbes, apporte de la matière organique en se décomposant. Elle éloigne aussi les limaces et les escargots et limite l’évaporation de l’eau. Un plus pour limiter les arrosages. Efficace, ce produit est par contre trop léger. Il est emporté facilement par le vent et les oiseaux. A une époque, il a cependant remporté tous les suffrages.

C’est d’ailleurs la conclusion de nombreux pépiniéristes puisqu’ils l’ont acheté en abondance entraînant une hausse des cours importante.

De la fibre de coco

Pour modérer les coûts, d’autres mélanges sont testés. Celui qui était composé de cosse de sarrasin + bois de hêtres broyé s’est avéré nocif pour les plantes. Leur croissance était limitée par le dégagement de composés volatils dégagés par les copeaux de hêtres.

Les écorces, peu efficaces et sujets au même inconvénient que le broyat de hêtre, ont dû aussi être abandonnées.

Finalement, depuis deux ans, la fibre de coco est utilisée sur toute la pépinière. De même caractéristique agronomique que la cosse de sarrasin, elle a l’avantage d’être un matériau renouvelable.

Fibre végétale naturelle, la fibre de coco, un sous produit du traitement de la noix de coco provient essentiellement d’Inde. Selon la FAO , les tonnages de production ont dû dépasser les 640 000 tonnes en 2010.

Des prédateurs comme insecticides ou fongicides

En 2008, les Pépinières du Val d’Erdre utilisaient 103 litres de fongicides et 40 litres d’insecticides. Aujourd’hui, les chiffres affichés atteignent respectivement 25 litres et 15 litres. Une baisse de 24 % pour les fongicides et de 37 % pour les insecticides.

Réduire les fongicides et les insecticides est plus délicat que de chercher à réduire les désherbants. Plusieurs leviers existent.

D’abord utiliser des prédateurs qui vont manger les insectes ou les champignons indésirables. Des coccinelles en puissance pour reprendre l’insecte emblématique mangeur de pucerons. On les appelle des auxiliaires. Il en existe aujourd’hui un grand nombre commercialisé par des sociétés parfois issues de l’agrochimie. On peut citer Biobest ou Syngenta Bioline.

L’utilisation de ces auxiliaires, dans le jargon des agronomes, est associée à la Production Biologique Intégrée (PBI). Les Pépinières du Val d’Erdre achètent donc ces prédateurs sous forme d’unités qui représentent parfois des millions d’individus. Pour la saison passée, le pépiniériste nantais en a consommé 75.

Il y a cinq ans, la PBI concernait un demi tunnel. Aujourd’hui elle s’est étendue à pratiquement à 15 hectares de cultures en pot, sous serre ou en extérieur.

Des cultures comme les rosiers Décorosiers se passent aujourd’hui totalement d’insecticides grâce à la PBI.

Mais certains insectes font de la résistance. Ainsi des acariens qui se nourrissent des tissus et de la sève des choisya, orangers du Mexique. Dans ce cas, l’insecticide utilisé doit être compatibles avec les auxiliaires lâchers dans les serres.

Avec les conseillers techniques du BHR, le pépiniériste a dû apprendre à composer avec l’insecte ou le champignon parasite et l’auxiliaire. Des astuces ou des systèmes ont dû être trouvés pour favoriser l’auxiliaire. Par exemple, le dépôt d’acariens prédateurs en bandes au dessus des cultures a été abandonné car inefficace.

La PBI est elle compétitive ?

En cinq saisons, les Pépinières du Val d’Erdre ont pu se faire une idée du coût réel de la PBI pour les cultures. Depuis trois ans, le surcoût par rapport à un mode de culture tout chimique est de l’ordre de 40 %. Mais les pépiniéristes espèrent une diminution du surcoût à moyen terme.

Favoriser les auxiliaires naturels

Avec la PBI, il est sans cesse nécessaire de pratiquer des lâchers de prédateurs mangeurs d’insectes ou de champignons dits nuisibles, leur cycle de vie n’étant pas complètement adapté aux conditions de la serre. Certaines phases de vie nécessitent des conditions qui n’existent pas dans les serres froides des pépiniéristes.

C’est pourquoi, favoriser les auxiliaires qui naturellement se développent dans le système de culture est aussi une piste pour diminuer les pesticides. Cela est particulièrement vrai pour les productions de plein champ où les lâchers d’auxiliaires ne sont en général pas efficaces. Le milieu, trop ouvert, les laisse s’échapper contrairement aux structures fermées comme une serre.

Cela implique de modifier ou d’adapter l’environnement immédiat de la culture pour favoriser le développement de ces auxiliaires. De nombreux instituts de recherche en France travaillent le sujet.

Des corridors végétalisés et des plantes garde manger

Il s’agit de ne pas créer de rupture entre les différents habitats de l’auxiliaire, celui de la reproduction, de l’alimentation voire de l’hibernation. Les bandes enherbées peuvent servir à entretenir un continuum entre les différents lieux de vie, préserver des ressources et maintenir des zones refuges.

Par exemple, de nombreux parasitoïdes également floricoles demandent des fleurs à proximité des parcelles pour se nourrir. Avec ses nectars extrafloraux, le bleuet est particulièrement apprécié puisqu’il leur permet de s’alimenter même si la fleur est fanée ou pas éclot. Comme beaucoup d’auxiliaires, ils sont sensibles aux traitements insecticides.

Autre exemple, pour les prédateurs comme les carabes mangeurs de limaces, de larves de tipules et de taupins, il est nécessaire de leur préserver un habitat diurne que sont les mulchs et de multiplier les zones refuges.

Aux pépinières du Val d’Erdre, des pots de Potentilla fruticosa ‘Goldfinger’ , petit arbuste d’un mètre environ sont entreposés au sein parcelles de culture. Ses fleurs jaunes produites durant tout l’été attirent des syrphes, ennemis des pucerons.

Des essais conduits avec le BHR dans une culture de rosiers ont montré l’évolution des auxiliaires en fonction de la place des potées de Potentilla fruticosa.

Autre façon de favoriser les auxiliaires : l’implantation de végétaux qui attirent des pucerons très spécifiques qui leur sont inféodés. En toute logique, des auxiliaires vont se multiplier. Ces derniers, non spécifiques à une culture peuvent coloniser les plantes cultivées et contribuer à baisser le niveau d’infestation du ravageur. Ainsi, le sureau, la viorne, le lierre, la fèverole, le bleuet et l’ortie dioïque se font attaquer par des pucerons spécifiques qui n’iront pas provoquer de dégâts dans les plantes cultivées. En revanche ils favorisent des auxiliaires comme les syrphes, les coccinelles, qui, eux ne sont pas sélectifs. Ils migreront précocement vers les légumes ou les arbres fruitiers. Aux pépinières du Val d’Erdre, des bandes fleuries et haies variées servent de réservoir à ces auxiliaires.

Une fertilisation plus respectueuse

Trop polluantes pour le sol et les nappes phréatiques, les solutions nutritives à base de nitrates, phosphates, potassium et oligoéléments ont pratiquement disparus des modes de fertilisation des pépiniéristes français. Elles sont remplacées par des engrais à libération lente. Ces derniers en granulés ou enrobés contiennent de l’azote sous une forme plus complexe que la forme nitrite ou ammoniacal directement assimilable par les plantes mais très facilement lessivables.

Une gestion de l’eau à l’optimum

En ce printemps 2011 où la sécheresse sévit dans pratiquement tout l’Hexagone, Les Pépinières du Val d’Erdre ne souffre pas du manque d’eau. Outre des forages dans des nappes, quatre bassins retiennent l’eau sur 5 hectares soit une réserve de 100 000 m3. Ces bassins reçoivent à la fois l’eau de pluie et les eaux de ruissellement des parcelles cultivées.

Jusqu’à présent, les plantes en pot étaient arrosées par aspersion ou au goutte à goutte avec un mélange de 30 % des eaux des bassins et 70 % du forage pour éviter tout risque sanitaire, les plantes de pleine terre étant irriguées avec l’eau des bassins uniquement.

La réduction de l’utilisation des pesticides et le changement du mode de fertilisation ont contribué à assainir significativement les eaux de drainages. Toutefois, pour réduire le pompage dans les nappes tout en s’assurant de la qualité de l’eau utilisée, une lagune est en cours d’aménagement pour filtrer les eaux de drainages des parcelles avec un bassin d’aération et deux bassins végétalisés pour l’épuration.

Des compteurs d’eau ont été rajoutés récemment pour connaître le volume prélevé dans les étangs dans le cadre de la certification Plante Bleue, un signe de qualité en cours de réalisation pour les entreprises horticoles respectueuses de l’environnement. Ils permettront de gérer à l’optimum les flux d’eau et pourront ainsi

déceler rapidement les fuites éventuelles.

Des partenariats pour la biodiversité

Les pépinières du Val d’Erdre n’utilisent pas d’abeilles pour leurs cultures. Néanmoins, des ruches sont installées dans certaines parcelles en lien avec l’Union des Apiculteurs des Pays de Loire (Unapla). Pour plusieurs expérimentations. Notamment étudier la préférence des abeilles pour des fleurs issues des bandes fleuries.

Une éolienne pour les énergies renouvelables

Jean-Marc Auray qui dirige les pépinières du Val d’Erdre s’est pris de passion pour le moulin à vent du XVIIIe siècle situé au cœur du site de production. Après sa restauration, il s’est donné comme objectif de le transformer en aérogénérateur d’électricité. Après de nombreuses démarches administratives-le moulin en question n’était pas dans une zone déclarée apte à concevoir une éolienne- le projet a enfin été accepté et la construction s’est faite en collaboration avec EDF Optima Solutions. De nombreux défis techniques ont dû être relevés. Grâce à la perspicacité de Jean-Marc Auray, les moulins à vent peuvent désormais être transformé en aérogénérateur. Il produit de l’énergie équivalente à 20 maisons hors chauffage (70 000 KW par an). S’intégrant complètement dans une démarche de développement durable avec un objectif de réhabiliter le patrimoine ancien, le moulin est devenu l’emblème des Pépinières du Val d’Erdre.

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