Que signifie la fête chrétienne de la Pentecôte?

Explication d'une des plus importantes fêtes liturgiques chrétiennes.

Cinquante jours après Pâques a lieu la fête de la Pentecôte. Celle-ci plonge ses racines dans la tradition juive, où elle est appelée fête des Moissons. Mais pour les chrétiens, elle est don toujours actuel du Saint-Esprit, nouvelle alliance de Dieu avec tous les peuples, naissance de l’Église.

Ce qui s’est passé ce jour-là

D’après les Actes des apôtres , les disciples de Jésus se trouvaient réunis à Jérusalem, attendant la venue de l’Esprit, que leur Maître leur avait promis avant de remonter au ciel. Laissons la parole à saint Luc, l’auteur des Actes :

«Le jour de la Pentecôte étant arrivé, ils se trouvaient tous ensemble dans un même lieu, quand, tout à coup, vint du ciel un bruit tel que celui d’un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils se tenaient. Ils virent apparaître des langues qu’on eût dites de feu; elles se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. Tous furent alors remplis du Saint-Esprit et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l’Esprit leur donnait de s’exprimer.»

Les apôtres, qui jusque là se tenaient enfermés, par peur de représailles contre les disciples du Crucifié, sont soudain remplis d’assurance, et se mettent à proclamer sans crainte le message de la foi: le Christ est mort et ressuscité pour sauver tous les hommes. On les verra par la suite aller dans le monde entier répandre cette bonne nouvelle, conformément au commandement reçu de leur Seigneur: l’Église est née.

De la Pentecôte juive à la Pentecôte chrétienne

Le mot Pentecôte, qui signifie en grec «cinquantaine», fait ici référence à la Pentecôte juive — car cette fête existe déjà dans l’Ancien Testament. La fête de la Moisson, en hébreu Shavouot, consistait en l’offrande au Seigneur des prémices de la moisson des blés, 50 jours après la Pâque: une manière de se souvenir que tout bienfait vient de Dieu. À cette fête agreste était rattaché le souvenir du don de la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï, et donc de l’alliance conclue ce jour-là entre Dieu et le peuple hébreu.

Mais pour le christianisme, la Loi de Dieu ne consiste plus tant en un ensemble de préceptes, que dans le don du Saint-Esprit, celui qui est l’Amour en personne. «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme; tu aimeras ton prochain comme toi-même: voilà la Loi et les prophètes», enseigne Jésus: il n’y a plus d’autre loi que de se laisser guider en tout par l’Esprit.

Une nouvelle alliance est ainsi conclue, comme l’avait annoncé le prophète Ézéchiel : «Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. Je ferai que vous marchiez selon mes lois. Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu.»

L’unité retrouvée

Cette alliance concerne, non pas le seul peuple juif, mais tous les peuples: c’est ce qui explique le parler dans toutes les langues, signe de l’universalité de l’Église. L’épisode répond ainsi à celui de la tour de Babel . «Lorsque Tu descendis pour confondre les langues, Tu dispersas les nations, ô Très-Haut ; mais lorsque Tu distribuas les langues de feu, Tu nous appelas tous à l’unité», chante la liturgie orthodoxe .

De cette unité, saint Augustin précisera la nature: «La charité réunit ce qu’avait séparé la discorde, et le genre humain s’attache au Christ comme les membres s’attachent à la tête, pour être comme fondus dans le feu de cette unité sainte par la charité.»

La Pentecôte… et nous aujourd’hui?

Mais pour les croyants, la simple commémoration d’un fait du passé ne mériterait pas qu’on s’y arrête. La liturgie chrétienne, au contraire, invite à recevoir cette fête comme une réactualisation du don de l’Esprit, fait à la fois à chaque baptisé et à l’Église entière. Ainsi s’exprime encore saint Augustin, s’adressant aux fidèles d’Hippone dont il avait la charge: «Est-ce qu’aujourd’hui, mes frères, on ne reçoit plus le Saint-Esprit? Le croire serait se montrer indigne de le recevoir. Oui, il se donne encore! Mais on ne peut le recevoir qu’autant que l’on est humble, l’orgueil le repousse. Il cherche pour y séjourner les cœurs humbles, parce qu’en eux il trouve place pour lui.»

Les baptisés, devenus depuis le jour de leur baptême des « temples de l’Esprit », sont donc appelés, à l’occasion de cette fête, à accueillir à nouveau dans leur vie le don du Saint-Esprit. Une invitation à oublier l’accessoire pour se recentrer sur l’essentiel: «Ivres de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut» ( livre du prophète Isaïe ).

Voir aussi notre article : Qui est le Saint-Esprit ?

Rites de Chavouot, la "fête des semaines" dans le Judaïsme

Sources :

La Bible de Jérusalem , édition 1975

Saint Augustin, Sermons du temps pascal

Extraits de la liturgie orthodoxe de Pentecôte

Pour aller plus loin :

La Pentecôte, création de l'Eglise

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