Et si les instituteurs ne notaient plus...

Lutter contre l'échec scolaire en supprimant les notes à l'école primaire ! C'est le nouveau projet proposé par l'AFEV.

L’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) a jeté un pavé dans la mare en préconisant la suppression des notes à l’école élémentaire. Ce projet qui vise à lutter contre l’échec scolaire est largement critiqué par les enseignants et parents d’élèves.

Après l’abandon des blouses, une autre tradition pourrait disparaître à l’école élémentaire : la sacro-sainte note sur 20. C’est ce que réclame l’Association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) dans un appel lancé en septembre. Elle prône l’évaluation des connaissances et compétences par le biais des mentions «acquis» et «non acquis». Objectif : lutter contre l’échec scolaire facteur de souffrances à l’école.

Mais il n’est pas facile de bouleverser un système de notation ancré dans la culture française. Ainsi les parents se montrent sceptiques face à la suppression de cette institution. « C’est un bon moyen de stimuler les écoliers », estime Haïcha Galini dont le fils est en CE2 « Grâce à la note, je peux savoir s’il a compris ce qu’on lui demande et l’aider en cas d’échec ».

L’évaluation des acquis préconisée par l’AFEV n’a rien d’une mesure révolutionnaire. Ce procédé qui existe depuis des années dans certaines matières n’est pourtant pas clair aux yeux des parents. « Je n’arrive pas à savoir où se situe mon petit-fils par rapport aux autres quand il n’a que des bien, assez bien ou moyen », avoue Thérèse Léger, grand-mère d’Alexandre (CE2).

Le collège expérimente déjà l’évaluation des capacités

Les parents ne sont pas les seuls à s’opposer à l’abandon de la notation. « Je trouve dommage de supprimer les notes surtout pour les élèves de CM2. Cela les prépare à leur entrée en sixième », confie Sandrine Franck institutrice en CP à l’école élémentaire Antoine Risso. En plus des notes traditionnelles, l’évaluation des compétences est déjà de mise dans le secondaire. Mais la mesure semble être passée inaperçue. Les collèges expérimentent depuis cette année un système de notation d’un nouveau genre : l’évaluation des capacités comme le raisonnement ou l’aptitude à s’informer. Cette mesure permet aux enseignants de mieux connaître leurs élèves. « A l’inverse, les collégiens sont perdus, ils ne comprennent pas ce qui leur a fait défaut lors d’un contrôle », explique Cécile Cianfarani, professeur de sciences naturelles au Collège A. Risso.

Pour le moment il n’est pas question de supprimer les notes au primaire. Luc Chatel , ministre de l’Education nationale n’a pas l’intention d’appliquer cette méthode. Et ce pour le plus grand plaisir de Matthieu, écolier de CE1 : « Quand j’ai une mauvaise note en dictée, je dois la refaire. Ça ne m’embête pas, je progresse ». Ainsi la mauvaise note peut être source de motivation.

La note : un moyen de valoriser les écoliers

« La note reflète l’échec ou la réussite » explique Virginie Decamp, orthophoniste à Nice. Elle remarque qu’il existe bien un malaise chez les élèves en difficulté. Les écoliers français ont souvent plus peur que les autres de se tromper. Ils ressentent beaucoup d’angoisse en classe, ce qui fragilise leurs résultats. D’après Virgine Decamp, la suppression de la notation ne luttera pas contre l’échec scolaire. « Il faudrait plutôt mettre en place un nouveau système d’évaluation valorisant les écoliers, explique-t-elle, ce ne doit pas être une sanction ».

Ainsi, cette orthophoniste préconise plusieurs notes pour un même devoir : une pour l’orthographe, une pour la propreté, une autre pour les connaissances... « Cela doit rester la récompense ! » conclut Virginie. D’ailleurs le système d’évaluation des connaissances utilisé par les pays scandinaves a atteint ses limites. La Suède, où les élèves n’étaient notés qu’à partir de 14 ans, est en train de réformer son système pour avancer la notation d’un à deux ans.

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