Sergi López lost in Tokyo

A l'occasion de la sortie du nouveau film d'Isabel Coixet, « Carte des sons de Tokyo », nous avons eu le plaisir d'interviewer le comédien Sergi López.
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Connu pour ses rôles dans « Western », « Harry, un ami qui vous veut du bien » et plus récemment « Potiche », le comédien d’origine espagnol revient sur son fascinant tournage au pays du soleil levant.

Vous connaissiez Tokyo avant de tourner le film ?

Absolument pas, J'aurais pu faire ce film rien que pour ça ! C'est ce qui est extraordinaire dans ce métier : pouvoir découvrir des endroits que tu ne connais pas ! Mais ce n'est pas une raison pour ne pas lire le scénario !

Justement, qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet : le scénario, la réalisatrice, le Japon... ?

Faire le film juste pour la réalisatrice, ça aurait également été une mauvaise excuse. J'aime beaucoup Isabel Coixet et ce qu'elle fait, qu'il s'agisse de ses chroniques dans les journaux barcelonais ou de ses films. Elle m'a dit qu'elle avait écrit le rôle pour moi et j'ai tout de suite aimé parce-que le scénario ne ressemble à rien de connu. Pour commencer, le titre est intrigant : « La carte des sons de Tokyo » ? Et puis c'est à la fois un polar, une romance, un thriller...etc. On est loin des clichés ou des cadres d'un genre. Ce film est un objet étrange, énigmatique. Je trouve qu'il ressemble beaucoup à Isabel. Elle est indéfinissable et pleine de contradictions !

Pleine de contradictions comme votre personnage, franchement antipathique au début et auquel on finit par s'attacher...

Oui, c'est un personnage particulier. Déjà, c'est un catalan installé au Japon ! Et puis il se sert de Ryu pour vaincre sa solitude. Mais elle aussi se sert de lui ! Tout le monde cherche désespérément quelqu'un pour partager sa douleur. Mais le fait que David dise franco à Ryu qu'il l'utilise afin d'oublier la femme qu'il a perdu, ça la libère. Elle rejette l'amour parce qu'elle sait que ça peut faire mal.

Ce qui est touchant dans cette histoire d'amour, c'est que David et Ryu ne parlent pas la même langue, juste un peu d'anglais bafouillé, donc leurs émotions passent avant tout par les gestes

Ce qui est amusant, c'est qu'il s'est passé la même chose sur le tournage ! Je ne parlais pas japonais et ma partenaire, Rinko, pas un mot de Catalan. Quant à son anglais, il était presque aussi mauvais que le mien ! Du coup, on n'utilisait quasiment que des gestes pour communiquer.

De fait, c'était sans doute plus simple pour tourner les scènes intimes ?

Nettement plus simple ! C'est vrai que ça nous a beaucoup aidé, parce-que la première scène d'amour qu'on a fait, il n'y avait pas de mots, que des gestes et Rinko était incroyable parce que ses mouvements étaient vraiment synchronisés sur les miens. C'est une chose qu'on ne vit qu'une fois dans une vie d'acteur. Qui plus est, l’écriture d’Isabel Coixet est très détaillée. D'habitude, dans les scénarios, pour décrire les scènes d'amour, c'est marqué : « Ils font l'amour comme ils ne l'ont jamais fait ». Ça ne veut rien dire ! Quand tu lis « ils font l'amour passionnément ! », ça paraît bien; mais quand tu te trouves avec une actrice, tu ne sais plus trop quoi faire. C'est gênant et le résultat est souvent nul, très stéréotypé par rapport à l'écriture cinématographique. Dans les films, tout le monde fait l'amour de la même manière !

C'est peut-être plus détaillé parce-que c'est écrit par une femme ?

Certainement ! Il y a quand même des films de femmes très stéréotypés; mais là, il y a une écriture, avec des mots concrets et un point de vue très féminin. C'est vrai qu'on en a un peu assez de cette vision très masculine du sexe au cinéma. Dans le sexe, il y a des choses drôles, des choses gênantes voire pitoyables et ça on le voit rarement dans les films !

Que vous restera-t-il de l'ambiance de ce tournage au Japon, en particulier des "sons" ?

Beaucoup de choses : Rinko pour commencer, mais aussi cette version japonaise de "La vie en rose", qui me rappelle irrémédiablement le film. Et puis il y a Tokyo, la foule… et l'incroyable discipline des japonais. Jamais ils ne se permettraient de jeter un papier par terre, de fumer dans un lieu interdit ou de traverser hors des clous ! Au niveau des sons, ce qui est extraordinaire, ce sont les temples. Au milieu de la frénésie de la ville, c'est surprenant de pouvoir trouver ces havres de paix on l'on ne distingue que quelques sons très particuliers, des petites clochettes ou encore le bruit des tongs en bois qui claquent sur le sol. Ce qui m'a étonné aussi, c'est la discrétion avec laquelle les japonais se tiennent au restaurant ou traversent les rues. Pour un espagnol comme moi, c'est du jamais-vu !

Propos recueillis par Marion Batellier (Paris, 24 janvier 2011)

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