Grèce - crise de dette- le facteur non révélé

Malgré les mesures draconiennes instituées par la Grèce, ses problèmes économiques persistent. Un facteur non révélé l'empêche de résoudre sa crise.
08 Août

Ces derniers mois, la Grèce a lancé des mesures d'austérité graves, même draconiennes, pour combattre sa crise de dette, en abordant les problèmes que les économistes jugent centraux à la crise: les dépenses publiques excessives, l'évasion fiscale par le plus grand salariés, la corruption et la mauvaise gestion au sein de l'administration, etc. L'impact des mesures sur le grand public grec a été tellement grave qu’il a entraîné des émeutes civiles.

Des indices économiques publiés récemment par l' EU pour les principales économies de l'Europe, et notamment pour l’Allemagne, montrent que celles-ci commencent à se dégager de la récession mondiale. Le tourisme commence encore à croître - de bonnes nouvelles pour la Grèce, où environ un sixième du PIB et de l'emploi est directement lié au tourisme [i] .

Néanmoins, la Grèce continue à éprouver des difficultés pour maîtriser ses problèmes économiques. Y a-t-il un autre facteur qui impacte l'économie grecque mais que l’on n'a pas encore abordé?

Le facteur non révélé

Au XXIe siècle, l'EU voit un afflux d' immigrants clandestins, qui cherchent à traverser ses frontières. Le renforcement de quelques gendarmeries maritimes a fortement réduit l'immigration clandestine à travers la Méditerranée et la mer Tyrrhénienne, mais jusqu'à récemment, on a fait peu pour endiguer le flux d' immigrants clandestins qui arrive en Grèce à travers sa frontière terrestre de 206 Km avec la Turquie. Cette frontière est devenue le point d'entrée principal dans l'UE, non seulement pour les immigrants clandestins, mais aussi pour le trafic de drogues et pour les terroristes.

RIEAS (l’Institut de Recherche pour des Études européennes et américaines) estime qu'il y a maintenant jusqu’à 2,5 millions d'immigrants clandestins en Grèce (un pays avec moins de 11 millions de citoyens légaux selon le recensement de 2011), ce qui impose une charge insupportable sur les services sociaux, médicaux et policiers du pays [ii] .

Des mesures inadéquates prises par l'UE

L’agence européen de la frontière, FRONTEX a déployé un détachement spécial de 175 personnes en Grèce pour travailler à côté des agents grecs pour améliorer la capture des immigrants clandestins lorsqu’ils traversent la frontière. Cependant, ce ne contribue guère à l’allègement du fardeau sur la Grèce, parce que FRONTEX ne dispose pas de pouvoirs de rapatriement immédiat. Une fois que les immigrants ont franchi la frontière, ils doivent passer par une procédure de traitement long et aux frais de la Grèce. Les chiffres officiels des autorités grecques indiquent qu’au moins 45 000 immigrants clandestins sont arrivés en Grèce pendant les 6 premiers mois de 2011 [iii] .

Le problème est aggravé par la Convention de Dublin, selon lequel les immigrants clandestins découverts dans n'importe quel État, membre de l'UE, sont renvoyées au pays par lequel ils sont entrés à l'UE pour y être traités (dans la majorité des cas, les immigrants clandestins ont entré à l’UE via la Grèce).

Manque de coopération de la Turquie

Il y a un accord en place entre la Grèce et la Turquie, mais les pays sont de vieux ennemis et, pour la plupart, les Turcs ne le respectent pas, en acceptant seulement les émigrés que l’on peut montrer d’être des ressortissants de la Turquie.

En dépit de la pression exercée sur Turquie par l'UE, le gouvernement turc est peu disposé à accepter le retour des immigrants car cela pourrait entraîner la déportation de centaines de milliers de personnes depuis l'UE à la Turquie.

Contacté par le journal, Washington Post, Yigit Anil Gurer de l'Association, basée à Ankara, pour la solidarité avec les demandeurs d'asile et les migrants a expliqué la réticence de la Turquie [iv] :

«C'est un problème énorme et nécessite de grandes ressources financières et humaines pour y faire face. En outre, l'envoi de ces gens de la Turquie vers leur pays d'origine est problématique du point de vue des droits humains et la Turquie ne veut pas d’occasionner des problèmes.» Autrement dit, la Turquie préfère que son voisin beaucoup plus petit, la Grèce, supporte les coûts financiers et sociaux de ce problème.

En Janvier 2011, l'UE a finalisé un accord avec la Grèce qui lui permet de renvoyer des immigrants en situation irrégulière en Turquie. Selon l'accord, la Turquie est tenue de reprendre non seulement ses propres ressortissants qui sont entrés clandestinement dans l'UE mais aussi les immigrants clandestins, ressortissants d’autres États non membres de l’EU. Pourtant, à ce jour, la Turquie ne parvient pas à s'y conformer [v] .

La Grèce est forcée d'agir seule

Les inquiétudes sur le flot de réfugiés créé par l'agitation récente au Moyen-Orient a maintenant poussé la Grèce de prendre des mesures unilatérales pour tenter de protéger son économie surchargée. En plus d'augmenter les patrouilles terrestres et maritimes, elle a commencé la construction d'un fossé 120 Km de longueur, avec un largeur de 30 m et un profondeur de 7 m, le long du fleuve Evros près de la frontière turque. La première tranche de 14.5 Km vient d’être complétée près de la ville d'Orestiada dans le nord de la Grèce. Le fossé est une extension d'un projet initialement conçu pour soulager la pression des crues sur la rivière [vi] .

Espérons que ces actions serviront à atténuer le problème, mais la longueur de la frontière terrestre et le grand nombre d'îles grecques offrants des points d'entrée isolée près de la côte turque empêchent aucun progrès important à l’endiguement du flot résolu d'immigrants clandestins. Sans plus de détermination manifestée par l’ensemble de l'UE pour soutenir la Grèce dans sa position de première ligne dans la lutte contre l'immigration clandestine, l'économie grecque et les services sociaux continueront d'être bouleversés. Il faudra prendre en considération des mesures telles que le rétablissement des contrôles aux frontières entre la Grèce et le reste de l'UE, l’exemption de la Grèce des provisions de la Convention de Dublin et le traitement et le rapatriement directs des immigrants clandestins par les États membres dans lesquels ils sont découverts. Sinon, l'UE dans son ensemble devra se résigner à continuer à soutenir l'économie grecque et à récompenser la Grèce pour sa lutte solitaire contre à un problème paneuropéen.

[i] Source: IMF

[ii] RIEAS: Destabilization through Illegal Immigration in Greece. http://rieas.gr/index.php?option=com_content&task=view&id=812&Itemid=89

[iii] Washington Post 4 nov 2010. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/11/04/AR2010110403590.html

[iv] [iv] Washington Post 4 nov 2010. http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/11/04/AR2010110403590.html

[v] Deutsche Welle 7 août 2011: http://www.dw-world.de/dw/article/0,,15297025,00.html?maca=en-rss-en-all-1573-rdf

[vi] Deutsche Welle 7 août 2011: http://www.dw-world.de/dw/article/0,,15297025,00.html?maca=en-rss-en-all-1573-rdf

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