Nutrition animale (chat/chien): toxicité du chocolat et raisins

Certains aliments consommés quotidiennement par les humains peuvent avoir de lourdes conséquences sur la santé des chats et des chiens de compagnie.
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Selon les statistiques mondiales, 95 à 98% des cas d’intoxications animales rapportées par les propriétaires, surviennent chez les chats et les chiens. La majorité des empoisonnements sont accidentelles (90%), puis de nature aiguë et sporadique. A cette fin, certains aliments consommés traditionnellement par l’humain sont dangereux pour la santé de ces espèces et peuvent avoir de lourdes répercussion sur leur santé (1).

De nos jours, les agents les plus fréquemment impliqués dans les empoisonnements sont les raticides (poisons pour les rats) et le chocolat (25% des cas), les produits pharmaceutiques (22%), les molécules de la famille des «glycols», les métaux, les pesticides, les plantes, ainsi que d’autres produits issues de l’industrie (2, 3). De plus, les denrées alimentaires issues de l’alimentation humaine peuvent aussi se révéler dangereuses pour leur santé dans une proportion significative. Voici le premier volet d'un rapport détaillé visant à sensibiliser les propriétaires à certains poisons souvent «insoupçonnés» pour leur animal domestique.

Chocolat, caféine et méthylxanthines

Le chocolat est produit à partir de graines de cacao grillées et ses principaux éléments toxiques pour les animaux sont des molécules nommées «méthylxanthines»: par exemple, la théobromine (3, 7 – diméthylxanthine) et la caféine (1, 3, 7 – triméthylxanthine) (1).

La plupart des intoxications surviennent à la suite d'ingestion de chocolat. Le chocolat est toxique pour toutes les espèces de chats et de chiens. Le type de chocolat aura un impact majeur sur les conséquences de l’empoisonnement : le chocolat noir étant très riche en poudre de cacao, il sera très toxique. A l’inverse, il faudra une quantité extrême de chocolat blanc pour intoxiquer un chat ou un chien. Puis au centre du spectre, le chocolat au lait est plus ou moins toxique, dépendamment de sa concentration en cacao et de la quantité ingérée. A noter, les barres nutritives ou liquides contenant, soit de la caféine, de la théobromine, ou de la théophylline, sont très toxiques pour ces espèces (1).

Doses toxiques de chocolat/cacao

Par exemple, un chien de 10 kg peut être gravement affecté s’il mange un quart d'un paquet de 250 g de poudre de cacao ou la moitié d'un bloc de 250 g de chocolat pour fondu. Ainsi, un gâteau double chocolat pourrait être un risque réel pour la santé d’un petit chien. De plus, le léchage d’une partie substantielle du glaçage au chocolat peut aussi créer un malaise à l’animal.

Selon le Merck Veterinary Manual , environ 1,3 g de chocolat par kilogramme du poids corporel de l’animal, est suffisant pour causer des symptômes de toxicité. Ainsi, 25% d’une barre de chocolat noir typique de 100 g, serait suffisant pour faire ressortir les symptômes chez un chien de 20 kg. Les effets négatifs dépendent de la dose ingérée, de la taille de l’animal et du type de chocolat. Les doses létales de théobromine sont respectivement de 200 et 300 mg/kg, chez le chat et le chien. Par ailleurs, une dose de caféine de 140 mg/kg sera létale pour le chien; le chat étant résistant.

Signes d’intoxication au chocolat

Les signes cliniques d’intoxication se produisent généralement dans les 6 à 12 heures suivant l’ingestion et sont caractérisés par des nausées, des vomissements, de la diarrhée, une difficulté respiratoire, une soif excessive et l’augmentation de la miction. Ceux-ci peuvent dégénérés en déshydratation, hyperactivité, arythmie cardiaque, saignements internes, crises cardiaques, respiration très rapide, ataxie, tremblements, convulsions, coma, hyperthermie, et ultimement la mort (4).

Raisins, raisins secs et sultanas

L'une des intoxications les plus frappantes ayant émergé chez les chiens, au cours des dernières années, a été celle de l’empoisonnement aux raisins. Les doses ingérées impliquées dans des cas mortels varient de 10 à 57 g de fruits par kg de poids corporel. Il y a maintenant plusieurs publications scientifiques qui confirment que l'ingestion de ces fruits peut provoquer une insuffisance rénale chez les chiens. La toxine responsable est toujours inconnue (5, 7).

Malgré le manque d’information concernant les molécules responsables de cette intoxication, le consensus général actuel stipule que toute ingestion peut être considérée comme un problème potentiel. La dose de raisin associée à des lésions rénales chez les chiens serait d’environ 32 g de fruit par kg de poids corporel (1).

Signes cliniques d’intoxication aux raisins

Les symptômes cliniques se manifestent habituellement dans les 6 heures post-ingestion et toujours dans les 24 heures. Les premiers signes sont des vomissements (dans presque tous les cas), de la diarrhée, l'anorexie, des douleurs abdominales, une faiblesse généralisée, de la déshydratation, des tremblements et de la léthargie. Si la condition n’est pas traitée, la plupart des chiens meurent d’insuffisance rénale et montrent des élévations anormales de calcium, de phosphore, d’enzymes hépatiques et pancréatiques dans leurs formules sanguines (1).

Autres facteurs importants à considérer

Le poids de l’animal est un facteur déterminant dans le développement de l’intoxication. A cette fin, plus un animal est de petite taille, plus la dose requise pour causer des problèmes de santé majeure, sera faible. De même, un animal à jeun est d’autant plus à risque s’il ingère l’un ou l’autre des composantes mentionnées ci-dessus. Il est également intéressant de constater que la race du chien et son patrimoine génétique auront une influence majeure. Certaines races peuvent être plus résistantes ou mieux adaptées que d’autres.

Conclusion

Les molécules contenues dans le chocolat et les raisins sont très toxiques pour les animaux de compagnie, tels que le chien et le chat. Bien que potentiellement létales, une consultation rapide chez le vétérinaire permet de remédier à la situation dans la plupart des cas.

1. Kovalkovicova N, Sutiakova I, Pistl J, Sutiak V. 2009. Interdiscip Toxicol 2: 169-76

2. Cope RB, White KS, More E, Holmes K, Nair A, et al. 2006. J Vet Pharmacol Ther 29: 233-6

3. Martinez-Haro M, Mateo R, Guitart R, Soler-Rodriguez F, Perez-Lopez M, et al. 2008. Ecotoxicol Environ Saf 69: 396-402

4. Drolet R, Arendt TD, Stowe CM. 1984. J Am Vet Med Assoc 185: 902

5. Elwood S, Whatling C. 2006. Vet Rec 158: 492

6. Campbell A, Bates N. 2003. Vet Rec 152: 376

7. Singleton VL. 2001. J Am Vet Med Assoc 219: 434, 6

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