Protéines de petit-lait natives et thérapeutiques

Les protéines de petit-lait (whey proteins) ont des vertus médicinales médiées par le glutathion et jouent un rôle dans les maladies comme le cancer.
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Bien que le lait maternel ait permis à tous les mammifères de survivre après leur naissance, paradoxalement la science ne s’est intéressée au contenu de cet élixir que dans les années 1970. Une fois purifié de ses éléments structuraux (par exemple, les différentes caséines), le lait maternel constitue une source d’éléments biochimiques thérapeutiques impressionnants.

Ces derniers sont contenus majoritairement dans ce que l’on appelle le petit-lait ou «whey». Les protéines solubles à l’intérieur de ce liquide sont hautement prisées, car, dans leur état non dénaturé, elles renferment différentes composantes médicinales qui induisent des effets positifs sur la santé humaine. Le glutathion serait un médiateur clé dans cette réponse thérapeutique.

Historique

Dès 1927, des recherches menées au Rockefeller Institute de Princeton démontrèrent les effets bactéricides du lait de vache fraîchement sorti du pis (1). Malgré cette découverte, très peu de groupes de recherche se lancèrent dans l’aventure, si bien qu’entre 1930 et 1970, la recherche sur le lait fut majoritairement axée à des fins de «commercialisation».

Toutefois, à partir des années 1980, les études biochimiques sur les composantes du lait et leurs propriétés se multiplièrent progressivement. À cette fin, la découverte que le colostrum (lait produit dans les 3 ou 4 premiers jours de lactation) et les protéines de petit-lait augmentaient la réponse immunitaire et la capacité à combattre des pathogènes (salmonelles et streptocoques) chez les modèles expérimentaux fut un moment culminant (2 à 5). Sont-ce des résultats si surprenants?

Médecine traditionnelle

En creusant l’histoire de la médecine traditionnelle, on fait référence à un célèbre médecin du nom d’Hippocrate qui donnait à ses patients atteints d’infection aiguë deux litres de lactosérum (petit-lait incluant le lactose) par jour, afin de les aider à guérir.

Cancer: des résultats surprenants

Dans les années 1980, une étude audacieuse réalisée au Canada par l’équipe du docteur Bounous démontra le potentiel préventif anticancérigène d’une protéine de petit-lait non purifiée sur des souris greffées de cellules tumorales (6).

Les chercheurs reproduisirent le résultat deux autres fois dans des modèles murins traités avec des carcinogènes, afin de générer des tumeurs intestinales et hépatiques. Or les résultats furent probants, et la formation de tumeurs fut prévenue significativement (7 et 8). Ces derniers travaux donnèrent au lait maternel une crédibilité scientifique et pavèrent la voie à de nouvelles découvertes.

Action des protéines de petit-lait

À la fin des années 1980, l’équipe de Bounous fit une autre découverte intéressante. Avec des souris alimentées du composé habituel, elle observa une hausse marquée du niveau de glutathion systémique et un prolongement de leur durée de vie de cinq mois (correspondant à environ vingt-cinq années humaines) (9, 10).

À l’époque, le glutathion était déjà bien connu comme étant indispensable au bon fonctionnement du système immunitaire et un antioxydant exceptionnel (11, 12). Aujourd’hui, la science reconnaît que l’immunité et le pouvoir des antioxydants corrèlent directement avec un potentiel de longévité plus élevé (13).

Glutathion et santé humaine

Le glutathion est un petit tripeptide. En raison de sa sensibilité extrêmement (air, chaleur, acides gastriques, etc.), il n’est pas possible d’espérer obtenir un meilleur taux de glutathion systémique par sa consommation à l’état pur. Chaque cellule du corps doit synthétiser son propre glutathion, et les protéines de petit-lait non dénaturées constituent des précurseurs (14).

Le glutathion est un antioxydant majeur de toute cellule humaine et joue son rôle non exclusif dans plusieurs types de pathologies, telles que les maladies à stress oxydatif (diabète, ostéoporose, arthrite rhumatoïde), pulmonaires (fibrose kystique), hépatiques (stéatose, hépatite), neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson); neurologiques (sclérose en plaques), intestinales (Crohn, colite ulcéreuses), musculaires (fibromyalgie), vasculaires (hypertension artérielle) et auto-immunes (allergie, lupus) (15).

De plus, la baisse de glutathion corrèle avec l’inefficacité du système immunitaire. Par exemple, les niveaux de glutathion chez les patients atteints du Sida sont fréquemment bas et corroborent avec la maladie (16).

Glutathion et cancer

Le glutathion joue aussi un rôle prépondérant dans la prévention du cancer. Il est responsable de la détoxification d'une bonne partie de tout ce qui est contaminant chimique, médical, carcinogénique, alimentaire, environnemental, et métaux lourds, causant des bris au matériel génétique et induisant des mutations (17).

Il est indéniable dans la littérature scientifique que les protéines contenues dans le petit-lait aident à la prévention de cancers dans différents tissus (intestin, poumon, foie, œsophage, langue, vessie, sein, utérus, prostate, etc.), puisqu’elles ont des effets antitumoraux et antimétastasiques, anti-inflammatoires, antioxydantes et élèvent respectivement le niveau de glutathion dans ces organes (18 et 19).

Ainsi, les protéines de petit-lait non dénaturées permettent – non exclusivement – d’optimiser le niveau de glutathion systémique qui, en contrepartie, régule positivement toutes les cellules humaines.

Références scientifiques

1. Jones FS, Little RB. 1927. J Exp Med 45: 319-35

2. Merriman MJ. 1971. Can J Comp Med 35: 269-73

3. Reiter B, Brock JH, Steel ED. 1975. Immunology 28: 83-95

4. McDonough FE, Hargrove RE, Mattingly WA, Posati LP, Alford JA. 1974. J Dairy Sci 57: 1438-43

5. Bounous G, Kongshavn PA. 1982. J Nutr 112: 1747-55

6. Bounous G, Kongshavn PA. 1981. Experientia 37: 271-3

7. Bounous G, Letourneau L, Kongshavn PA. 1983. Clin Invest Med 6: 197-201

8. Papenburg R, Bounous G, Fleiszer D, Gold P. 1990. Tumour Biol 11: 129-36

9. Bounous G, Gervais F, Amer V, Batist G, Gold P. 1989. Clin Invest Med 12: 343-9

10. Bounous G, Batist G, Gold P. 1989. Clin Invest Med 12: 154-61

11. Spallholz JE. 1990. Adv Exp Med Biol 262: 145-58

12. Meydani SN, Furukawa T, Meydani M, Blumberg JB. 1988. Basic Life Sci 49: 621-5

13. De la Fuente M, Miquel J. 2009. Curr Pharm Des 15: 3003-26

14. 2008. Altern Med Rev 13: 341-7

15. Franco R, Schoneveld OJ, Pappa A, Panayiotidis MI. 2007. Arch Physiol Biochem 113: 234-58

16. Wanchu A, Rana SV, Pallikkuth S, Sachdeva RK. 2009. AIDS Res Hum Retroviruses 25: 1307-11

17. Jana S, Mandlekar S. 2009. Curr Drug Metab 10: 595-616

18. Parodi PW. 2007. Curr Pharm Des 13: 813-28

19. Bounous G. 2000. Anticancer Res 20: 4785-92

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